lundi 28 mai 2012

Surréalisme, la rétrolfaction...

Aujourd’hui, c’est certain, je ne bouge pas d’ici, je dois me remettre de mes émotions, pas positives celles-là, d’hier soir ! Je suis rentrée dans un état second, comme en état d’ébriété et j’ai voulu "guérir le mal par le mal", en infusant un de mes thés préférés du soir, un Dong Ding mais rien qu’en humant le contenu de la boîte, qui d’habitude chatouille déjà mes papilles et les met dans un état de bonheur anticipé, j’ai eu un haut-le-cœur et comme un vertige. LE choc ! Adeline et Nicolas m’avaient dit qu’ils avaient déjà connu cet état, moi jamais et j’aurais aimé rester ignorante de ce genre d’expérience. C’est donc en manque et perturbée que je me suis endormie. Ce matin, mon premier geste a été de reprendre la boîte de Dong Ding et là, j’ai retrouvé ces parfums tant aimés.
Après un rapide petit-déjeuner, je vaque à mon occupation préférée : me choisir un thé, l’infuser et le savourer en pensant à cette chaîne humaine qui a fait parvenir ce nectar jusqu’à ma tasse grâce à l’amour du travail bien fait dans le respect absolu de la nature. J’ai choisi un merveilleux Sencha Iro de chez ThéÔdor qui à toutes les saveurs subtiles caractéristiques des grands thés japonais s’ajoute celle, à la fois forte et très douce d’un beau geste d’amitié. Et, pour compléter mon bonheur retrouvé, je l’accompagne d’une de ces petites gâteries sucrées, un sablé au cacao et au Qimen conseillé avec les thés verts dans ce Menu – Carnet de soif, reçu en souvenir hier. Revenons-y justement à cette journée surréaliste !
Il est près de 10 heures et comme chaque matin je fais le tour du jardin avec mon mari
pour terminer par la serre.
 M’entendant m’extasier une fois de plus sur les pivoines, mes fleurs préférées, bientôt en fleurs, il me demande si je suis sûre de quitter cela pour aller à Bruxelles alors que tout est bouclé, no comment… Ce sont les 20 km de Bruxelles et non Bernard, le surréalisme ne concerne pas ma participation à cette manifestation (= ma réponse à ton mail impertinent… j’attends que tu me montres l’exemple pour te suivre, je ne prends donc pas beaucoup de risque !).
J’arrive donc rue Bosquet pour prendre mon petit-déjeuner : un Matcha Chiyonoshiro.
Accompagné d’un moelleux au chocolat et Qimen.
C’est Eric, très concentré, qui me le prépare, je suis impressionnée par sa maîtrise du poignet, geste que je n’ai pas encore complètement acquis. Il m’apprend alors que c’est son passé d’escrimeur qui l’a aidé… je sais maintenant ce qu’il me reste à faire ! Adeline elle aussi s’y met, tandis que je sirote ce nectar vert fluo ; il vient du Jardin d’Eden, je suis presque à court du mien, je sens que je vais bientôt y aller, d’autant que c’est tout près de chez Lilicup… Pour le moment, pas besoin, j’ai tout ce qu’il faut ici.
 Le deuxième thé proposé m’est inconnu, c’est le Tamazioku Cha Yonkon, Il vient d’une maison que j’aime Le Comptoir Florian et où je ne suis plus allée depuis trop longtemps, mais maintenant, cela va changer.
Les feuilles sèches dégagent un léger parfum de citron.
 La couleur de l’infusion est elle aussi d’un beau jaune citron brillant, curieux pourun thé japonais.
 Il est incroyablement frais, exactement ce qu’il faut par ce temps.
En voilà un qui est proche de l’extase…
 Tout en sirotant le mien, j’observe avec intérêt ce que le thé provoque chez d’autres, ou quand l’Autriche et l’Italie partagent cette passion. Je les écoute parler avec Adeline et Eric de Venise, et de tous les coins incontournables pour manger … des pâtes ! C’est vrai que sur cette "île" on pourrait presque se passer de thé. Même au café Florian, si mes souvenirs sont exacts, il n’y avait, à côté d’un Darjeeling blend, que des thés parfumés. J’aime ces rencontres improbables dans un garage bruxellois, seul le thé peut provoquer cela.
 Et les gestes lents, concentrés et harmonieux de nos hôtes.
 J’achève la 2e infusion de ce surprenant thé japonais dont les saveurs sont si particulières, c’est un excellent désaltérant.
 Insatiable je suis, j’aurais voulu découvrir les Aiguilles d’Argent du Népal mais il n’y en a plus. Adeline m’en propose un autre, le Bai Hao Yin Zhen, encore un thé très rafraîchissant.
J’aime ce thé à la couleur claire, à la saveur sucrée qui me fait penser à du raisin blanc, bizarre.
Les infusions se succèdent, de plus en plus longues et une saveur plus fleurie maintenant.
Les belles ont maintenant tout donné, il est temps de passer à autre chose, je suis loin d'avoir fait le tour de la carte de soif....
J’attends d’être conseillée et j’écoute Adeline conseiller 2 nouveaux arrivants.
Très séduits par les pâtisseries de la maison deline.
Proposition suivante et alléchante, comparaison de 2 Baozhong de chez Teasmith.
Un "green Oolong",
aux feuilles très légèrement fermentées.
 Et un "light roast Oolong",
aux feuilles plus foncées. Je suis curieuse de voir ce que cela va donner.
Rien qu’à l’œil on voit déjà la différence de ces 2 thés d’un même terroir traitées différemment. L’un nettement fleuri, l’autre fruité mais tous deux sucrés.

