dimanche 13 juin 2010

Dernière session à l'Institut du Thé... En attendant notre 4e année

Ce samedi 12 avait lieu la dernière session de formation aux cérémonies de thé chinoises. Partie de Bruxelles inondée de soleil, j’arrive à Lyon 4 heures plus tard, et là ô surprise je suis accueillie par une pluie battante ! J’ai 1h30 d’attente et je comptais me balader un peu mais vu cette surprenante météo, j’ai attendu à la terrasse du café des … Vosges en buvant… une eau gazeuse. J’ai pensé très fort à ma filleule qui se fait retirer ses dents de sagesse à cette heure-ci ! Je sais par ouï-dire que cela peut faire horriblement mal. Par ouï-dire seulement parce que je n’ai pas encore ces dents au nom bizarre ! La campagne lyonnaise, même sous la pluie, est belle. Très verte, elle témoigne du dur travail des hommes. Champs de blé, prairies à vaches, vergers mais surtout la vigne, nous sommes ici dans le Haut-Beaujolais. A Lamure, je quitte le train pour prendre le bus jusqu’à Poule, Nadia a la gentillesse de m’attendre à la descente du car. Et comme toujours le cœur qui bat en franchissant le seuil de cet Institut du Thé où tant de choses quasi indicibles se sont passées. Surprise de découvrir des compagnons du thé un peu particuliers, ici un Lu Yu rieur emporté par Claudine et le Lu Yu penseur qui demain sera dans mon salon bleu-thé. Sans oublier 2 Bouddhas facétieux qui eux aussi en été choisis par Sylvie et Josiane. Bonheur de retrouver un grand soleil à mon réveil. Et bonheur plus grand encore de retrouver mes compagnons du thé pour cette dernière session de l’année. Après un thé d’accueil, nous nous retrouvons au temple pour un long moment de méditation sous le regard de Kwan Yin fleurie par Josiane et Jean-Pierre.Sur un des murs, cette belle calligraphie qui résume si bien ce que l’on vit ici. Nadia nous a alors reparlé du sens symbolique de la cérémonie du thé qui permet de voir et de ressentir les êtres sous un autre éclairage, une nouvelle conscience s’enracine en nous. Arriver à l’Harmonie universelle : l’humain et la nature.Avant de partager le repas, le jardin nous tend les bras. Fleurs de rocaille autour desquelles s’activent Brigitte et Jean-Pierre qui n’ont qu’un but : la suppression des herbes folles… La session d’aujourd’hui est consacrée aux thés verts primeurs et donc à la cérémonie des lettrés qui les met si bien en valeur. La concentration de Jean-Pierre, Sylvie et Claudine est évidente … pour le moment. Myriam le restera tout le temps de la pratique. Et Carine, un peu plus débutante pour le moment, ne le restera plus longtemps vu son application. Brigitte, Josiane et moi également. Et c’est bien nécessaire, les gestes sont moins simples qu’il n’y parait. Notre devoir de vacances sera de nous exercer. Ah si tous les devoirs pouvaient être aussi légers… Et après l’effort, le réconfort ! Nadia nous offre cette dégustation de 5 grands thés en nous parlant d’abord des difficultés rencontrées par les planteurs cette année : un printemps très froid alors que les théiers ont besoin d’un certain ensoleillement sinon le bourgeon ne sort pas correctement ce qui influence la qualité des huiles essentielles qu'il contient. Résultat 30% de récolte en moins et +/- 15 jours de retard pour les cueillettes. Un exemple, le théier précoce de Long Jing (le N°43) n’a pas révélé tous ses arômes. Et même excellent, si le thé est cueilli après la date du 5 avril, il sera décoté. Elle nous rappelle également qu’on se sert de ses 5 sens pour vraiment apprécier un thé, j’en ai déjà parlé dans des précédents billets. Une dernière chose : ces thés s’apprécient dans un verre qui est d’abord chauffé, puis on y dépose les feuilles, on y verse 1/3 d’eau et on le fait tourner. Le premier bijou proposé est un Long Jing (Puits du Dragon), le Mai Jia Wu Long Jing, issu d’une plantation de théiers de plus de 400 ans appartenant à la 49e génération de planteurs, cela laisse rêveur… Une fois les feuilles humidifiées, on remplit le verre et on admire la danse de ces jeunes feuilles. Comme pour tous les thés de printemps, la couleur de l’infusion est très pâle, tirant plus sur le jaune que sur le vert. Le 2e seigneur est un Pi Lo Chun (Spirale de jade du printemps), cueilli le 6 avril. Les théiers grandissent au bord de l'immense lac Tai, dans les plantations poussent aussi des arbres fruitiers, notamment des mandariniers, des citronniers et des orangers qui donnent au thé cette saveur un peu acidulée. Contrairement aux autres thés, on remplit d’abord le verre puis on y dépose délicatement les feuilles. On voit encore ici sur la pelle le pollen resté collé, si caractéristique de ce thé. L’infusion est également très pâle et un peu trouble, c’est dû précisément