vendredi 11 juillet 2008

Un thé vert ... bolivien!

Cette nuit n’a pas été de tout repos, je me suis couchée très troublée par ce reportage d'hier. Les visages, les yeux tristes surtout de ces cueilleuses exploitées, leurs corps décharnés usés par un labeur tellement dur alors que le fruit de leur travail épuisant nous procure des instants si doux, m’ont tenue éveillée longtemps. Ce matin, je n’ai pas éprouvé le même plaisir en ouvrant les vitrines où reposent mes boites. Je n’avais pas envie de n’importe quel thé, j’avais envie de déguster du thé "propre". Non que je sois naïve, je sais que le travail des cueilleuses est très mal rétribué et ce n’est pas en boycottant le thé qu’on fera progresser leur condition, mais simplement je me suis rendu compte que je ne connaissais pratiquement pas les conditions de cueillette de ce qui fait mon bonheur. Je me contentais seulement de penser avec respect et reconnaissance à ces petites mains habiles pendant que mon thé infusait (sans oublier ceux qui transforment ces feuilles bien sûr, je pense qu'une feuille de qualité moyenne peut devenir un très bon breuvage par le savoir-faire de ceux qui la travaillent mais je suis encore plus persuadée qu'une excellente feuille donnera une boisson médiocre si elle n'est pas bien traitée, voilà pourquoi j'ai tant d'admiration pour ces petites mains de fées). Ce matin, je voulais du thé juste, équitable, je voulais m’éloigner de cette Asie que j’aime pourtant passionnément et qui parfois malheureusement a gardé des attitudes colonialistes. Mais qu’avais-je d’autre ? Du thé des Açores, un vert et un rouge, qui ont le goût de l’amitié, celle qu’a eue pour moi Valeria qui me les a ramenés, mais qui n’ont que cela. Un jour je ferai une dégustation pour essayer de mettre des mots sur ce que je n’aime pas ou peu dans ces thés. Mon choix s’est alors porté sur un thé vert de … Bolivie, issu de l’agriculture biologique et du commerce équitable. Ce n’est pas le bio qui m’intéresse ici (le bio, je n’y crois que très, très, très peu), mais bien le commerce équitable. J’ai découvert ce thé inconnu à l’Heure bleue, j’ignorais que la Bolivie en produisait (jusqu'à ce jour, pour moi, Bolivie était = à coca et... quinoa!). J'ai eu envie de vous faire partager les sentiments qui me sont venus en le préparant. La colère et la frustration face à l’impuissance ressentie la veille ont disparu, il reste par contre l’envie de faire quelque chose. Et la seule action possible pour l'instant est d’être attentive à la provenance des thés, essayer de ne consommer que ceux qui sont issus du commerce équitable. Y en a-t-il beaucoup ? Les informations sont-elles fiables ?
Mais le thé, même en ce moment de doute et de tristesse, a sur moi un effet salvateur : en dégustant ce breuvage, je me sens apaisée.
Je n’en ferai pas une analyse gustative classique ici, sachez seulement que j’ai suivi les indications du sachet : 75 – 80° pendant 3 minutes ; je l’ai fait infuser 2 fois ; la première à 70° la 2e à 80°. Plus de précisions, ce sera pour plus tard. Les photos vous donnent déjà des informations visuelles…

jeudi 10 juillet 2008

Thé vert, thé amer qu'ils ont dit. Moi je dis écoeurant...

