mercredi 4 janvier 2012

C'était hier, nature en colère, Pu Er et merveilleux souvenirs

J’ai été réveillée par un temps que j’aime particulièrement : un grand vent soufflant violemment et ce n’était que le début ! Il ne pleuvait pas encore et, bien emmitouflée, j’ai été faire le tour de la propriété. La danse des arbres était impressionnante, comme s’ils s’ébrouaient pour faire tomber le superflu et rendre à la terre les branches mortes. Le thé pour célébrer cela sera évidemment un Pu Er. Le petit morceau prélevé sent la terre et l’humus, comme des promesses d'émotions gustatives intenses.Après l’avoir lavé, je l’infuse dans cette théière, ce que je ne fais pas d’habitude mais aujourd’hui, je veux faire des allers-retours entre le dehors et le dedans, je renonce donc au gong fu, je ne peux pas tout avoir. Je m’attendais à peut-être être déçue, il n’en fut rien ! Dans mon salon, je l’ai versé dans les bols puis, attirée par ces bourrasques, je l’ai versé dans un mug que j’ai amené sur la terrasse. Vu de haut, le spectacle tout aussi impressionnant. En voyant la cime des bouleaux, je pense au chêne et au roseau : comment des arbres si frêles peuvent-ils si bien résister d’autant qu’ils ne sont pas profondément enracinés. J’imagine aussi la mer du nord déchainée. Un petit retour à l’intérieur, même chaudement habillée, il ne fait pas bon rester trop longtemps dehors… même si c’est vraiment un temps qui me correspond, j’aime les éléments déchaînés comme pour rappeler aux humains qu’ils ont cette terre en prêt et qu’elle garde ses droits qui les dépassent. Ce vent secouant mes neurones me rappelle ma première vraie tempête, il y a « un certain temps », c’était à Ploumanac’h. Quelques jours avant, on avait assisté au baptême du nouveau bateau de sauvetage, il n’est pas resté longtemps inactif ! Cette mer impressionnante, le bruit des vagues se fracassant sur les rochers de granit rose, un spectacle grandiose pour l’adolescente citadine que j’étais alors. Je me rappelle aussi ce Pardon, j’ai toujours aimé les processions, mais là, les femmes étaient un costume avec des coiffes impressionnantes et la musique… C’est aussi là que je me suis prise d’une passion pour les grandes pièces classiques : les Tréteaux de France s’y étaient arrêtés et j’ai assistée, fascinée, à la représentation du Marchand de Venise… Puis encore saint Guirec dont le nez n’était déjà plus qu’un trou béant à l’époque, il ne doit plus en rester grand-chose aujourd’hui, à moins d’un miracle… Ceci dit, on racontait n’importe quoi à son propos : il se disait que si on lui piquait le nez, on serait mariée dans l’année, eh bien avec moi, cela a raté j’y allais pourtant tous les jours… mais j’avais 14 ans ! Et bien sûr il y avait ce château de Costaéres où a été écrit Quo Vadis, que j’ai dévoré, c’était mon premier roman historique, mais c’est de là qu’est née ma passion pour ce genre littéraire. Je revois encore ces rochers aux formes qu’on aurait dit taillées par des géants, et auxquels étaient liées des légendes. Et aussi ce sentiment très fort d’avoir touché la liberté et un morceau d’infini. Ce furent pour moi les plus belles vacances de mon adolescence. Je n’y suis jamais retournée, j’imagine que je ne reconnaitrais rien et que la magie aurait disparu plus d’un demi-siècle plus tard, ma mémoire est là pour compenser. Voilà ce que la nature et le Pu Er ont permis, me faire voyager dans mes beaux souvenirs, il y a des lustres que je ne pensais plus à cela. Avec le Pu Er, il faut s’attendre à cela, un retour à la terre, même si cette terre-là était plutôt mer et granit… J’ai continué toute la journée à faire ces allers-retours. Puis, le spectacle s’est déplacé, je m’apprêtais à réécouter le grand Jacques quand mon mari a fait une apparition. Lui aussi aime le Pu Er… un peu moins la tempête, je ne peux d’ailleurs plus sortir, cela lui rappelle de mauvais souvenirs. Dans les années 90, il y en a eu une vraie, qui m’a attirée dehors comme le plus puissants des aimants. J’avais l’impression de m’envoler, j’avais le vent dans le dos c’était magique… en un rien de temps j’étais au fond de la propriété. Sauf que le vent n’a pas tourné pour me ramener aussi vite à la maison, j’ai mis un temps infini et… à 4 pattes pour y arriver. Mon mari qui ne parvenait pas à me joindre a quitté sa consultation pour voir ce qui m’était arrivé, on est rentrés à peu près ensemble, j’étais frigorifiée mais hilare, lui pas du tout… depuis, par ce temps il me boucle, du moins il essaie ! Pauvre Doudou, c'est mission impossible, on n'enferme pas une Nomade. Emotions gustatives + émotions tout court, j'aime cette alchimie...

