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vendredi 16 mai 2008

Première dégustation de Meng Ding Huang: suite

Je n’ai pas pu attendre demain, me revoilà donc dans mon salon bleu-thé où j’ai préparé avec beaucoup de précision la dégustation de ce thé jaune (voir l’article de tantôt, je ne sais pas [encore] faire de lien). 3g de thé dans 20cl d’eau à 80° pendant 3 minutes dans un set de dégustation reçu d’Olivier Scala lors d’une mémorable visite des établissements Cannon. Je voulais en acheter un de chaque couleur (vert, bleu, rouge) pour les différents thés, il me les a offerts… Cela m’a beaucoup touchée, je voulais ici encore lui dire mon merci. Et comme chaque fois que je prépare une première dégustation, Lu Yu est présent, j’honore ainsi ce dieu du thé dont j’ai déjà parlé.
Pendant le temps de l’infusion, je fais le vide en moi pour ne penser qu’au chemin parcouru par ces feuilles et particulièrement à ces cueilleuses courageuses et si compétentes qui travaillent dans des conditions parfois très difficiles : une météo souvent peu clémente, un taux d’humidité très élevé, des plantations à flanc de montagne si difficiles d’accès. Savent-elles, ces humbles petites mains si expertes, ce qu’elles procurent à des passionnés comme moi ? Et leur salaire ? Ont-elles seulement la possibilité de savourer elles aussi ce nectar ? Voilà ce qui me traverse l’esprit au moment où retentit la minuterie qui m’invite à la phase suivante, celle qui me conduira presque certainement au bonheur.
Je transvase précautionneusement le nectar dans le bol et les feuilles dans le couvercle. J’observe alors à la fois la couleur de l’infusion et les feuilles transformées par l’eau (filtrée évidemment). La couleur de l’infusion est plus foncée que ce à quoi je m’attendais, certaines feuilles se sont ouvertes complètement tandis que d’autres sont encore « chiffonnées ». Je hume l’infusion qui ne m’évoque rien tant l’odeur est discrète. Les feuilles par contre sentent vaguement le fumé. Je redoute un peu l’instant où je vais porter le bol à mes lèvres, frémissantes pourtant, j’ai en effet énormément de difficulté à dire ce que l’infusion m’évoque. Je ne retrouve pas le fumé, je n’identifie pas les saveurs mais par contre je le trouve assez "fort" : temps d’infusion trop long ? Trop de feuilles ? Par contre, il est très rafraichissant, il me fait penser un peu à un Bai Mu Tan. Je prépare une 2e infusion pour voir si toutes les feuilles s’ouvriront. Pas beaucoup de différence, certaines feuilles restent recroquevillées, mais pour ce qui est de l’infusion… la force a fait place à une grande douceur. J’ai bu ces 2 bols en pensant très fort aux habitants du Sichuan… Encore merci Fanou, j’espère que nous pourrons partager la prochaine infusion, tu pourras alors me décrire ce que tu découvres, toi qui sais si bien mettre des mots sur les saveurs. Comme à Gand, après la visite de l’expo sur la céramique taïwanaise et l’art du thé, j’en parlerai dans un prochain article.

Du général: le thé jaune, au particulier: le Meng Ding Huang

J’ai tout d’abord essayé de situer les montagnes du Sichuan d’où proviennent ces « Bourgeons Jaunes de Meng Ding » mais la carte que je possède n’est pas assez détaillée. J’ai par contre trouvé les informations sur le thé jaune en général et ce Meng Ding Huang en particulier dans 2 des livres qui sont parmi mes livres de chevet : Le thé, la culture chinoise du thé de Nadia Bécaud paru en 2004 aux éditions Bachès et Le thé – Joyau de l’Empire du Milieu de Wei Chen paru en 2000 aux éditions Quimétao. A lire absolument si vous voulez (presque) tout connaître sur les thés chinois et tout ce qui tourne autour…
Voilà ce que dit Nadia Bécaud au sujet des thés jaunes (p. 28): "Le thé jaune était déjà connu au 6e siècle. A cette époque, il s’agissait d’une variété spéciale de théiers qui produisait des bourgeons jaunes servant à fabriquer le thé jaune. Ce thé faisait partie des thés prestigieux réservés à l’Empereur. (…)
Meng Ding Huang Ya : cultivé dans la province montagneuse de Sichuan, ce thé présente une feuille plate accompagnée de bourgeons entiers de tailles régulières et recouvert de duvet. L’infusion très fraiche et limpide présente une couleur à peine teintée de jaune tendre."
Wei Chen parle également et de manière très détaillée des thés jaunes (pages 118 à 127). Il décrit notamment de manière précise l’endroit où poussent les théiers (p. 125) : "… Il est à noter que la montagne Mengdingshan possède 5 pics dont le plus haut est le Shangqing, à une altitude de 1440 mètres. Les arbres y poussent à merveille et les bambous sont luxuriants, abritant un sol épais, mou et riche en substances organiques, avec 4,5 à 5,4PH et une température moyenne de 13°C, une précipitation annuelle de 2000 à 2200ml. Chaque année il y a en tout 220 jours sans soleil, les nuages circulent tout le temps dans le ciel, ce qui favorise la croissance des bourgeons au printemps que l’on cueille avant le 20 avril, jour important qui marque Pure Lumière, une des 24 quinzaines de l’année lunaire chinoise.(…)". Je m’arrête ici et vous invite à la lecture de ces 2 monuments. Quant à la dégustation, ce sera pour demain.

Première dégustation de Meng Ding Huang

Dans l’intimité de mon salon bleu-thé, je me prépare à ma première dégustation de ce thé jaune reçu mercredi. Ce que j’ai lu sur l’étiquette m’excite bien sûr (comme chaque fois que je reçois quelque chose que je ne connais pas) mais m’émeut très fort aussi, ce thé vient du Sichuan dont les médias parlent tant ces derniers jours. Ces scènes d’horreur apocalyptique et de désespoir indicible s’imposent à moi au moment de célébrer ce thé, je préfère donc postposer ce plaisir, même si le préparer avec ferveur et le déguster ensuite serait rendre hommage à tous ceux qui ont disparu ou tout perdu et parmi lesquels des cueilleuses peut-être... je ne m'en sens pas capable maintenant. Mais je vous transmets déjà ce qui est noté sur ce petit sachet bleu : « Thé très rare car uniquement récolté au printemps, vient du mont Meng dans la province du Sichuan. Autrefois réservé aux familles impériales. Les feuilles sont séchées dans des « Niu Pi Zhi », vieux papier jaune. Thé au caractère doux avec des notes de noix. 3-4 min. – 80° - 5-10g/l ».( La Magie du thé ). Je ne sais pas si je pourrai les reconnaître, ces notes de noix, comme je l'ai déjà dit, j’ai une très mauvaise mémoire olfactive, mais ce que je reconnaîtrai avec certitude c’est la saveur de l’amitié… merci Fanou. Je vais maintenant me plonger dans mes livres pour en savoir plus sur ce Meng Ding Huang, ce sera ma façon de communier avec ce peuple martyrisé.