au pollen. Arrive maintenant un Kai Hua Long Ding (Sommet du Dragon de la montagne Kai Hua), récolté le 8 avril, on ne cueille que les bourgeons. La particularité de ce thé est que les feuilles se posent droites dans la fond du verre. L’infusion est légèrement plus verte. Si ce thé ne fait pas partie des 10 plus grands thés chinois, il est cependant remarquable par son caractère et sa saveur légèrement amère, qui est une qualité pour les Chinois, celle-ci soutient l’énergie du cœur. Vient ensuite le Huang Shan Mao Feng (Pic poilu de la montagne jaune), un thé plus "rustique", qui pousse à +/- 1800 mètres. Il a été cueilli le 22 avril (le bourgeon et 2 feuilles). L’infusion très pâle tire vers le jaune et dégage des notes sucrées. Last but not least, le Tai Ping Hou Gui (Vallon des Singes du Tai Ping), cueilli le 26 avril. Contraste entre les feuilles sèches foncées et celles infusées, nettement plus claires. Et toujours cette couleur pâle des thés de printemps. C’est ainsi que s’est terminée cette dernière session de l’année. Un dernier regard sur ces feuilles cultivées avec passion, cueillies avec dextérité et traitées avec ce savoir-faire millénaire. Une pensée pour ces cueilleuses aux doigts de fée et un petit regret en pensant à elles : même si leur situation s’est améliorée (leur salaire a quasi triplé en 6 ans), elles ne font pas partie des privilégiés qui peuvent s’offrir un tel nectar. Nadia nous parle d’ailleurs d’un autre problème lié à l’augmentation du niveau de vie en Chine. Les Chinois redécouvrent leur culture, sont prêts à mettre le prix pour s’offrir de grands thés, il n’est donc plus vraiment intéressant pour les planteurs de vendre leur thé à l’étranger avec tout ce que cela comporte de paperasses, de tracasseries administratives sans compter les normes européennes parfois trop drastiques…. Cette fois, je ne suis pas la seule à prolonger ces moments si intenses, Brigitte, Josiane et Jean-Pierre restent loger dans ce lieu si paisible. Ce repas du soir est l’occasion de parler jardinage entre autres. C’est avec un peu de nostalgie que j’assiste au coucher du soleil, en pensant à toute ma "famille du thé" avec laquelle on a passé des moments si doux, si vrais. Sans oublier Nadia (ici avec son adorable petit Bouddha qui nous a tous fait craquer). La profondeur de son enseignement, sa qualité d’écoute, son attention à chacun, sa grande modestie sont pour nous un enrichissement constant et laissent dans nos vies une marque indélébile. A l’année prochaine pour continuer le chemin sur cette Voie du Thé commencée il y a quatre ans, déjà. Nous voici maintenant attablés sur la terrasse pour partager un petit-déjeuner très chaleureux, merci à June pour cette très bonne idée. Et j’ai encore appris… et cette fois, rien à voir avec le thé, eh oui. Je parle du gâteau que Josiane découpe, vraiment savoureux et délicieusement diététique. Je sais maintenant ce qu’est la praline lyonnaise ! Il faudra que la prochaine fois j'apporte des pralines belges...Nous passons nos derniers moments à la maison de thé où Nadia nous offre un tout jeune Mi Hua Xiang (Parfum de fleur de miel), une pure merveille de Dan Cong cueilli en avril. Les infusions se succèdent, les échanges sont joyeux, nous parlons de notre prochaine session, nous avons hâte de progresser dans cette Voie du Thé. C’est June maintenant qui continue les infusions de ce trésor floral et sucré. Nous admirons ses beaux gestes si gracieux. Ici aussi, des petits compagnons du thé. Ces petits pieds en particulier me touchent par leur symbolisme : "Celui qui se contente de peu sera toujours heureux". Mais que vient faire ici cette araignée ? (la seule bête dont j’ai horreur… et qui me semble tellement incongrue). Mais June nous explique qu’il s’agit de prononciation, de phonétique: araignée se prononce de la même manière que savoir et pied de la même manière que se satisfaire… Mais cette fois, c’est terminé, nous quittons cet Institut du Thé avec un petit pincement au cœur mais nous y reviendrons bientôt. Brigitte, Josiane, Jean-Pierre et moi prenons la route, direction Lyon et la Part Dieu. C’est là que nous nous quittons. J’ai tout le temps de prendre le train mais je ne m’attendais pas à ce qui va suivre : voyage sans encombre jusqu’à… Lille. Et là, je vous le donne en mille, une voix nasillarde nous annonce que "suite à un problème, nous devons descendre et changer de train". Heureusement que je suis encore sur un petit nuage et que ce "problème" n’est rien à côté de ce que j’ai découvert sans surprise dans ce petit pays dirigé par des irresponsables sans envergure voire incompétents mais à l’ego surdimensionné… Il y a voix et Voie, langage du thé et langue de bois...

