vendredi 2 avril 2010

Le Langage du Thé, comme je l'aime

Au moment de rédiger ce billet, une forte émotion m’envahit, la même que j’ai ressentie il y a une semaine en pénétrant dans ce lieu avec mes complices. (Le langage du thé, 13, rue des Charpentiers, Strasbourg) Nous avions rendez-vous avec Nana pour une dégustation, mais nous ne nous attendions pas à ce que ce soit si différent des dégustations habituelles, si intense. Notre hôtesse, avec un sourire radieux, nous présente la façon dont va se dérouler cette séance. Le ton est donné, cela commence fort. Il s’agit d’un Long Jing cueilli cette année, c’est la première fois que j’entends parler d’un pré-primeur, j’ai hâte de le découvrir. Après avoir réchauffé le verre, Nana remue les feuilles puis remplit le verre. Nous observons la danse de ces jeunes pousses tandis que l’eau se colore lentement. Les feuilles infusées donnent envie d’en manger, ce que j’ai fait… Le breuvage est très pâle, il s’en dégage un léger parfum floral. Nous buvons cette liqueur délicate et suave ainsi que les paroles de notre hôtesse. C’est Pascale qui identifie ce subtil parfum floral, tandis que Pascal, œnologue de talent, entame une comparaison entre vin et thé, les 2 font la paire... Une 2e puis une 3e infusion, instantanées et nous passons à la 2e dégustation. Un incroyable Tie Kwan Yin tiges. J’ai tout d’abord cru qu’il s’agissait d’un thé parfumé tellement il embaumait ! Nana nous explique que fermenté à 25 – 35%, cela tue le goût de légume vert pour faire ressortir le goût floral, une forte saveur de lilas ; les tiges lui apportent un goût vanillé. Je suis tellement envoûtée par la saveur indicible de ce thé que j’oublie tout, plus de photos, plus de note, seulement une jouissance extrême, et je ne suis pas la seule… Pascale ici reparle du "petit Jésus en culotte non pas de velours (pourtant déjà très doux) mais de soie", ce sera donc pour moi du velours de soie… Les feuilles infusées ont cette même odeur. Et ici j’apprends encore : après 3 infusions en gong fu, laisser reposer le thé et refroidir la théière pendant 20 minutes, cela redonne de la vigueur au thé. Avec le recul, j’aurais voulu en savoir plus mais sur le moment j’étais tellement prise par ces émotions gustatives que je ne pensais plus ; pas grave je reviendrai. Il faut maintenant quitter le Fujian pour le Yunnan et découvrir ce Pu Er sauvage de 94. Il est cueilli sur de grands arbres qui abritent des nids d’oiseaux, ceux-ci récoltent des graines de différentes fleurs, entre autres des orchidées, ce qui imprègne les feuilles. La liqueur est superbe, très brillante, couleur "cognac" (chacun ses références…). Vient ensuite une galette de Pu Er. Nana rince d’abord 2 fois les feuilles. L’infusion est beaucoup plus foncée, plus "corsée" aussi. Autant j’ai aimé le Pu Er en vrac, j’en ai ramené d’ailleurs, autant celui-ci m’a semblé agressif, je ne sais trop pourquoi. Peut-être est-ce parce que Nana venait de nous parler de la sécheresse catastrophique qui sévit au Yunnan et qui compromet gravement les récoltes ? Heureusement cette mauvaise nouvelle est suivie d’un magnifique petit rayon de soleil, la relève est assurée ! Et c’est ici qu’aux émotions gustatives intenses ont suivi d’autres émotions tout aussi fortes : Nana nous a parlé de son histoire avec le thé. Liée à celle de sa famille qui ne date pas d’hier. Je livre ici l’entièreté de ce texte qui nous montre sa vision toute personnelle et si sensible du monde du thé. Voici notre hôtesse avec son aïeule en 1986. Et ici aussi, chaque mot se savoure comme ce Tie Kwan Yin avec tiges. Ah, si ce langage-ci du thé pouvait devenir universel… en quittant ce lieu magique, Pascal a bien résumé ce que nous avons vécu, une superbe rencontre, une belle âme. Un dernier clin d'oeil à la grenouille qui crache de l'eau quand celle-ci est à bonne température... Avant de nous quitter, avec difficulté, nous passons par la boutique pour ramener un peu de ce qui nous a fait vibrer pendant ces moments hors du temps. Merci chère Nana de nous avoir fait voyager dans cette Chine du thé, berceau de ta famille et de ta passion, c’est ce monde-là du thé que j’aime. A très vite, j’espère !

7 commentaires:

Vanessa a dit…

Et cette transmission du savoir, magnifique!

Francine a dit…

C'est vraiment un incontournable, une très belle rencontre, très vraie, très thé

Cyril C. a dit…

Merci pour ton témoignage, j'irai voir cette boutique dès que je passerai à Strasbourg...leurs thés ont l'air de très bonne qualité. Désolé pour cette question bien terre à terre par rapport à ce moment magique, mais combien vous a coûté cette séance de dégustation?

Françoise a dit…

Quel bon moment nous avons partagé !
C'est vrai que nous avons de la chance à Strasbourg !
Merci Francine de parler de cette dégustation qui était exceptionnelle.
Heureuse d'avoir entrainé le club des buveurs de thé dans cette "aventure"
La semaine prochaine, j'y retourne, je penserai fort à toi.

Francine a dit…

@ Cyril: c'est vrai que c'était magique, un moment vrai de partage. Je crois que la dégustation coûtait 8€, un prix ridicule compte tenu de l'excellence des thés et de ce que Nana nous a transmis...
@ Françoise: oui, encore mille mercis pour tout. Je risque d'y retourner très vite, ma soeur me tanne de l'emmener la 2e semaine des vacances, mais il faut que je tâte le terrain ici...

fortunato a dit…

voilà 1 personne qui a l'air authentique/passionnée & qui ne se la joue pas maîîîîtreueueueueu de thé etc en cultivant 1 certaine froideur voire 1 distance certaine avec ses clients com'on peut le voir dans d'autres maisons de - genre - se la jouant boutiq'de luxe

Francine a dit…

Je confirme que c'est vraiment une personne de grande classe, avec la modestie qui va avec, on pourrait se rencontrer là... très bientôt.