jeudi 25 mai 2017

Dimanches d'août... fin mai

Levée aux aurores, le silence de la nature m'impressionne. D'habitude les oiseaux m'offrent leur concert matinal, que se passe-t-il ?
Est-ce ce ciel qui les perturbe ou la lumière n'est pas encore assez présente, allez savoir. 
Cela ne me préoccupe pas, j'ai un devoir à faire, terminer ce livre aujourd'hui. Mais quel rapport avec le
Gyokuro ? Absolument aucun, sauf pour moi... Mon histoire avec les thés japonais a très mal commencée (http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2008/05/mon-premier-cha-no-yu.html ) Si j'en étais restée à cette première impression, j'aurais fait une grossière erreur, c'est vrai que commencer par cette poudre de jade est un vrai choc ! Certains thés ont été de vrais coups de cœur, je pense au Bi Lo Chun, à l'Oriental Beauty, au Yunnan et au Pu Er. Par contre, certains demandent à être apprivoisés, c'est le cas du Matcha. Et voilà le rapport avec Modiano, je n'avais jamais lu qu'un seul ouvrage de lui, choisi pour son tire, Place de l’Étoile qui m'avait laissé une horrible impression... Entre oppression et dégoût. Je pensais que plus jamais je ne lirais quoi que ce soit de cet auteur. Je suis passionnée par les livres mais il y a tellement d'autres auteurs... Jusqu'au jour, pas très lointain, que j'apprends que ma soeur du thé non seulement les as tous lus mais en est folle ! Elle veut me convertir, c'est elle qui m'a offert Dimanches d'août dimanche passé avec comme mission de le lire pour pouvoir en discuter dès qu'on se reverra. Et ses désirs sont des ordres... 
Préparation de mon prochain thé de lecture, méditation sur cette phrase profonde :
"C'est dans l'invisible que l'on trouve la meilleure des matières" tout en arrosant les jardinières de ma terrasse, les fleurs ont très soif. 
Ô surprise, les delphiniums donnent une note bleue au paysage 
et aussi la toute première pivoine, et à y regarder de plus près, il y en aura beaucoup d'autres, cela tombe bien, les rhododendrons commencent à fatiguer... 
Le ciel est devenu uniformément bleu et le soleil très généreux, 
Je continue ma lecture, mais je dois m'accrocher, le fantôme de Raphaël me perturbe encore des années plus tard. 
Un tour de jardin 
pour admirer 
ces trésors de la généreuse nature 
qui m'entoure
où que j'aille. 
Cela fait des années que cela dure, tous les jours de beau temps, je fais le tour du jardin matin et soir 
et je suis toujours aussi émerveillée par tant de beauté. 
Ce soir sur ma terrasse avec une théière de
Légende indienne. Et bien sûr LE livre, je veux le terminer ce soir, plus que 28 pages.
Mais que se passe-t-il : c'est au moins le huitième qui survole ce havre de paix, j'espère que c'est exceptionnel parce que c'est insupportable ! A tel point que si je veux achever le livre, je dois aller dans mon cocon, fenêtres fermées. Et voilà, mon devoir est terminé, ouf. Il en faudra encore quelques-uns pour que je sois apprivoisée, j'en connais une qui va avoir du boulot! (= message codé...) 
En écoutant la musique du Silence, j'admire le paysage, apaisée.

mardi 23 mai 2017

KISSA YOYO-KI... Boire un thé, c'est prolonger la vie!

Retour vers cet atelier improbable , la rencontre entre deux produits millénaires très éloignés l'un de l'autre par leur origine: le thé pour l'Asie, le fromage pour l'Europe... Il faut vraiment de l'audace pour imaginer un mariage harmonieux entre eux. Et donc réussi ! 
Juste avant l'arrivée des convives, j'admire la roue des saveurs créée par Carine, j'ai encore du chemin à parcourir avant de maîtriser cette palette aromatique si précise !
La séance peut commencer : Carine nous explique comment elle l'a conçue 
devant un public attentif : Carine et Catherine, 
Cathy et Anne-Marie . 
Je suis déjà au bord de l'extase quand j'entends ce qui suit :
L'atelier se veut une illustration de ce qu'est un accord gastronomique.On dit que l'on parvient à un accord, qu'il soit de paix ou gastronomique, lorsque l'ensemble vaut plus que la somme des parties.