12 commentaires:

Sylviane a dit…

Encore des momens tellement intenses que l'on t'envie.
Pour les dents de sgesse, c'est mort tu n'en auras jamais, elle apparaissent avant 10 ans sous forme de germes et on les retire le plus tôt possible entre 12 et 20ans c'est ce qu'il y a de mieux et de plus facile. Les suites ne sont pas toujours douloureuses surtout si elle sont retirées jeune. La sagesse, elle par contre, n'arrive pas avec l'apparition des dents et pour certains n'arrive jamais (ce qui n'est pas ton cas je sais)et ne part avec. Donc pas de regret.

Mais la sagesse et aussi une voie difficile et que tout le monde ne souhaite pas emprunter.... et pour tant.....

Framboise a dit…

Oui, Francine, il y a "voie & Voie"...

En parlant de sagesse (et de ses dents !), elle peut chez certaines personnes faire entendre sa voix (parfois faiblement, il faut faire un minimum d'attention), mais c'est étrange combien les politiciens sont rétifs à l'entendre, eux, me semble-t-il, ne parlent (d'une seule voix) que la langue de bois... quitte à engager un pays entier sur une voie de garage.

Je me demandais où tu étais passée, j'ai la réponse en te lisant.

Belle journée et belle semaine.

Francine a dit…

Merci à vous deux pour ces paroles qui me font du bien. Je transmets les infos sur les dents à ma filleule qui a vraiment mal, la pauvre. Quant à la sagesse qui passe par les dents, je suis ravie d'apprendre que je ne l'aurai jamais!
Merci à Framboise d'avoir parlé des voies, je suis allée relire la fin de mon billet qui n'était pas complète, j'ai rajouté la phrase qui manquait.
A toutes les deux, je vous souhaite une belle journée. J'ai vraiment envie d'émigrer aujourd'hui mais en pensant à un éventuel déménagement et aux caisses à faire, je ronge mon frein... pour le moment