Ce soir, le thé a un goût écoeurant. Heureuse et détendue après avoir terminé le billet du jour sur mon blog, j’ai encore feuilleté les livres consultés avant de les ranger dans la bibliothèque. J’aime le contact physique avec le papier, le glacé me chauffe le cœur, eh oui. Et même si je ne lis plus rien, je regarde à nouveau les superbes images. Puis j’allume la télé et je tombe sur Envoyé spécial et un reportage sur le thé vert. Je n’ai pas vu le début mais ce que je vois et surtout ce que j’entends me glace. Je savais que ces humbles cueilleuses travaillaient dur pour pas grand-chose mais à ce point, non vraiment. Je suis tétanisée, des sentiments violents et contrastés m’envahissent, à un vague sentiment de gêne, de culpabilité même, succède une violente envie de frapper. Frapper ce "garde chiourme" qui traite ces femmes comme un contremaitre du temps de l’esclavage, une trique à la main. Il aboie sur ces femmes qui travaillent si dur sous une chaleur humide étouffante (mais de cela on ne dit rien) et, méprisant, humilie une cueilleuse âgée. Cette femme qui nous dira qu'elle a 54 ans (je lui en aurais donné facilement 70), qu’elle ne voit plus bien, qu’elle est fatiguée, et cette lassitude est palpable… J’aurais dû prendre des notes mais je suis trop bouleversée par les grands yeux tristes de ces femmes usées, 1kg de thé leur rapporte 20 centimes d’Euro. Je l’ai la terrible réponse à ma question idiote : non, elles ne boiront jamais ce qu’elles cueillent. Je n’oublierai jamais le visage de la doyenne de ce village qui doit continuer à travailler à 68 ans si j’ai bien retenu, parce qu’elle a un rêve cette grand-mère si digne dans sa couronne de cheveux blancs : envoyer sa fille à l’école pour qu’elle ait une meilleure vie. Sans haine et sans colère (comment fait-elle ?) mais avec amertume elle nous dit que les blancs les ont trompés, on leur a promis une meilleure vie qu’en Inde, ils sont alors partis à Ceylan (c’est le cas de son père) mais les promesses étaient des leurres. Ils vivent toujours sans eau courante, sans électricité et l’eau du puits commun est polluée par les pesticides utilisés dans les plantations de thé. La fin du reportage est un peu plus optimiste, une plantation bio. Le terme équitable est prononcé : les cueilleuses sont respectées, appréciées et "bien payées" nous dit-on. On assiste enfin à la dégustation de ces "thés exceptionnels qui seront vendus en France 50 Euros les 100g", ( de 20 centimes à 50 Euros, c’est quoi encore le cynisme ?) Pour un thé infusé avec les larmes des cueilleuses au moment de toucher leur "salaire", que j'appelle moi une aumône infamante. Thé vert amer était le titre de ce reportage, qu’en pensez-vous ? Parfois quand je bois un thé que je trouve sublime, je pense aux cueilleuses et j’ai les larmes aux yeux d’émotion mais ce soir, c’est de la tristesse et une rage impuissante qui m’envahissent en pensant à ces visages burinés et aux grands yeux tellement las de ces mères courage...

Dégustation du Jun Shan Yin Zhen, un thé jaune plein de surprises

Même si par ce temps, tout juste bon pour les canards et les grenouilles, le Pu Er est tout à fait indiqué, j’ai recommencé mes dégustations de Yin Zhen du Hunan. Mais avant cela j’ai relu toute la doc que j’avais sur le sujet, particulièrement ce qui concerne les temps d’infusion qui varient vraiment beaucoup : de 3 à 20 minutes.
Si ces ouvrages traitent du même sujet, certains détails ou la manière de présenter les choses varie d’après les auteurs et je trouve intéressant de confronter les points de vue voire parfois de relever certaines divergences. Et comme la plupart de ces livres sont superbement illustrés, c’est toujours pour moi un grand plaisir de les relire.
1. BECAUD N., Le thé, la culture chinoise du thé, Lyon, Ed. S. Bachès, 2004.
2. CHEN W., Le thé, joyau de l’empire du milieu, Paris, Quimtao, 2000.
3. GAUTIER L., Le thé, arômes et saveurs du monde, Genève, Aubanel, 2005.
4. MONTSEREN J., Guide de l'amateur de thé, Paris, Solar, 1999.
5. SCALA O., Thés, cultures, senteurs, saveurs, Paris, Solar, 2005.