Lorsque l'on a un accord entre le thé et l'aliment, l'un et l'autre créent ensemble des parfums, saveurs et textures différents de ce qu'ils sont séparément. Il arrive même qu'ils perdent leur identité au profit de la création d'ensemble.Si cet ensemble est harmonieux, on est en présence d'un accord. Le ton est donné. Tous les fromages sont belges sauf le dernier. Chaque fromage proposé sera associé à deux thés très différents. On commence par goûter le fromage seul. 
Le premier fromage proposé est un Crottin frais au poivre, fromage frais au lait cru de brebis à la surface parsemée de différents poivres. 
Il sera associé à un Thé vert du Viêt-Nam Thai Nguyên et Thé rouge de Chine à la rose.
  S
entir et regarder les Feuilles 
pour éveiller nos papilles. 
Les thés sont infusés dans des théières en verre. 
C'est dans un silence quasi religieux que, très concentrées, nous goûtons ce premier accord. J'avais un peu peur que la saveur prononcée des poivres tue la subtilité du thé vert tout jeune mais pas du tout, quelle harmonie ! 
Je me tourne vers Cathy qui pour le moment ne peut plus manger de produits lactés ni de gluten, mais je suis impressionnée par ses commentaires, elle connaissait un des 2 fromages vegan, assez fade seul mais que les 2 thés choisis "réveillent". 
Calendroz : fromage à pâte molle à croûte fleurie au lait de vache cru et bio. Les deux thés : 
Xinyang Mao Jian ‘Rustique’ et Pu Erh Premium, 7 ans de maturation.
Le fromage a une saveur douce qui s'harmonise très bien avec le
Xinyang Mao Jian mais aussi, et c'est surprenant, avec le Pu Erh Premium, 7 ans de maturation
Boule de fleurs : fromage au lait de vache à pâte pressée affinée aux fleurs.
Ce fromage comme le crottin sont fabriqués à La Bergerie http://www.bergerie-neufvilles.be/ dont les fabricants sont des adultes handicapés dépendant du village reine Fabiola. Chère Carine, je reconnais bien là ton éthique, et ceux qui me liront je vous encourage, si vous en avez la possibilité, de vous fournir dans ce lieu où l'humain a sa vraie place. 
Il se mérite, merci Carine ! 
Affiné aux fleurs, il porte bien son nom. 
Il sera servi avec un
Darjeeling Goddhapaharte je n'ai aucun souvenir du Schéhérazade, par contre j'ai été transportée par le Goddhapaharte, Carine revient de Darjeeling, a assisté à la cueillette de cette merveille, le lendemain il était manufacturé, il est donc tout frais. Parfum d'asperge mêlé à des petits pois fraîchement écossés, une émotion gustative intense... et pas du tout cette astringence des first flush ! Le fromage ne m'a laissé aucun souvenir, tant j'avais des frissons en savourant ce nectar et en pensant au dur labeur de ces petites mains de fée qui travaillent dans des conditions très rudes et n'auront jamais accès à ce "parfum qui se boit". Carine nous expliquait que les théiers dans certaines plantations étaient très difficiles d'accès (pente de 70%), elles ne sont pas en terrasse comme en Chine. Par contre, une bonne nouvelle : depuis cette année, le Darjeeling est une appellation contrôlée (ENFIN). Seuls ceux issus de la région pourront porter le nom et donc plus question de mélange avec des feuilles de bien moindre qualité, voire qui ne sont pas du Darjeeling ! Le nom du fromage suivant nous va très bien : Brin de folie : fromage au lait cru de vache à croûte lavée à la bière de Beauraing. 
Carine a pris goût à la découpe... 
Il sera accompagné d'un
Houjicha
et d'un Assam Remberg. Aïe, je n'aime pas l'Assam et Remberg ne me dit rien du tout mais ici aussi Carine nous parle de l'histoire dette plantation qui était devenue complètement stérile (et toxique) à cause des pesticides qu'ils avaient utilisé en quantité astronomique, il y avait à cela une raison : En Assam, il existe la plus grande concentration de nuisibles (plus de 140)... Les producteurs sont allés au bout de la logique de rendement, ce qui fut une grave erreur. Une organisation internationale a voulu suivre une autre logique, celle de la qualité et a engagé des spécialistes qui chacun avec leurs compétences spécifiques et pointues ont entrepris de sauver cette terre et d'y replanter des théiers sains. Évidemment ce travail a une influence sur le prix, mais à l'heure actuelle, la plupart privilégie la qualité. Beaucoup d'échanges, nous sommes vraiment enthousiastes et nous vivons d'intenses émotions gustatives. 
Cathy m'impressionne par ses remarques : deux fromages seulement mais les différents thés leur donnent des saveurs différentes, belle illustration de la notion d'accord!
Maintenant sur l'assiette, un
Bleu d'Adèle, fromage persillé au lait cru de brebis. J'ai un peu de crainte ici, je n'apprécie pas les bleus 
ce fromage sera associé au
Mo Li Long Shu, des perles de thé vert parfumées au jasmin
et un Keemun Miao Hong. J'aime beaucoup ces 2 thés mais avec ce type de fromage ???  Je me lance cependant avec précaution, et le miracle a lieu, je cède la parole à Carine : L'accord Bleu d'Adèle-Mo Li Long Zhu: les parfums d'humus, de cave humide et les notes fongiques du fromage s'enrobent de la douceur fleurie du thé. Le parfum du jasmin persiste. La chaleur, la fraîcheur du thé vert et sa très légère astringence enrobent le fromage pour mettre l'accent sur son onctuosité et ses notes de beurre frais en faisant diminuer la saveur salée du fromage. Donnant au final une sensation moelleuse, grasse et fleurie au registre végétal dominant.

