vendredi 13 septembre 2013

Les jours se suivent comme je les aime

Le temps n’est plus vraiment estival mais pour le moment, je n’en ai cure, j’ai d’autres préoccupations ou plus exactement des thés-occupations. 
Parmi mes trésors, je vais enfin découvrir ce que contient cette belle boîte. 
Ce thé est d’autant plus précieux, outre qu’il est un des tout grands thés de Formose, qu’il me rappelle surtout une belle rencontre à Paris et pas n’importe où ! http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2013/06/aujourdhui-premier-jour-de-lete-paris.html
Les feuilles roulées sont brillantes et d’un beau camaïeu de verts, ce qui indique un degré faible de fermentation. 
C’est un thé de haute altitude, issu de la montagne de la poire (Li Shan), je l’ai découvert lors de mon séjour à Taiwan. 
J’avais alors été impressionnée par ses arômes frais et si subtils. 
C’est avec beaucoup d’émotions que je retrouve ces sensations dans cette liqueur or pale. 
J’en avais rapporté de ce voyage initiatique dans la Belle Île mais il y a bien longtemps que je n’en avais plus et je n'en avais jamais retrouvé ici. 
Grâce à Françoise, je peux enfin retrouver ce bonheur gustatif. On m’avait alors expliqué que poussant à une altitude très élevée, une des plus hautes de l’île si je me souviens bien, la croissance des théiers était plus lente, ce qui donne aux feuilles ces arômes et ce parfum à la fois si riches et si subtils. 
Je savoure lentement chaque gorgée et des images me viennent augmentant d’autant cette saveur qui reste constante de fraîcheur et de force tout au long des multiples infusions. 
Seule la couleur fonce légèrement et le liquide devient plus aqueux.
Je contemple une dernière fois ces feuilles qui bientôt feront partie d’un oreiller… 
Après le souper, j’ai eu envie de Pu Er, et pas n’importe lequel. 
Je ne vais plus le détailler ici, j’en parle ici : http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2012/05/beaux-souvenirs-nostalgie-et-esperance.html   
C’est avec recueillement et dans une semi pénombre que je m’apprête à infuser ces Feuilles dont je garde un souvenir magique. 
J’ai encore un mémoire le goût subtil de ce Pu Er 1980 que je ne consomme qu’avec parcimonie, pas parce que je suis radine évidemment mais simplement parce que je voudrais qu’il dure encore très longtemps, il n’a que 33 ans... 
Dès la première gorgée, je suis frappée par son extrême douceur et des notes sucrées dont je n’avais pas vraiment gardé le souvenir. 
Le parfum qui sort de la théière est plus prononcé. 
Ce qui me touche, c’est la beauté de la forme inhabituelle de 29 février, 
l’aspect grainé de la terre, 
l’harmonie de ses formes particulières. 
Les passages se suivent. 
Les saveurs subtiles de la liqueur montrent que cette brique vieillit bien. 
Les feuilles se déploient de plus en plus. 
Chaque gorgée intensifie les sensations gustatives et les émotions fortes liées à ces douces rétrolfactions. 
Souvenirs forts de moments de partage. 
Un dernier regard sur ces nobles vieilles feuilles 
avant un bain qui durera toute la nuit sous l’œil de Lu Yu. Je suis comblée par cette belle journée et ces fabuleux cadeaux. Merci chère Françoise et cher Guillaume, c’est à vous que je la dois. Inutile de vous dire que j’ai bu à vous, à nos rencontres passées, en espérant celles d’un futur proche… 
Ce matin, mon premier geste est d’aller voir ce que les belles me réservent. 
La saveur douce et sucrée a fait place maintenant à des notes plus boisées, de feuilles mortes après la pluie mais aucune amertume cependant. 