J’ai déjà donné quelques renseignements sur l’un des deux thés jaunes, le Meng Ding Huang le 16 mai dernier et suite, je complète donc ici à l’aide des livres cités plus haut. Concernant la description du Jun Shan Yin Zhen (Aiguilles d’Argent de la Montagne de L’Empereur) j’ai choisi de citer chaque auteur qui apporte une précision : "Il fait partie des 10 thés chinois les plus célèbres. Il est cultivé dans la province du Hunan sur l’ile Junshan dans le lac Dong Ting. Ce thé est entièrement composé de bourgeons de forme droite recouverts de duvet. L’empereur Qianlong appréciait tout particulièrement ce thé. Chaque année, il fallait lui en livrer 18 livres", N. Bécaud p. 28.
Jean Montseren nous parle de la montagne de L'empereur: "La légende raconte qu’il y a 4 mille ans les 2 veuves de l’empereur Shun, traversant le lac en barque pour ramener le corps de leur défunt époux, auraient été entraînées par une lame et seraient tombées à l’eau. Afin de les ramener à la surface et de les sauver de la noyade, des coquillages se seraient regroupés, formant une colline, le mont de l’empereur, haute de près de 80 mètres", p.181.
"Grand cru parmi les grands crus, ce Yi Zhen extraordinaire appelé aussi "Plume jaune", est cultivé sur 1km² de surface. Il faut cinquante mille bourgeons pour faire 1kg. Ce fut d’ailleurs tout le poids de la récolte de 1871, année de la visite de l’empereur. Celui-ci fut si séduit qu’il ordonna 9 kg par an de ces divines plumes au titre de son tribut. Aujourd’hui les théiers - des "Dabai" - produisent 300kg, extrêmement convoités dans le monde entier", O. Scala, p.120.
L’ingénieure agronome qu’est L. Gautier nous apprend que: "Sa transformation débute comme celle du thé vert chinois sauf que la fixation de la feuille à haute température humide se passe sous couvert de paille (15 minutes). Elle est suivie par un pseudo-repos prolongé toujours sous couvert pendant lequel une légère fermentation se produit (1 jour). Puis le thé est délicatement roulé en aiguilles (20 minutes) et séché (20 minutes)", p.97.
Passons maintenant à mes dégustations, de véritables expériences… j’ai en effet voulu tester les différents temps d’infusion proposés dans les livres consultés. J’ai d’abord commencé par suivre les indications notées sur le sachet de l’Heure bleue : "Eau à 70°, 3 à 5 minutes ou plus… Peut s’infuser 3 ou 4 fois", sitôt lu, sitôt exécuté, j’ai donc pris 2 gaiwans de 10cl, j’y ai mis 2.5g de Jun Shan Yin Zhen et l’ai fait infuser une 1e fois, l’un à 3’, l’autre à 5’. Les feuilles sèches sont vert très pâle argentées, certaines même dorées, toutes sont veloutées ; en les humant, j’ai eu l’impression de sentir le gazon coupé et séché. L’infusion à 3’ me fait penser à la guimauve de mon enfance, celle à 5’ m’a fait penser à la fleur du tilleul, je m’impressionne, d’habitude je ne suis pas aussi inspirée ni "productive". Les feuilles infusées sont assez semblables, elles ont viré au vert jade pâle. Je n’ai pas senti de différence de goût lors de la 2e infusion. Je n'ai pas observé non plus de changement dans la couleur de l'infusion. Ni d'ailleurs dans l'aspect des feuilles mais en dégustant ce breuvage avec délice et volupté, je pense au savoir-faire de ces cueilleuses si habiles, sans qui je ne goûterais pas à ce plaisir. Une question, une fois de plus: ont-elles la possibilité elles aussi de déguster un tel nectar? J'ai peur de la réponse... Mais que faire? Par contre lors de la 3e infusion, la couleur de celle-ci a foncé et, pour celle à 5’ elle