Alors qu'avec le Keemun, on accentue au contraire le registre animal du fromage, qui s'enrichit des notes de cuir et de sellerie. Mais j'ai encore une question : si je comprends l'association Keemun fromage persillé, qui ont la même force aromatique, autant celle des Perles de Jasmin, un thé si subtil et parfumé me dépasse... Très momentanément ! La réponse est immédiate : En feuilletant un ancien traité de parfumerie chez un bouquiniste, j'y ai lu qu'une molécule, dont j'ai malheureusement oublié le nom, était à la fois générée par l'action des penicillium roqueforti sur la graisse du lait de brebis et présente dans les constituants moléculaires du parfum du jasmin.
Les échanges très animés montrent la passion des convives, 
Cathy continue à noter ce qu'elle ressent et Anne-Marie écoute mon mari, ces deux-là ensemble... Nous arrivons au dernier fromage,
Carnia, un fromage italien à pâte pressée non cuite au lait de vache brune cru servi avec
un Sencha Tokujou et Oolong de Darjeeling. Ma photo du fromage est ratée et Catherine ne l'a pas immortalisé,
par contre elle a immortalisé ce
Oolong de Darjeeling. Je ne peux rien dire de cette dernière dégustation, je suis désolée, mais il est difficile d'être présente à chaque instant quand le cœur est triste, mon frère a été terrassé par la bête, il a rejoint les étoiles hier... 
Carine continue à remplir les bols, Cette après-midi magique touche à sa fin, j'ai préparé 2 desserts : un tiramisu au thé
J.C. Absolu Oolong (recette sur le blog Theodor)
et une panna cotta à la crème de coco, baies de goji et au thé Je t'aime très appréciés aussi, mais je n'avais pas trop de crainte...
J'écoute, émue,tout ce qui se dit, 
merci chères amies d'avoir illuminer cette journée un peu difficile pour moi 
et tout particulièrement à toi chère Carine qui nous propose un dernier thé, LE
Darjeeling de printemps, le Goddhapaharte. Après 4 heures d'émotions gustatives et de beaux échanges, il est temps de nous dire au-revoir et de remercier très chaleureusement Carine qui a enchanté nos papilles et enrichi nos connaissances fromagères et les accords avec ce breuvage mythique. Même mon mari a été conquis, il en parle encore aujourd'hui avec une question : tu comptes refaire ce type d'atelier ?... 
Il reste les Belles qui vont bientôt retourner à la terre pour l'enrichir, la boucle est bouclée... Je veux terminer ce billet par la superbe phrase de ma chère Cathy :
KISSA YOYO-KI : boire un thé, c'est prolonger la vie...