8 commentaires:

Lune a dit…

Bonjour Francine, très beau billet sur les éléments déchaïnés que j'aime autant que toi.
J'ai passé il y a quelques années des vacances à Ploumanach et Trégastel, la sauvagerie que tu décris était toujours présente par des jours d'été sous la brume! Sais-tu que Colette a passé un séjour à Costaérès chez les amis propriétaires du lieu à l'époque, une de mes amies possède une lettre autographe avec l'en-tête du château.
P.S. P et moi nous décidons pour l'aventure bloguesque.

Francine a dit…

@ Lune: Merci pour ton commentaire. Une amie est allée à "Ploum", il y a +/- 10 ans, et elle n'a pas retrouvé le lieu que j'avais en photo, tout était construit... Et la statue de Saint-Guirec est maintenant en pierre... Peux-tu me rappeler le nom du chemin qui condui(sait) à Perros-Guirec, le sentier des douaniers, des contrebandiers? Je l'ai fréquenté aussi, par contre je ne savais pas que la "folle" des chats avait séjourné au château...
Et pour le blog, je dis BRAVO, j'espère être votre première lectrice!

Lune a dit…

Le Sentier des Douaniers.Mon séjour là-bas remonte à 91, je fréquente surtout Saint-malo, Cancale.
Oh! "La folle"? attention, tu as affaire à une de ses aficionados :)

Ségolène - Patrick Thé-tea-cha a dit…

Très beau billet, qui m'évoque aussi quelques souvenirs bretons.

Patrick

Mab a dit…

Bonsoir Francine,
Bonjour Francine,
Cela fait un bout de temps que je suis votre blog passionnant... et n'ose pas me manifester. Mais là, je ne peux plus rester dans l'ombre. Le puehr et les tempêtes sont deux attraits qui ont pour moi une fascination irrésistible!
Merci pour votre partage sur le thé... divin breuvage!
Belle soirée étoilée chez vous!
Marie-Aline

Francine a dit…

@ Lune: désolée si je t'ai choquée, c'est bien malgré moi parce que Folle est un grand compliment pour moi, je suis une "fan" aussi... mes amies m'appellent la Folle du Thé et cela m'honore, cela me fait un très illustre ancêtre, Lu Tung le Fou du Thé. Sinon merci pour le sentier des douaniers. Quant au blog, il parlera je le suppose de "litthérature"...

@ Ségolène et Patrick: qu'il est mimi le petit singe... mais que tient-il dans les mains? Si c'est ce que je pense, pas grand chose ne le sépare des humains qui tiennent la même chose... J'ai pensé à vous dans le jardin et à Lucrèce!

@ Marie-Aline: bienvenue et merci pour le beau compliment, il me touche, j'ai la passion de la transmission...

Lune a dit…

:)Absolument pas "choquée" - Ce message fut écrit avec le sourire!
La tempête de cette nuit t'a-t-elle satisfaite?

Francine a dit…

@ Lune: eh non, je dormais! quelle horreur, et ce soir c'est le calme plat, je suis dégoûtée, je vais aller me consoler... dans les bras de Morphée!