samedi 2 octobre 2010

Thé partagé, thé et lecture

A mon retour, j’ai retrouvé avec joie ce superbe jardin qui en six jours a bien changé, teintes automnales, champignons dans tous les coins et bien sûr les nombreux oiseaux attirés, comme ce petit groupe de grives musiciennes friandes des baies des ifs. Mais depuis 2 jours, les activités ménagères ont pris pratiquement tout mon temps et c’est loin d’être ma tasse de thé… Alors ce week-end je me rattrape, thés et lectures, et j’ai de quoi! La semaine dernière, j’ai découvert ce plateau, très anglais et qui représente une de mes passions, les oiseaux. Je possédais déjà la théière, que j’emploie surtout pour boire le thé en lisant sur ma terrasse. Mais je n’avais pas encore ce plateau assorti ainsi que le mug. Je l’ai étrenné avec ma filleule, venue partager un moment avec sa "madrina", ce que c’est d’être polyglotte… Thé et rires d'abord.Elle est très thé vert et je ne lui avais pas encore fait découvrir ce Ban Mai, un thé vert thaïlandais, découvert chez Thés des Muses, qu’elle a beaucoup aimé, cela tombe bien, je serai bientôt à Strasbourg, je pourrai donc renouveler mon stock. (Framboise, c'est quand tu veux...)Et cet après-midi, je me replonge dans la Passagère du Silence. J’avais au moment de sa sortie acheté ce livre, attirée seulement par le titre, je ne connaissais l’auteure. J’avais à l’époque été séduite par le récit de cette femme hors du commun partie seule en Chine à 20 ans pour apprendre la peinture. J’ai été bouleversée par ce qu’elle a subi, comment elle a pu faire émerger son art dans l’enfer qu’elle a vécu, la Chine des années 80 était vraiment l’enfer pour les Chinois d’abord, sous le joug d’une dictature inhumaine, où ce qui était valorisé n’était pas la création artistique, mais l’art imposé, sur le modèle soviétique, cela m’avait donné la chair de poule. Par sa volonté, son entêtement même, et la rencontre d’authentiques artistes, bannis et même torturés par le régime de l’époque, elle est arrivée à ses fins. Pendant des mois, dans un environnement hostile qui faisait plus penser à une prison ou un camp d’internement qu’à une école des Beaux-arts, elle a répété inlassablement des traits, toujours les mêmes sans en comprendre la signification, et quand toute fière elle est venue présenter sa première œuvre personnelle à son Maître, il s’est mis en colère et l’a déchirée. En relisant ce qu’elle disait de ses Maîtres, une image s’est imposée à moi, le visage impressionnant de cet homme dont j’ai rencontré l’œuvre au Musée d’Histoire de Taipei. Et dont la vie était retracée sur des vidéos.Dans ces salles dont la pénombre mettait encore mieux en valeur les œuvres, j’ai été envahie par une émotion esthétique si intense que je ne parvenais plus à bouger, comme tétanisée par ces calligraphies et ces peintures qui dégageaient une telle force, j’avais l’impression que c’était elles qui vivaient, pas moi. Et j’en avais les larmes aux yeux. Une dame s’est alors approchée de moi en me demandant si je me sentais bien. La seule réponse que j’ai pu lui donner dans un anglais tremblotant fut "what a beauty!" Elle m’a alors pris les 2 mains en me remerciant, c’était la fille de l’artiste. Elle m’a offert un dépliant qui parle de son père, elle était fière de me montrer que certaines de ses œuvres avaient été reproduites sur des timbres-poste. J’ai arrêté ma lecture dans le train à ce moment-là pour la continuer aujourd’hui. Je suis encore plus remuée maintenant, des choses essentielles me sautent aux yeux qui à l’époque m’avaient complètement échappées. Je crois avoir compris pourquoi je suis si bouleversée face à la calligraphie alors que je n’y comprends rien. Il en est de même pour les peintures à l’encre (de Chine) dont c’est la construction du trait qui m’attire et pas le dessin d’ensemble. Voici ce que lui a dit son Maître : "La peinture chinoise n’est pas, comme en Occident, une représentation de la réalité qui nous entoure. La ressemblance ne nous intéresse pas, elle est pour le vulgaire". Et un peu plus loin : " Bien sûr, nous utilisons nous aussi nos montagnes et nos vallées, de même que nous utilisons les caractères de l’écriture comme source d’inspiration. (…) La réalité représente un alphabet grâce auquel nous créons notre vision intérieure, l’esprit de la montagne ou du paysage que nous choisissons d’interpréter. La peinture chinoise est une peinture de l’esprit ; elle ne vise qu’à transmettre l’esprit des choses à partir des formes, qui ne sont qu’un moyen." J’arrête ici ma lecture, trop de choses se bousculent en moi, je sais pourquoi ces choses me parlent maintenant, elles ont un lien avec ma pratique des cérémonies du thé, ce n’est pas tant le geste technique qui importe mais bien l’esprit du thé qui doit émerger. J’y reviendrai.

5 commentaires:

Sylviane a dit…

Je frissonne et saute les oiseaux.....

Francine a dit…

Mais le reste vaut vraiment la peine!

claire a dit…

Je me relis également Fabienne Verdier, un régal!

Lune a dit…

Tout cela (Vedier) provoque en nous une interrogation.
Il y a longtemps que les quelques peintures que je possède m'agacent... J'ai enfin compris pourquoi : leurs limites, l'imposition qu'elles portent à mon regard.

Francine a dit…

Moi je ne comprends toujours pas ce qui a provoqué cette émotion esthétique intense face aux dessins et surtout à la calligraphie à laquelle je ne comprends rien... L'indicible sans doute?