samedi 20 août 2011

Délivrance...

Jeudi, en revenant de chez la maman de mon amie, de plus en plus faible, j’avais l’impression qu’elle souffrait moins, son visage était moins crispé. J’avais à peine ouvert la grille de la propriété que le ciel est devenu tout noir et qu’une pluie diluvienne s’en est suivie. Je n’avais jamais vu cela, c’était à la fois beau - j’aime les éléments déchaînés – mais aussi un peu terrifiant, même les pluies tropicales sont moins violentes et surtout de plus courte durée, et cette obscurité tout à fait anormale n’arrangeait rien. J’ai cru un moment que Lucy-Jane s’en était allée… On a parfois de bizarres idées dans des moments pareils. Je suis retournée hier et j’ai été impressionnée, elle n’avait plus son masque de souffrance ni ses yeux éteints, c’est la dernière image que j’ai d’elle, elle est morte cette nuit dans son sommeil, apaisée, enfin. C’est vrai que je me sens un peu triste mais je pense surtout à tous les bons moments que nous avons partagés notamment devant une tasse de thé. Et notamment de Jun Shan Yin Zhen qu’elle aimait tant. C’est un superbe thé dont j’ai déjà parlé : http://la-theiere-nomade.blogspot.com/2008/07/mme-si-par-ce-temps-tout-juste-bon-pour.html . Mais cette fois, je vais l’infuser dans une théière particulière, sans doute peu adaptée à ce grand thé, mais liée à cette grande dame, j’ai à l’époque donné des cours de math à une de ses petites-filles et c’est celle-ci qui me l’a offerte, elle avait 14 ans à l’époque et "on" avait décrété qu’on n’en ferait jamais rien… elle est maintenant doctorante en biologie ! Il serait temps que les profs aient des opinions un peu moins tranchées et définitives sur des élèves qui ne marchent pas tout à fait dans le système : je ne veux voir qu’une seule tête ! Sa grand-mère était un peu préoccupée par cette situation et je lui ai dit que Patricia était seulement "a-scolaire", mais que comme elle était intelligente, un jour elle trouverait sa voie. Et je lui ai cité cette phrase qui fut mon guide pendant toute ma carrière : "si tu veux apprendre le latin à John, tu dois bien sûr connaître le latin, mais tu dois aussi connaître John". Que de discussions nous avons eues autour de ce métier passionnant mais pas toujours évident. En observant ces feuilles et avant de les rendre à la terre, je pense à cette dame qui m’a tellement marquée et qui n’est pas vraiment morte pour moi, elle continue à vivre à travers tout ce que nous avons partagé. Et la vie continue, j’ai cuisiné tout l’après-midi, au menu de demain une Tea Party à la demande de mes invités. J’aurais préféré tester certaines de ma bible canadienne, ce sera pour une autre fois. Puis j’ai dégusté un Gyokuro glacé sur ma terrasse enfin ensoleillée. J’arrête ma lecture pour méditer sur ce beau passage : "Le fruit de la méditation est ce qu’on pourrait appeler une manière d’être optimale ou un bonheur authentique. Ce bonheur-là n’est pas constitué d’une succession de sensations et d’émotions plaisantes. C’est le sentiment profond d’avoir réalisé de la meilleure des façons le potentiel de connaissance et d’accomplissement qui se trouve en soi" (page 30). Comment ne pas se sentir sereine face à une telle nature ? Et je bois ce dernier verre à la santé de ma chère Françoise qui fête aujourd’hui son anniversaire en attendant d’en partager d’autres ensemble, et le plus vite sera le mieux!

4 commentaires:

Lune a dit…

Bonsoir Francine,
Effectivement voilà un sujet grave (j'ai vécu cela il y a un an et demi et... je n'en suis pas encore remise),il y a à échanger sur ce domaine douloureux pour tous...
J'aime aussi beaucoup quand les éléments se déchaînent (sans mettre qui que ce soit en danger bien sûr).Amicalement.

Francine a dit…

Merci Lune, j'espère te revoir bientôt

Vanessa a dit…

A quel beau précepte d'éducation... et quel beau chemin parcouru par la doctorante.

Les éléments déchainés et un visage "soulagé" pour une fin de vie, une délivrance pour une fin bien difficile. Je pense à mon beau-père et à ses patch qui ne font plus effet... j'espère qu'il partira dans un orage, apaisé.

Francine a dit…

@ Vanessa: merci pour ton message, j'espère que ton souhait pour ton beau-père se réalisera...j'aime beaucoup ta belle formule