a viré à l’orange clair ; quant au goût, j’ai trouvé la 1e plus sucrée et la celle à 5’ m’a fait penser à de l’abricot. J'ai été vraiment inspirée pour une fois, peut-être Lu Yu y est-il pour quelque chose, il est présent chaque fois que je me livre à une dégustation "dans les règles". Passons maintenant à la dernière expérience, la plus curieuse et la plus excitante : l’infusion de 5g dans un verre (20cl) pendant 20 minutes ! Je cite à ce propos d’abord O. Scala : "Ceux qui ont la chance d’avoir quelques grammes de ce thé peuvent contempler le ballet extraordinaire de ses feuilles ; posées au fond d’un verre haut et recouvertes d’eau chaude, elles montent et descendent 3 fois de suite. Leur mouvement spontané dure une vingtaine de minutes…précisément le temps d’infusion nécessaire pour ce breuvage, qui se savoure avec les yeux, le nez et la bouche", page 120. Ce n’était pas systématique pour tous les bourgeons, moins de la moitié de ceux-ci m’a offert ce spectacle curieux.
Wei Chen ne dit pas autre chose, à quelques détails près… : "Lorsqu’on verse de l’eau bouillante dans la tasse, le bout des bourgeons pointe hors de l’eau, quelques minutes après, ils se renversent horizontalement dans l’infusion et restent debout dans l’eau, un instant après ils montent et descendent pour remonter et redescendre trois fois de suite avant de tomber définitivement au fond de la tasse. On donne avec plaisir un surnom à ce thé : "Trois montées et trois descentes". De temps en temps quelques bulles d’air sortent des bourgeons et s’éclatent à la surface de l’infusion, dégageant un arome enivrant. Les bourgeons restent enfin debout au fond de la tasse, comme de multiples jeunes pousses de bambous ou arbres qui rivalisent d’ardeur pour monter vers le ciel. Tout en dégustant la saveur succulente, on regarde dans la tasse, un immense plaisir envahit l’esprit. Un grand bonheur" p.122. Comme vous le remarquez sur la photo, la plupart des bourgeons se dresse vers le haut, et c’était encore plus remarquable avant que je ne déplace le verre pour l’immortaliser. Je n'ai pas vu de bulles. Par contre, j’ai été surprise et un peu déçue par l’infusion, je n’ai retrouvé ni la subtilité ni la fraîcheur des infusions en zhong. J’ai alors décidé de la laisser refroidir complètement, le résultat était encore plus curieux, j’ai eu l’impression de boire un liquide "piquant" comme l’eau gazeuse, plus du tout une infusion duveteuse et veloutée mais par contre très rafraîchissante malgré la sensation de la râpe…
Avant de terminer ce long chapitre, je voudrais vous faire partager le plaisir que j’ai eu à lire ce qui suit, il s’agit du "moment". Et ici, O. Scala se fait poète : "Ce Yin Zhen est vraiment un thé pour le soir. Sa légèreté et sa fraîcheur le rendent encore plus appréciable l’été (je veux bien le croire…mais je n’ai pu le vivre, il fait à peine 15°). On le déguste à petites gorgées pour en extraire toute la subtilité, quand on veut célébrer le simple bonheur fugace d’un coucher de soleil ou un moment de pure tranquillité". J. Montseren, dont c’est la façon habituelle de décrire la manière de préparer les thés, nous donne son "conseil de pratique : 2.5g pour 10cl, de 5 à 15 mn (à la lumière d’une bougie rouge / au charme des fleurs ultimes) dans une eau attisée (70°C). Moment privilégié : quand on appelle les parfums"... p.182.
Quant à moi, je vous appelle à me faire part de vos impressions, constatations si vous décidez d'expérimenter ce thé vraiment pas ordinaire. Bonne dégustation.

