dimanche 16 novembre 2008

Acte 3: l'apothéose... un Feng Huang Dan Cong de... 1968!

Les feuilles que vous apercevez dans le gaiwan constituent l’apothéose de cette journée, il s'agit d'un Feng Huang Dan Cong de … 1968 ! C’est Li-Ping qui l’a négocié chez un producteur, et il n’a pas eu la partie facile. Voici l’histoire de ce "vieux thé" millésimé (non, il n’y a pas que les Pu Er, il y a aussi les Wulongs, du moins certains, comme les vins). Il ne vient pas du Fujian comme la plupart de ses cousins mais bien de la région de Guangdong, près du village de Phénix, dont il tire son nom : Dancong du Phénix. C’est un thé de garde que les producteurs tiennent à l’œil pour le "réveiller" quand son arôme n’est plus assez marqué, encore un savoir-faire très pointu. Les feuilles sèches sont longues et torsadées, brunes, très foncées, presque noires. Son parfum est assez complexe, fleuri et fruité à la fois sans que je sache définir ce qui ressort.
La première infusion, brun-rouge, ambrée, embaume, mais à part le grillé, je ne peux mettre de mot sur ce que mon palais perçoit. Dès la première gorgée, je suis surprise, je n’aurais jamais pu dire qu’il s’agissait d’un Wulong, mon mari y a trouvé quelque chose du Pu Er. Moi je le trouve d’abord très boisé, mais ce qui est le plus étonnant, c'est qu'il tapisse littéralement tout l’intérieur de la bouche, et même jusqu’aux dents, c’est l’astringence sans doute… Dans la gorge, une légère amertume, et sur la langue, comme de la confiture, mais de quoi ? Ce contraste est surprenant, je me sens transportée, je vis un grand moment de découverte d’un thé que j’aime particulièrement mais que je ne reconnais pas, il s’attache au palais, à la langue, j’ai l’impression qu’il prend possession de moi, bizarre sensation qui j’espère va durer longtemps mais je n’en parle pas, j’ai envie de garder cela pour moi, pour mieux l’intérioriser, je tremble un peu, que d’émotions, comme une belle tempête, puissante parce que toute nouvelle.
Les infusions se succèdent, de plus en plus claires mais toujours aussi goûteuses. Les feuilles changent de couleurs, une palette de bruns, de rouille et de gris, magnifiques!
Ceci est la quinzième infusion… Je crois y percevoir maintenant comme du pamplemousse rose… réminiscence du yaourt de ce matin ?
Et ceci est la merveille que Li-Ping nous a montrée, extraite de sa collection personnelle, elle est l’œuvre d’un artisan-artiste, c’est évidemment une pièce unique, elle irait tellement bien chez moi… mais bon. En tout cas, je suis particulièrement touchée de ce beau geste de Li-Ping de nous avoir fait partager son trésor, ce thé qui restera longtemps comme une expérience unique! Il est plus de 21 heures, j’ai toujours la saveur de ce thé en bouche, je suis rassasiée, comblée. Je n’ai pas faim et je vais retarder le plus possible le moment de me brosser les dents… J'ai aussi l'impression de ne pas avoir pu mettre de mots assez forts et adéquats pour partager ce que j'ai vécu tantôt, cela les dépasse, mais est-il réellemnt possible de partager l'indicible?

2 commentaires:

Loula a dit…

Décidément tu nous donnes envie d'aller manger dans cet endroit... pour lequel je n'ai pas encore d'adjectifs!

Vanessa a dit…

Oh la, la... comme les pu'er (ou les vins) je vais attendre que mon palais se fasse... comme le matcha sakura... pour dans un mois ou deux...