Elles ne mourront pas, elles vont maintenant se préparer à entamer une nouvelles vie, bercer mes rêves.  Je veux rester dans cet état de détente absolue que seule cette boisson mythique me procure. Je reprends donc LE livre dont j’ai déjà parlé brièvement ici : http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2013/09/une-journee-ordinaire-comme-je-les-aime.html et en particulier le chapitre III Tao et Zen. Je l’ai déjà lu de nombreuses fois, et pourtant, à chaque relecture je découvre encore des choses qui m’avaient échappées ou qui ne me parlaient pas. 
 Mais avant cela, de quoi garder mon esprit en éveil, ce Matcha couleur de l’espérance, espérance d’une journée semblable à celles qui l’ont précédées. 
 J’aime beaucoup l’estampe en regard du texte, elle s’intitule Vague féminine et représente assez bien l’effet que me procure cette "eau chaude" imprégnée de l’essentiel, mon essentiel. Je m’apprêtais à faire une lecture comparative de ce chapitre au demeurant assez futile, j’y renonce après avoir lu ce qui suit (page 54) : "Toute traduction est trahison et, comme un auteur Ming l’observe, elle ne peut au mieux qu’être l’envers d’une broderie – tous les fils sont là, mais ni la subtilité des couleurs ni celle du dessin." OKAKURA Kakuzô a rédigé cette petite merveille en anglais alors que sa langue maternelle était le japonais, n’y avait-il pas déjà là risque de "trahison", dans ce sens où il explique des mots qui ne font pas partie de la culture dans laquelle a il a écrit (du moins à l’époque) ? Beaucoup de sémantique dans ce chapitre très philosophique, nécessaire pour préciser sa pensée et s’assurer que chacun donne le même sens aux mots. Mais je reviens à Lao Tseu et sa définition du Tao sur laquelle j’ai médité cet après-midi (page 55): "Il y avait quelque chose de sans forme et de parfait avant que l’univers ne fût né. Serein. Vide. Solitaire. Immuable. Infini. Éternellement présent. C’est la mère de l’univers. A défaut d’un meilleur nom, je l’appelle le Tao." Okakura analyse cette phrase et développe la pensée taoïste et fait la critique du monde dans lequel il a vécu, il est mort il y a cent ans. 
Et pages 62-63, cette belle estampe intitulée Bateaux sur une mer démontée (…) comme une allégorie de ce monde. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce chapitre très éclairant et enrichissant mais j’y reviendrai. La réflexion que m’inspire cette lecture m’aide à progresser sur le chemin de la voie du thé, un chemin que j’ai découvert il y a des années déjà et sur lequel j’essaie de progresser avec passion et modestie. Thé et Zen sont un. J’en suis encore loin mais je m’applique, j'arrive de plus en plus à vivre l'instant en faisant abstraction du reste. Autre chose, jai oublié de donner les coordonnées exactes de ce petit livre : Okakura Kakuzô : Le Livre du thé, Synchronique éditions, Paris, 2013. (http://synchronique-editions.com/catalogue-ouvrage-ouvrage21.html)

3 commentaires:

Vanessa a dit…

Je reprends ma lecture de ton blog, et quel plaisir toujours renouvelé. Tes mots sur les dégustations, tes détails, ce bain de ta théière, cet oreiller si mystérieux et ce livre d'une maison d'édition que j'affectionne pour lire le Tao des parents, le Tao du couple et la voie du Tao...
Et dire que je n'ai toujours pas lu "Le livre du thé"

Françoise a dit…

Merci Francine pour tes appréciations sur mon thé préféré que je ferai suivre à mon fournisseur taiwanais.
J'espère avoir l'occasion d'en déguster avec toi. La théière dans laquelle tu l'as infusé me semble bien jolie.
Bonne soirée.
Françoise

Francine a dit…

@ Vanessa: merci pour ton commentaire. Je ne connaissais pas cette maison d'édition mais elle m'a séduite et j'ai commandé 2 autres livres chez Filigranes cet après-midi. Il faut absolument que tu te procures Thé et Tao, tu vas aimer!

@ Françoise: encore MERCI pour ce thé +++. La théière est en effet très particulière, je l'ai achetée dans ce lieu magique: Source de Lumière.

Bonne fin de soirée à toutes les deux, bons thés