lundi 13 septembre 2010

Vais-je continuer la lecture...

Telle est la question que je me posais ce matin à propos de cette surprenante Monographie du Thé tant le chapitre lu hier m’a perturbée. Mais ma curiosité naturelle (et pas du tout malsaine) a répondu à cette question. Avant cela, j’avais envie d’un thé … vert. Pas d’un thé de lecture mais un thé de méditation. Ce sera un thé vietnamien, le Tuyet-Suio Giang, découvert vendredi passé à Namur. Je l’avais déjà infusé en théière d’1/2 litre en suivant les indications données, je voulais cette fois l’infuser en zhong de manière plus empirique, à l’œil, le parfum et la couleur. Alors que les feuilles sèches dégagent un léger parfum fleuri, l’infusion en zhong tire vers des notes grillées, j’y retrouve ce goût sucré déjà constaté en grande théière, mais ici avec une astringence plus prononcée. En grande théière, il donnait plutôt des notes acidulées. Les feuilles de la première infusion ne sont pas encore toutes développées et elles dégagent des notes végétales.A la troisième infusion, elles se sont pratiquement toutes ouvertes et c’est une odeur de grillé qui prédomine. Je trouve ce thé très agréable, d’un abord facile mais je crois que je le préfère en plus grande théière.
Je joins donc le geste à la parole et je reprends la lecture, en passant le chapitre VII consacré à la Composition chimique du thé… je reviendrai plus tard sur ces 24 pages mais je suis plus intéressée par le chapitre suivant qui traite des Propriétés médicales et hygiéniques, écrit par le Docteur Trousseau, médecin de l’hôpital Necker, et Professeur de thérapeutique à la Faculté de Médecine de Paris. Je suis très curieuse de voir l’état des connaissances à une époque où le thé faisait à peine son apparition en Europe. Et j’aime déjà le préambule écrit de belle manière : "Il n’est pas toujours facile, quand une substance est réellement active, de se prémunir contre les exagérations, d’ailleurs si naturelles, de ceux qui l’ont employé avec quelque avantage, ou contre celles des personnes qui en ont éprouvé de mauvais effets. Le thé est véritablement dans ce cas : vanté par les uns avec un fanatisme qui n’a pas toujours été justifié, proscrit par les autres avec un acharnement aveugle, il a pris enfin place à côté du café dans l’histoire hygiénique et médicale des hommes. (…) Notre travail sera divisé en deux parties distinctes : 1° L’influence du thé sur l’homme sain, lorsque l’habitude de la substance n’a pas encore été acquise ; son influence comme boisson alimentaire ; 2° Nous étudierons l’influence du thé comme médicament". Et ici aussi distinction entre le thé noir et le thé vert. Il est dit du thé noir qu’il "a moins d’énergie que le thé vert". Qu’une infusion courte est remarquable "par la finesse de sa saveur, par la netteté de l’arôme, et par un sentiment d’astringence qui n’a rien de désagréable. (…)" Une infusion plus longue lui fait perdre son arôme, et si on le fait bouillir, "au lieu d’une boisson agréable, on n’a qu’un breuvage qui ne flatte nullement le palais ; (...) Dans cette circonstance, le goût, cette sentinelle avancée de la digestion, ne trompe pas".J’aime beaucoup cette dernière phrase. Il n’est pas fait mention des durées d’infusion ni de la température de l’eau. Et j’aime aussi le dernier paragraphe : "L’impression que le thé produit sur les organes du goût, fort importante sans doute pour ceux qui n’y cherchent qu’un plaisir des sens, n’intéresse que très-secondairement le physiologiste et le médecin". Il parle alors de l’excitation provoquée par les boissons chaudes, prolongée dans le thé en particulier, qui procure un sentiment de bien-être et de " recomfort", qu’il compare aux boissons alcooliques. Il passe maintenant à l’action du thé vert, et là évidemment je suis plus surprise. Il termine le paragraphe que je vous laisse découvrir par cette phrase surprenante : " (…) On prend ordinairement de l’infusion faite avec un mélange de thé noir et de thé vert dans des proportions variables". On n’en saura pas plus… On peut lire aussi que certains individus ne s’habitueront jamais ni au thé ni à l’alcool. Parlant de l’influence du thé sur la digestion : "On doit dire même que chez les grands mangeurs le thé devient une sorte de nécessité, une condition qui leur permet d’engloutir sans danger une grande masse d’aliments". Et cette phrase très morale : "Les individus