mardi 8 juillet 2008

Une semaine déjà...

Voici ce qui se cache derrière ce titre énigmatique : il y a une semaine exactement, Stéphane, mon adorable neveu (que l'on aperçoit de dos à côté du landau bleu), a organisé une fête pour dire adieu à ses copains avant de partir pendant +/- un an là "Où le vent me portera" (titre de son blog), aidé quand même par sa "Béhème" à 2 roues. Cette fête a eu lieu ici et ce 1er juillet restera gravé dans beaucoup de mémoires (nous étions 76…), d’abord parce qu’il faisait merveilleux du début (18h30: 28°) à la fin (2h30: 20°) de cette mémorable fête que nous avons passée dehors jusqu’au bout. Mais aussi parce qu’une superbe ambiance y était, et contenter autant de monde n’est pas toujours aisé.
Et le rapport avec le thé, vous demandez-vous sans doute? La photo suivante vous répond. Pour me remercier d'avoir pu organiser cette fête ici, il m’a offert cette superbe théière, très anglaise, même si je lis sur le fond : "Reg. N° 15541 AUSTRALIA". C’est une ancienne Royal Winton Queen Anne, je l’adore ! Il fallait trouver un thé à la hauteur de ce superbe cadeau. Cela ne s’est pas imposé immédiatement à moi, j’avais d’abord imaginé un Margareth’s Hope ou un Puttabong, mais même ces grands Darjeeling me semblaient trop "communs". Je l’ai alors installée dans mon salon bleu-thé en attendant l’inspiration et cet après-midi, au moment où j’ai pénétré dans ce lieu magique, j’ai trouvé : ce sera un Yin Zhen du Hunan, je l’ai découvert lors de la dégustation du 1er juin à l’Heure bleue (vous connaissez maintenant) et j’ai été immédiatement séduite par sa finesse, j’avais l’impression de tapisser mon palais de velours. Depuis, j'en bois régulièrement soit dans un gaiwan soit dans un verre. C’est en tremblant un peu que j’ai préparé l’infusion, allais-je retrouver les mêmes sensations en théière de 80 cl ? Eh bien non MAIS c’était tout aussi troublant, j’ai eu l’impression de découvrir un thé inconnu, à la fois subtil et très prenant, plus que probablement lié à la rétro-olfaction… des émotions, celles éprouvées lorsque j’ai reçu ce cadeau ! Je continuerai donc à infuser ce magnifique Yin Zhen dans cette théière mais je n’en parlerai pas ici, j’ai fait plusieurs expériences avec ce thé fabuleux, je conterai mes surprenantes aventures très prochainement. Je me contente maintenant de déguster ce breuvage en pensant à Stéphane avec reconnaissance. Je déteste l'engin sur lequel il est parti, j'en ai peur, pas de lui qui est prudent mais des autres... Et pourtant, s'il avait eu un side-car, je l'aurais bien accompagné,allez comprendre!
Par contre, en sirotant LE breuvage, j'imaginais celles que le contenu de cette merveille a comblées.... Dans mon rêve éveillé, Victoria était Reine et quelques nobles dames d'âge mûr, installées confortablement malgré leurs encombrantes robes longues à frou-frou succombaient avec délice et oserais-je le dire, volupté, au rituel du Five o Clock avant de reprendre qui sa tapisserie, qui sa broderie ou sa dentelle, tout en devisant de choses et d'autres. Ah, si je savais broder, je reproduirais ces motifs un peu surranés mais tellement touchants sur un napperon pour y déposer "Queen Anne" ou pour lui offrir un cache-coeur (ces très british tea cosy).

dimanche 6 juillet 2008

Un dimanche pas comme les autres à l'Heure bleue

Comme vous avez pu le lire à la fin du précédent message, il s’en passe des choses à l’Heure bleue chaque premier dimanche du mois. Aujourd’hui, 6 juillet c’est le premier dimanche du mois alors suivez-moi, je vous y emmène. Et cette fois, je n’y vais pas seule, mon amie Anne-Marie Nihoul m’accompagne. Elle aussi c’est une passionnée, de chocolat, artisanal évidemment. Elle crée (entre autres) des pralines fabuleuses dont certaines au thé. Mais je n’en dis pas plus, ce sera l’objet d’un autre article, il y a tant à dire et sur le personnage et sur ses créations. Nous étions donc 4 hédonistes passionnés à nous retrouver dans cet endroit très thé. Ce dimanche-ci est consacré à la dégustation de 3 thés verts japonais (j’entends d’ici les puristes me dire que c’est un pléonasme… mais que nenni, ce n’est plus tout à fait vrai, même si j’ai des doutes sur leur thé "noir", les chiens ne faisant pas des chats je ne suis pas très pressée d’y goûter). Cela tombe bien, ces thés sont très rafraîchissants et nous sommes en été, même si certains jours on peut en douter.