Framboise a dit…

Non ne déménage pas !!!!
La Belgique ce sont les belges qui la font & les politiciens (et tous ceux gravitent autour) qui la défont.
Que veux-tu ce pays reste un pays surréaliste, à part. Et puis tu sais, si la Belgique venait à éclater, d'autres pays en Europe suivront, je pense notamment à l'Espagne. Si tu vas en Catalogne, tu comprendras ce que je veux dire : la Catalogne fait partie de l'Espagne et pourtant la langue qu'on y parle est le catalan, et ce de plus en plus. Là-bas ils attendent plus que l'autonomie déjà bien réelle, ils veulent carrément leur indépendance. D'autres sont prêts à suivre cette voie-là qui n'est pas, à mon avis, ni la voie de la raison ni celle de la sagesse.
Je t'envoie un mail tantôt (avec beaucoup de retard).

Sylviane a dit…

Effectivement à l'heure de l'Europe et de la mondialisation (même si il n'y a pas loin, s'en faut, que du bon) il est surréaliste de se couper en morceaux.
Ces pays me font penser aux vers de terre que l'on coupe avec une bêche et qui gigotent encore même si on les coupe et recoupe (je sais c'est un peu crado....).
Non ne déménage pas si je veux moi venir en Belgique faut bien que j'ai un point de chute. Remarque à l'idée des cartons et DU TRI à faire dans cette grande maison j'ai des frissons moi aussi !!!rien que d'y penser c'est un cauchemard. Je plains mes enfants le jours où ce seront eux qui devront le faire, ils en auront pour des mois. Mais le bon côté c'es que je serai morte....

En Kopp Zen a dit…

Merci, Francine. That riches and happiness is through contentment is really true. The small statues are very beautiful!
/Celina

Anonyme a dit…

J'ai connu un cas mémorable de dent de sagesse tardive: une octogénaire se plaignait d'avoir mal à l'oreille, elle a souffert longtemps avant qu'on songe à aller voir... sous sa prothèse dentaire.
Merci, Francine, pour ce partage d'activités, de savoirs, de saveurs et d'émotions.
Kris

Francine a dit…

Ah ma chère Framboise et sa sagesse! J'aime le surréalisme mais on en est loin: un "gouvernement" avec d'un côté un PS qui traîne des tas de casseroles et de l'autre un parti qu'on peut comparer au FN de France... Je viens de dire à Xavier que j'envisageais de demander l'asile politique dans un pays du thé, Taiwan par exemple... qu'en dis-tu?
@ Sylviane: tu as besoin de vacances, ma pauvre...
Et merci à Celina et Kris pour vos si gentils commentaires

Vanessa a dit…

Oh la la ... voilà tout ce que j'aime: cet enseignement par la pratique, ce don de temps, cet investissement, ces gestes, encore et encore, comme faire ses gammes! Que j'aimerais, il me faudra encore une autre année, une autre vie pourquoi pas pour mettre en pratique toutes mes envies, pour arriver à concilier tout en sachant faire des priorités.
Je serais repartie avec les pieds, juste pour me dire que je suis "en marche sur le chemin" et que j'arriverais, peut-être un jour, à me contenter de peu. Et ce pollen du pi lo chun avec le pollen, mais je ne l'ai jamais vu sur les miens!
Tellement de billets et de voies ouvertes chez toi que je laisse sans pouvoir même passer un pied.

Francine a dit…

Merci pour ce si joli mot ma chère Vanessa; c'est vrai que ces gestes, répétés et répétés encore sont comme une mélopée qui calment. J'espère un jour pouvoir t'offrir une telle cérémonie, toi sans qui ce blog ne serait que textes et photos sans aucune structure.Quant aux petits pieds, patience...

Zhang lǎoshī Margot a dit…

Bonjour,
Très beaux blog!
Je suis moi-même une grande fan de thé.Je vis temporairement à Taipei et j'y suis un cours sur l'art du thé.
Votre blog me perment de faire la liason entre les noms de thé chinois et leur traduction en français. Merci!
Margot

Francine a dit…

Bienvenue et merci pour le commentaire! En décembre, je retournerai à l'Institut du thé pour être initiée à d'autres types de cérémonie, j'ai hâte d'y être!