 Les feuilles infusées montrent bien la différence : ici tirant sur le vert profond.
Ici tirant plus sur le brun.
Deuxième infusion, la différence de couleur est plus marqué, par contre, et cela m’étonne, pas beaucoup d’évolution dans les saveurs.  
Devant l’enthousiasme des commentaires de ces 2 gourmets qui me font saliver,
 je fais une pause et me laisse tenter par ces miso biscuits aux noix et au sésame.
Voici maintenant une charmante famille portugaise, 3 générations réunies dans ce lieu. En sortant Monsieur nous rappelle que ce sont les Portugais qui ont introduit le thé en Europe.
De quoi me donner l’occasion d’admirer une fois de plus le calme et le savoir-faire de ceux que je ne présente plus.
Entourée de 2 nouvelles arrivantes, dont ma voisine de table, une "récidiviste" elle aussi. Ils sont impressionnés par ce qu’ils découvrent et posent beaucoup de questions sur les différentes façons d'infuser le thé.
Tout en étant très concentrés, Adeline et Eric répondent et je suis toujours aussi impressionnée par leur calme.
Et toujours ces gestes si élégants…
Troisième infusion de ces 2 Baozhong.
Je suis émue, je me revois dans les plantations de ce grand thé taïwanais, ah la nostalgie... Mais là, je suis très étonnée, si la couleur reste belle, la saveur s’est fortement atténuée, particulièrement sur le "light roast Oolong". Ils ont pourtant été infusés avec soin et dans les règles.
Pourquoi ces feuilles ont-elles déjà tout donné ?
Cela ne correspond pas à ce que je connais de ce thé. Je me sens un peu bizarre mais Adeline elle-même les a goutés et confirme. J’ai la tête qui tourne, comme si j’étais saoule… d’après mes très vieux souvenirs, cela ne m’est arrivé qu’une seule fois un 15 août au fin fond de la Grèce, après 3 verres de retsina !
Adeline me conseille de manger quelque chose et je ne me fais pas prier, ces shortbreads sont d’ailleurs conseillés avec les Baozhong entre autres. .
Voilà maintenant 2 autres habitués, à leur air, ils sont bien ici aussi…
La journée n’est pas terminée, très loin de là...
Une joyeuse bande, des amis des propriétaires du garage, viennent d’arriver, ambiance assurée… Il est près de 19 heures, mon état ne s’arrange pas, je n’ai même plus envie de thé !
J’ai passé 8 heures merveilleuse dans ce lieu aussi improbable qu’éphémère, eh oui c’était la der des ders… mais quand ils liront le livre d’or, cela les inspirera peut-être et leur feront changer d'avis.
Je ne repars pas les mains vides, dans ce sac spécial se trouvent quelques petits paquets non pas de thés mais de gâteries dont j’attends avec impatience les recettes (déjà merci Adeline).
 J’ai aussi reçu ce Carnet de soif, un autre souvenir de ces 3 week-ends féériques qui ont suivi les 4 jours passés à Teaworld. Ce "simple morceau de papier" va trouver sa place dans ma boite à trésors...
C’est sur cette superbe photo qui me touche particulièrement tellement elle représente ce que vous nous avez offert que je quitte LE lieu. Encore MERCI d’avoir imaginé faire découvrir le thé autrement, je ne regarderai plus jamais les garages de la même manière. Mais plus sérieusement, la Voie du Thé, vous l’avez en vous, vous avez merveilleusement illustré les 4 vertus de cette Voie: Harmonie, Respect, Pureté et Sérénité. Vous avez inventé une autre manière de boire le thé dans ce lieu à jamais imprégné de cet Esprit du Thé. En rédigeant ce billet, mes 5 sens sont en action : je revois des tas de visages croisés dans ces moments hors du temps, j’entends les interrogations, les questions, vos réponses et le bruit de l’eau ; je sens encore les parfums subtils de ces thés d’exception, je me rappelle  les saveurs de ces feuilles si bien traitées, comme si je les goûtais encore, bref j’ai touché le Nirvana, c’était palpable chez vous, aux émotions gustatives intenses s’en sont ajoutées d’autres liées à la passion. A dans 2 ans pour le parcours d’artiste et au mois de juin pour une Tea party dans ma campagne, mais ce ne sera pas dans le garage… sauf si vous y tenez vraiment, et que vous l’aménagez ! "Les gens du thé sont une même famille". Vous en faites partie maintenant.