Monsieur thé nous propose d’abord un Kukicha, les brindilles jaunâtres sont très belles et contrastent avec les feuilles d’un vert profond : 2g dans 10cl d’eau à 65-70° ; 3 infusions. J’assiste impressionnée à l’échange entre Anne-Marie et Olivier qui, humant l’infusion perçoivent une odeur de marron chaud et de la châtaigne grillée au goût. J’aime les écouter comparer leurs sensations olfactives, j’en suis incapable et j’admire donc ce talent. Par contre, je reconnais dans la 3e infusion l’aspect grillé qui me fait penser à un Genmaïcha, pas mal, non... Nous découvrons ensuite un Tenko Kabusé (thé couvert quelques temps avant la récolte par une toile perforée empêchant le soleil direct ce qui permet aux feuilles de garder intacts tous leurs composants entre autres la chlorophylle si j’ai bien retenu ce que j’ai lu; on parle aussi de thé de pénombre.) Ici aussi : 2g dans 10cl d’eau à 60-65. Je crois percevoir des odeurs de prairie ou de gazon là où Anne-Marie et Olivier perçoivent un léger goût de fumet de poisson mais c’est toujours aussi intéressant pour moi de les écouter. On se rejoint par contre sur la texture du breuvage, plus dense que le Kukicha.
La 3e dégustation est double : 2 Sencha, un Kabusé et un Wazuka. Infusés en même temps, cela nous permet de les comparer, la couleur de l’infusion (le Kabusé plus vert, le Wazuka plus jaune, l’odeur (le foin pour Anne-Marie et moi, des notes marines pour Monsieur Thé) et le goût. Ici encore, les 2 "nez" ont perçu une attaque très foin, suivi très vite par des odeurs et une saveur de Mer du Nord, comme s’ils étaient sur l’estacade d’Ostende. Moi je sentais une odeur de… framboise (un de mes fruits préférés), ce qu’a confirmé Monsieur Thé, et là, je suis plutôt fière. Beaucoup d'autres échanges, riches, intenses, que je ne peux reproduire ici, ce que vous avez lu n'est qu'un petit aperçu, le reste est en moi, en nous. Voilà ce qui se passe le dimanche à l’Heure bleue. J’aime ces moments de découverte et de partage autour de cette boisson qui n’a pas fini de nous surprendre. Je vous encourage vraiment à venir vivre ces moments instructifs et conviviaux, peut-être se rencontrera-t-on un dimanche...
Désolée pour la mauvaise qualité de certaines photos...

De L'Heure bleue, l'instant créateur à l'Heure bleue, le temps du thé

J’en avais parlé déjà, aujourd’hui je passe à l’action, je commence la description de mes coups de cœur bruxellois dans le domaine du thé, que le Belge, traditionnel buveur de café (et de bière) commence à apprécier de plus en plus. Je vous invite donc à pénétrer à L’Heure bleue à la rencontre de Madame Bijou et de Monsieur Thé dont les parcours professionnels sont peu banals. Mais d’abord pourquoi "l’Heure bleue" ? L’heure bleue est ce moment de la journée où la luminosité commence à baisser, où on pénètre alors dans une atmosphère très particulière, on aperçoit des nuances de lumière bleue. C’est le moment préféré de Madame bijou, c’est alors qu’elle a des "flashes", une inspiration, que les choses se mettent en place dans sa tête et qu’elle peut commencer à créer.

Mais qui est exactement Madame Bijou? Voici son parcours : des études sérieuses qui ont fait de Muriel une "Consultante en management et logistique". Mais déjà derrière la raison pointait la passion : sa maman, passionnée par les brocantes, lui fait découvrir ce monde, l’adolescente qu’elle était est fascinée par les perles, les colliers qu’elle reconstitue, elle en crée même (déjà) et va les vendre au Marché aux puces tout en continuant ses sérieuses études. Son sérieux diplôme en main, elle décroche un travail qui l’est tout autant, il lui apporte reconnaissance sociale, situation financière plus que confortable, qualité de vie, bref une vie très conventionnelle. Elle tient 12 ans mais cette "qualité " de vie-là ne la satisfait pas, elle est faite pour créer. C’est Monsieur Thé qui la pousse à passer de la raison à la passion, sa passion. Et c’est ainsi qu’elle a quitté cette voie facile mais pas assez épanouissante et qu’elle est devenue Madame Bijou, je ne vous en dis pas plus, la photo parle d’elle-même.

