mardi 8 décembre 2009

Hommage à Maître Itarô Yamaguchi

Depuis que je suis allée voir cette superbe exposition il y a 10 jours à peine, tout ce que j’ai découvert reste très présent dans un coin de mon cerveau mais surtout dans mon cœur. Ce grand Maître me fascine, et je voudrais ici, très modestement lui rendre hommage, ma façon de lui dire merci pour les bouleversantes émotions qu’il a provoquées, et provoque encore toujours en moi. Son si beau visage de vieillard dégage une telle force, on le sent habité, j’aurais aimé avoir une photo de ses 2 mains, de ses doigts qui ont confectionné cette œuvre splendide dont une partie fut léguée au Musée Guimet ! Il me fallait choisir un thé à son image, un grand donc, et quoi de mieux que ce Gyokuro de chez Tamayura. J’ai lu en détail la brochure reçue et ce que j’y ai appris renforce encore, si c’est possible, ma profonde admiration ! Ainsi, page 8, dans une interview donnée l’année de ses cent ans, il explique le pourquoi du don au Musée : "Grâce au métier Jacquard donné par la France, Nishijin a repris une grande vitalité, nous en sommes redevables. Après avoir reçu des crayons de couleur de ma mère, elle me dit : "Si tu as pu dessiner une telle peinture, c’est grâce à ta mère", je ressens le même sentiment en faisant ce don."Il explique aussi les longs préparatifs nécessaires à un tel projet. Son fils, Monsieur Akira Nonaka, nous parle du projet de son père en ces termes : (p. 5) "Itarô Yamaguchi avait 70 ans en 1970. A partir de l’âge de 15 ans pendant 55 ans, il a travaillé pour la création de tissus à Nishjin. Il a décidé d’arrêter cette activité pour se consacrer complètement à la réalisation d’un chef-d’œuvre. (…) "Mon père a choisi comme thème, Le Dit du Genji pour l’expression magnifique et audacieuse dans le rendu de l’espace, (…) pour les personnages raffinés des dames de la cour et des princesses,notamment il a été charmé par les magnifiques costumes qu’elles portent. Malheureusement on ne pouvait voir que le rouleau original dans son état actuel, très abîmé, les couleurs étant passées. Mon père a déclaré qu’à force de regarder le rouleau peint, le souvenir de la peinture originale était ressuscité. (…) Depuis le début des années 70 où il s’était mis à l’ouvrage, trente-cinq ans avaient passés et il avait atteint l’âge de 105 ans." Vous comprenez mieux pourquoi je reste aujourd’hui encore, sous le coup d’une si forte émotion et d’une indicible admiration. Voici quelques illustrations de son immense talent. Ces photos ont été réalisées par Françoise-Anna que je remercie, moi je n'aurais pas pu, j'étais trop prise par l'émotion, les miennes sont floues...Vous en saurez plus en allant sur le site du Musée : http://www.guimet.fr/Au-fil-du-Dit-du-Genji-Hommage-a Je voudrais terminer cet hommage par un autre extrait de ce que dit son fils en parlant de sa mort (p.5) : "Le 26 juin 2007, (…) ce jour-là depuis le matin mon père s’était plaint qu’il ne se sentait pas bien. Ensuite il a à peine déjeuné et il est retourné faire une sieste ; lorsqu’il s’est relevé, selon son habitude, il s’est rasé très proprement et il s’est peigné avec soin. Quelques fois son attention était flottante et il donnait l’impression d’être absent. Le soir, je ne sais pas pourquoi, après s’être changé il n’a rien pris pour le dîner et est allé se coucher dans ses appartements. Ce soir-là je suis allé voir comment il allait dans sa chambre. Après une conversation sans importance, à sa demande, je lui ai massé le dos. Ensuite, après un soupir, il s’est endormi. Depuis le matin, je m’inquiétais de l’état de mon père. Comme je me couchais habituellement tard le soir, à une heure du matin, après le changement du jour, comme je me faisais du souci, je suis allé voir mon père. Il ne respirait déjà plus et son pouls ne battait plus. Son corps était devenu un peu froid, mais son visage mort avait la même apparence que d’habitude. Je me souviendrai toujours de la dernière journée de sa vie comme de la plus importante : il n’a pas pris de repas, il s’est rasé et s’est coiffé. Alors pour moi le meilleur souvenir que je garde de mon père c’est le défi qu’il s’était lancé pour réaliser pendant ces 35 années qui lui restaient à vivre le rouleau en tissu de brocard du Dit du Genji. J’espère que tout le monde appréciera les quatre rouleaux en tissu du Dit du Genji." On ne peut que s’incliner avec respect face à ce géant, il est de ces personnages qui devraient vivre éternellement. Et il le sera à travers son œuvre…

6 commentaires:

cathy a dit…

Quelle oeuvre ! je n'ai pas de mot pour d'écrire ce que je resent mais Francine je comprend votre émotion..... J'en ai appris des choses et surtout je voudrais aller voir celà de mes propres yeux !

Framboise a dit…

Merci Francine. Tu sais combien cet hommage peut me toucher...
J'ai été particulièrement sensible au commentaire du fils de Itarô Yamaguchi : sa description de la dernière journée de son père est bouleversante. Les dernières heures "terrestres" de ce grand personnage sont belles et empreintes d'une certaine douceur, il se prépare comme à son habitude, prête attention aux détails et puis... s'endort comme on s'éloigne... avec infiniment de grâce.
Oui vraiment MERCI du fond du coeur.

Framboise a dit…

Merci aussi à Françoise-Anna pour ses photos.
Quant à toi ma chère Francine, c'était "stupeur et tremblement" si j'ai bien compris (et pour reprendre le titre d'un des livres d'une de tes compatriotes !).

En tout cas, je me rends bien compte que ton week end parisien aura été riche en émotions et en découvertes. Merci pour le partage !

Francine a dit…

Merci à vous deux pour ces beaux commentaires, je suis touchée d'avoir pu les susciter, une émotion forte de plus...

Soïwatter a dit…

Dire que tu dois venir de Belgique pour voir cette merveilleuse expo, et moi, moi qui habite Paris, moi qui adore le gengimonogatari, je n'ai toujours pas trouvé un moment pour y aller...
Bon! je retourne à ma sieste...
Soïwatter!!!

En Kopp Zen a dit…

Hi Francine. This is really a very beautiful and touching post. The art are just wonderful. My french is not very good, are the paintings in oil or water color?