jeudi 2 juin 2011

Ascension vers le bonheur...

Je me suis réveillée tôt ce matin, un peu excitée aussi en pensant à ce qui m’attendait aujourd’hui. Après un petit-déj vite expédié et sans thé, me voilà dans mon salon bleu-thé. Voilà pourquoi je n’ai pas bu autre thé, je voulais laisser mon palais et mes papilles gustatives vierges. J’ai seulement dégusté un pistolet légèrement beurré que mon mari était allé chercher au village, et le pain n’encombre pas les papilles.Après avoir chauffé mon petit zhong de 10 cl, j’y dépose ces magnifiques feuilles et je referme le couvercle pendant quelques secondes. En le rouvrant, deux surprises : les feuilles qui occupaient les ¾ du récipient se sont racrapotées dans le fond comme happées par la vapeur d’eau, elles sont devenues plus petites aussi, c’est la première fois que je constate cela. Quant au parfum… indescriptible quasi : entre le gazon, les légumes verts primeurs comme les petits pois et l’artichaut, que du bonheur, cela promet pour la suite. Première infusion (30’’, eau à 65°) : couleur jaune pâle, saveur douce et végétale. Les feuilles semblent devenues plus vertes. Deuxième infusion à 45’’.Les feuilles occupent maintenant plus de la moitié du zhong et dégagent toujours ce parfum si végétal.Troisième infusion à 1’ : la couleur jaune est maintenant plus soutenue, et à la douceur vient s’ajouter une pointe piquante, comme si c’était du "pré-astringent", c’est une sensation très agréable d’autant qu’en arrière-bouche il se dégage une saveur sucrée. Ce qui me frappe ici, c’est que les feuilles ont l’air d’avoir pâli. Le parfum se fait plus discret. Un bruit de pas m’attire à la fenêtre, c’est mon mari que je croyais à la serre, de l'autre côté du jardin. Je l’ai invité à me rejoindre, mais son amour du jardin est plus fort que celui du thé, il ne sait pas ce qu’il perd : le jardin sera toujours là, ce Yan Luo Po, pas. Quatrième infusion à 1’ également : la voilà l’astringence, mais agréable et douce. Les feuilles sont maintenant complètement développées mais ne dégage pratiquement plus de parfum. Du jamais vu, je tente une 5e infusion : l’astringence s’est atténuée, ce qui ressort maintenant c’est une douceur sucrée, magnifique. Les feuilles ne révèlent rien de nouveau. Je vais plus loin encore, une 6e infusion 1’30’’, je suis très surprise par la douceur de cette dernière infusion, mais je ne peux dire si elle dégage encore une saveur propre bien précise ou si c’est la longueur en bouche des autres qui me la fait trouver sucrée. Je décide d’arrêter là et en contemplant ces feuilles qui m’ont donné tant d’émotions gustatives, je pense à mon généreux donateur, aux cueilleuses aux doigts si agiles et à ceux qui ont transformé ces simples feuilles pour en faire un nectar. Et en y regardant de plus près, je suis frappée de voir les nervures si marquées, je ne me souviens pas avoir déjà constaté cela à ce point. Par contre, ces petites merveilles de feuilles sont assez coriaces, je ne les mettrai donc pas dans ma vinaigrette. J'ai été enchantée de redécouvrir ce thé que je connaissais, mais cela faisait +/- 3 ans que je n'en avais plus bu, il est à ma connaissance introuvable en Belgique, merci encore cher Julien. Après l’inévitable arrachage de quelques herbes dites mauvaises en guise d’apéritif, un repas froid en compagnie de mon mari, nous reprenons nos tâches respectives. J’ai essayé une fois encore de l’attirer avec ce Bai Hao Wulong, mais rien n’y a fait. Le parfum qui se dégage de ces 3.9 g excite déjà mes papilles, j’y retrouve ce que je connais de cette Beauté Orientale. L’émotion est déjà forte, d’autant que les feuilles au contact du zhong vide mais réchauffé dévoilent déjà de belles promesses. Un rinçage immédiat, mais je n’ai pas résisté, j’y ai goûté. Cela n’avait quasi aucun goût et je me suis légèrement brûlé la lèvre inférieure, ça m’apprendra à être gourmande et trop impatiente (qu’est-ce que j’ai entendu cette phrase dans le temps…). Que vont donner ces feuilles une fois infusées ? J’ai décidé de procéder au nez et à l’œil, seule la température de l’eau est constante à 95°.La première infusion a une belle couleur ambrée et une saveur sucrée de compote de poires. Les feuilles, d’un beau camaïeu brun, se sont déjà bien développées. La deuxième infusion à la couleur plus soutenue, reste sucrée mais la saveur fruitée a disparu, du moins je ne la perçois plus. Les feuilles ont maintenant des couleurs moins nuancées. La troisième infusion est déconcertante, elle dégage une certaine amertume mais sans saveur. Je décide alors de reprendre la minuterie et de passer à une infusion de 2 minutes. La belle couleur de l’infusion laisse présager de belles saveurs, mais il n’en est malheureusement rien, ce sont des notes boisées qui ressortent mais sans aucun relief, ternes. Un dernier regard interrogatif à ces feuilles avant de les rendre à la terre. C’est idiot, mais je me sens un peu triste : je connais bien ce thé, j’ai l’habitude de l’infuser "au pif" et cette fois cela ne m’a pas réussi, snif. Pour ne pas rester sur une déception, je vais aller rejoindre mon mari dehors, mais je reviendrai très vite. A nouveau dans mon salon, je m’apprête à déguster ce Shui Xian 2007. J’aime les thés de rocher et particulièrement cette Fée des Eaux, mais je n’en ai jamais goûté de cet âge.Le parfum des feuilles après un rinçage immédiat me donne des frissons, je suis à la fin d’une veillée de camp guide, je retrouve l’odeur prenante du feu de bois, j’ai le cœur en fête et je bénis mon généreux donateur qui m’a fait revivre ces moments de bonheur du temps de mon adolescence. La première infusion tapissent merveilleusement le palais et les saveurs sont bien celles des thés de rochers, à la fois sucrées, fruits secs mais aussi épices. Les feuilles ont toujours ce parfum prenant de charbon de bois. La deuxième infusion, acajou et brillante, donne maintenant des saveurs plus boisées et miellées. Les feuilles, de plus en plus développées, gardent cette même odeur chaleureuse de fumée. Je suis ravie, j’ai chaud au cœur comme au corps. La troisième infusion est légèrement plus pâle mais toujours cette saveur de fruits cuits, genre compote. Le parfum des feuilles évolue, il est moins boisé, plus fruité. La quatrième infusion est surprenante, pratiquement plus de saveurs, mais j’ai l’impression de boire vaguement du … Hojicha ! Que se passe-t-il ? C’est ici que se terminent ces fabuleuses dégustations qui m’ont transportée au paradis, normal c’est l’ascension…. Il est temps que j’arrête, je m’égare je crois. Cher Julien, je ne te dirai jamais assez merci pour ce que tu m'as fait vivre une bonne partie de cette belle journée.