8 commentaires:

Vanessa a dit…

ha, ha, ha... ivre de thé, maintenant tu nous crois! ;)) quels beaux moments de partages... je reviendrais regarder plus en détails!

Carine a dit…

Après avoir lu ton billet, j'ai un peu moins de regret de ne pas avoir été présente.
Merci pour ce beau partage que sont tous tes billets pour les assoiffés de thé et des liens de la famille qu'il tisse.

Anonyme a dit…

Tu as effectivement vécu une journée exaltante, merci de l'avoir partagée avec nous.
Ton malaise m'a rappelé celui qu'a connu M.F.K. Fisher qu'elle relate dans la préface du premier Tea Lover Treasury de Norwood Pratt: elle était au volant quand la sensation l'a prise et elle a été assez affectée pour ne plus boire de thé après cette expérience, même si elle reconnaît que la quantité de thé absorbée sans aliment était la cause.
Quant aux Portugais, j'aimerais bien avoir plus d'information sur leur relation au thé.

BrigitteD a dit…

Quel beau partage , magnifique compte-rendu de tes journées au Garage , merci beaucoup , Bises Brigitte

Francine a dit…

@ Vanessa: en te lisant, je me souviens maintenant que tu m'avais dit chez Thés de Chine que tu avais déjà été dans cet état...Quant à croire, je n'ai plus le choix (MDR) MAIS ce qui m'intéresse c'est de comprendre cet étrange et, il faut bien le dire, désagréable, phénomène. Si tu as des infos, merci de les partager. Bonne soirée, à quand?

@ Carine: je déteste ta première phrase!... D'autant que tu as raté quelque chose, le meilleur!Quant à la deuxième, elle compense grandement... Bonne soirée, bisou

@ Anonyme: merci pour ton commentaire. Je ne connais pas le livre dont tu parles, mais l'auteure de la préface explique-t-elle ce "phénomène"? Quant aux Portugais et le thé, tu m'as donné une bonne idée, j'en ferai un billet demain ou vendredi

@ Brigitte: heureuse de te retrouver, en forme j'espère? Merci pour ton commentaire, bonne soirée, biz

Anonyme a dit…

A force de prouver que je ne suis pas un robot, j'ai oublié de signer. Fisher a conclu que c'était trop de thé sur un estomac vide. MarshalN relate lui aussi deux malaises qui l'ont conduit à réduire sa consommation de thé. http://www.marshaln.com/2011/07/moderation/
Kris

Anonyme a dit…

Quelle merveilleuse journée de thé Francine, un réel plaisir de vivre le thé dans un lieu inattendu, comme dans une caravane... Je vous embrasse, María

Francine a dit…

@ Kris: c'était donc toi! Je vais aller lire le lien. Si tu as des infos sur ce phénomène, elles seront les bienvenues. Aujourd'hui, j'ai pensé à toi, aux Portugais et au thé et cela ne m'a pas saoulée...

@ Maria: c'est vrai que c'était magique, figure-toi que dans ce lieu improbable, j'ai pensé à toi et à un thé partagé dans une roulotte... Bonne fin de soirée, biz