A Monsieur Thé maintenant. Après des études de philosophie, Olivier décroche un poste d’assistant aux facultés universitaires de Namur mais pour lui aussi cette vie académique était trop "académique", une voie toute tracée, un statut social, une vie rangée mais finalement peu satisfaisante. Il quitte son poste à la fin de son contrat et devient Consultant en éthique médicale à l’Université catholique de Lille. Son travail lui prend +/- 2 jours par semaine. Mais comment est née sa passion pour le thé ? Il a fait un Master à Leeds, et c’est lors de son séjour là-bas qu’il a découvert "les petits thés mondains et les barquettes de biscuits anglais" (cette jolie formule est de lui) avec les étudiants du cru. C’était essentiellement du Witthard parfumé mais petit à petit il s’est mis aux thés nature. Il découvre aussi le fameux Five o clock, ce moment où tout s’arrête et pendant lequel tout Anglais digne de ce nom déguste sa tasse de thé (noir avec lait et/ou sucre), mais à côté de ce rituel sympathique il y a aussi une profonde philosophie : pour eux, ce break leur montre également que le monde peut tourner sans eux, qu’ils ne sont pas indispensables. Belle leçon de modestie, non ? Rentré au pays, il a suivi les cours du Palais des Thés à Paris et a rencontré Guillaume Leleu, le talentueux et créatif propriétaire des Thés "ThéOdor" (http://www.theodor.fr/). Voilà comment un philosophe est devenu Monsieur Thé.

Et, pour terminer cette première partie, voici les renseignements pratiques : Avenue des Arts, 12 – 1210 Bruxelles ; Tél. : 02 223 40 75. Ouvert du lundi au vendredi de 12 à 18 heures et le 1er dimanche du mois de 10 à 18 heures. Métro ligne 1 – Arts-Loi (2 minutes à pied) ou Ligne 2 – Madou (1 minute à pied).
Il ne vous reste plus qu’à aller découvrir cette boutique si singulière où vous serez accueilli par ce couple de passionnés dans une ambiance très "heure bleue".

samedi 5 juillet 2008

"Là où 2 ou 3 se réunissent en mon nom, je suis au milieu d'eux"...

Le monde du thé a ceci de particulier, que cette phrase "biblique" lui va très bien : "Là où 2 ou 3 d’entre vous se réunissent en mon nom, je suis au milieu d’eux"… Cet après-midi nous étions 3 et IL était au milieu de nous. Je ne vous ferai pas l’affront de préciser qui est IL, je suis certaine que vous avez déjà trouvé... si, par hsard, ce n'était pas le cas, ce qui suit vous le fera découvrir. Je connaissais déjà Fanou, l’heureuse propriétaire de la boutique Magie du Thé de Namur (j’en reparlerai plus tard), et j’ai pu mettre un visage sur Benoit alias Benead (Ma route du thé ), mon deuxième invité. Il était l’heure de goûter, nous avons donc commencé par un "apéritif"au thé (Pavillon sous la lune + jus d’oranges pressées). Vint ensuite sorbets et glace au Matcha et enfin poire au sirop de thé + glace au Pu Er, oui, oui, vous lisez bien. Tout en dégustant nous faisons plus ample connaissance, j’ai été impressionnée par les connaissances de ce très jeune passionné entre autres sur les Pu Er. Vous le voyez sur la photo, il parle de sa (notre) passion et, à voir Fanou, c'est tout sauf triste et ennuyeux! Ici, sorbets et glace au Matcha, mais prise dans le feu de la discussion, j'ai oublié d'immortaliser les poires au sirop et la glace au Pu Er, ce que je peux vous dire c'est que les assiettes se sont vidées très vite.
Après cela, direction le premier étage et mon salon bleu-thé. Nous avons tout naturellement opté pour un Pu Er cuit. Fanou est perplexe face à ces Pu Er : comment les reconnaître, qu’acheter ? Qui est assez connaisseur pour répondre à ces questions… Il est assez aisé de décrire les thés verts, Oolong, rouges, mais quid des thés noirs ? Voilà une piste à creuser, ni Benoit ni moi n'avons de réponse assez précise. Je leur montre alors un livre magnifique sur ces thés si particuliers acheté à Taipei: photos superbes mais texte en mandarin, ils ont regardé les images (qui font rêver) et nous avons échangé nos connaissances. Je parlerai plus tard du livre et des "roues" qui ont retenu notre attention mais j’ai besoin de Ling-Ling, ma traductrice préférée pour percer les mystères de ces thés compressés, du moins à partir des textes. Mais malheureusement le temps passe très (trop) vite, et après 4 infusions seulement nous devons nous séparer à regret en nous promettant de nous revoir. Après leur départ, j'ai continué les infusions - 9 au total - je pourrais encore pousser plus loin mais je vais suivre les conseils de Benoit, remplir la théière d'eau froide et laisser infuser le thé toute la nuit, je suis curieuse de goûter le résultat.
A propos: qui était au milieu de nous???