7 commentaires:

BrigitteD a dit…

Quel beau jeu de mots!!et quelles belles dégustations .Amitiés Brigitte

Julien ÉLIE a dit…

Ce qui me frappe ici, c’est que les feuilles ont l’air d’avoir pâli.

Je pense que ce phénomène est dû au fait que ce thé est issu d'un théier blanc dont les feuilles ont été traitées en thé vert.


il est à ma connaissance introuvable en Belgique

C'est une exclusivité de Terre de Chine. Revendeur unique du chercheur exploitant son petit lopin de terre. La production est en fait surtout destinée à l'usage familial.
Yan Luo Po signifie Hirondelle, nom inventé pour ce thé sans nom, mais ô combien bon !



Quels ont été tes paramètres d'infusion pour ce Bai Hao ? Perso, je fais la première infusion à 2 minutes. On pourra aussi demander conseil à Philippe, expert ès Beautés.

Anonyme a dit…

Bonsoir Francine !

Quel bonheur de venir voir ton blog, tu ne peux pas t'imaginer à quel point !

Tu es une vraie magicienne... magicienne du Thé !

J'espère franchement que l'on pourra se rencontrer un jour pour que tu puisses me faire goûter un vrai thé !

Toujours pas de livre prévu ?

A bientôt !

Nathalie de Lorraine
qui n'est plus trop présente faute de rénovation de la maison :-)

Francine a dit…

@ Brigitte: et mes dégustations ne sont pas terminées, si tu vois ce que je veux dire...

@ Julien: merci pour ce commentaire et ton mail très éclairants. J'attends avec impatience de pouvoir aller à Paris à la rencontre de cette Hirondelle. Quant aux temps d'infusion, en zhong de 10cl, je n'ai pas commencé à 2 minutes

@ Nathalie: quel bonheur de te lire à nouveau, merci! Un livre? Non, non, non, il y en a déjà assez et pas toujours très exacts, je préfère donc partager ma passion par le biais de ce blog... Bon courage pour les travaux, et il en faut

Julien ÉLIE a dit…

Quant aux temps d'infusion, en zhong de 10cl

http://addicttea.blogspot.com/2010/11/oriental-beauty-en-gaiwan-finir-sa-nuit.html

« 4 grammes, une température de 85°C 3 à 4 minutes
pour la première et divine infusion ; 5-6 minutes pour la seconde et pour finir je le pousse à 12 minutes. »

Nicolas a dit…

Bonjour Francine,

J'ai eu l'occasion de déguster ce thé vert Yan Luo Po. Une petit merveille.

Souhaitons que ces petites hirondelles puissent migrer de Paris vers Bruxelles pour y nicher.

Amitiés
Nicolas

Francine a dit…

@ Julien: la prochaine fois, je ne le ferai plus "à pouf", j'ai certainement raté cette infusion

@ Nicolas: je l'espère aussi !