sobres n’ont sans doute que rarement besoin de ce secours pour accomplir l’acte digestif".Cela introduit très bien ce qui suit, je me suis écroulée de rire en lisant cela ! Le thé aide donc à "supporter sans dommage la gloutonnerie et l’intempérance". La dernière phrase n’est pas mal non plus… Cela va à l’encontre de tout ce que l’on sait actuellement mais on comprend mieux ce que l’auteur a voulu dire quand on lit dans la partie consacrée au Thé considéré comme aliment : "(…) Mais nous ne prenons pas de thé pur, nous y ajoutons une quantité considérable de sucre, un peu de crème (…)". Avant cela il dit que "le thé contient (…) une matière azotée qui entre dans l’infusion (…)" et qui, associée à d’autres éléments du thé, "compose un aliment parfait". Il parle ensuite de l’influence du thé sur les actes reproducteurs : "Il est évident que l’abus de café rend moins apte à l’exercice des organes reproducteurs ; mais l’usage du thé ne semble avoir réellement aucune influence directe sur les organes de la génération". Je n’en peux plus, j’ai mal aux côtes et à la mâchoire de mes fous rires solitaires mais je veux achever ce chapitre. Que me réserve cette partie réservée aux Usages du Thé en médecine ? La théière est vide depuis un bon moments mais j'ai trop hâte de lire la suite, un comble, non! Ici aussi, je ne résiste pas à vous faire partager cet extrait d’anthologie, un de plus… "(…) Les hommes qui abusent des plaisirs de la table, et surtout des boissons alcooliques, finissent par perdre leurs facultés digestives (…). Mais par une fatalité déplorable, l’excitation à laquelle ils se sont habitués leur devient en quelque sorte nécessaire : si, un seul jour, ils cessent de boire, ils tombent dans une hypocondrie, dans un dégoût de la vie, dans un anéantissement de forces musculaires qui ne serait pas sans péril si l’on n’y portait secours. L’usage du thé est, dans ce cas, un remède souverain : cette boisson excite le système nerveux, lui rend toute son énergie, dissipe la tristesse et l’hypocondrie, et met ceux qui n’y sont pas habitués dans un état plus agréable et moins fâcheux que l’ivresse. Elle permet aux malades de se déshabituer lentement des spiritueux, rend à l’estomac sa puissance digestive ; et, quand bien même l’abus du thé remplacerait chez le malade celui des boissons fermentées, il y aurait encore tout à gagner, et les inconvénients seraient bien minimes, comparés à ceux qu’on aurait évités ». Je me régale de ce style un peu vieillot et de ces leçons de morale. A la fin du chapitre, il parle des propriétés sudorifiques du thé et soulève le problème de l’accoutumance du vin, mais aussi: "De même pour le thé. Mais on comprend qu’il est un terme où s’arrêtent la folie des hommes et la tolérance des organes. Quand l’estomac a abusé des thés les plus énergétiques, son excitabilité est usée et ne répond lus à aucune stimulation, et ses fonctions sont entravées. Le moindre bon sens indique que, dans un cas semblable, loin d’insister dans cette voie funeste, le médecin doit rompre avec ces mauvaises habitudes, interdire le thé, et recourir à d’autres moyens capables de faire perdre à l’estomac cette sorte d’insensibilité". J’ai arrêté ici, n’en pouvant plus, j’ai relu certains passages à haute voix comme si j’étais en chaire de vérité et que j’haranguais les foules pendues à mes lèvres… La suite sera pour plus tard, je veux d'abord laisser décanter tout cela.

10 commentaires:

sylviane a dit…

J'adore !!!!!!!!!!!

Francine a dit…

Pas autant que moi! Et je n'ai pas tout noté... A lire absolument in extenso

Anonyme a dit…

Je me "régale"!!!!!
Hobthe

Francine a dit…

Et tu n'es pas la seule, Hobthe. Ton nom m'intrigue, a-t-il une signification particulière? (Tu n'es pas obligée de me répondre bien sûr... il paraît que la curiosité est un vilain défaut!

Anonyme a dit…

Il n'y a pas de souci Francine, la curiosité est une qualité aussi!sans sa curiosité, l'Homme serait encore dans les cavernes lol!!!
Hobthe est un nom composé de Hob (amour en arabe) et thé...
Hobthe.

Francine a dit…

C'est bien joli! De quelle région es-tu?

Anonyme a dit…

J'habite en Bretagne (France) tout près (15Km) de Fougères.
Hobthe.

Vanessa a dit…

Merci du partage.

Loula a dit…

En effet ce livre à l'air d'être à lire absolument, je lis chaque article dessus avec régal!!

Francine a dit…

En buvant du thé, je suppose?...