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mardi 19 juillet 2011

Il y a un temps pour tout... et je n'étais pas prête

Je viens de refermer Le Maître de Thé et je suis encore toute remuée par ce chef-d'oeuvre. Et pourtant, tout avait mal commencé. Tout d’abord, j’ai compris pourquoi ce livre ne m’avait pas plu. Cela fait longtemps que je le possédais et à l’époque comme j’étais tout le temps dans l’action, la lenteur de ce livre m’avait énervée ; je buvais déjà du thé mais pas encore de thé japonais et j’avais toujours cette méfiance envers une culture qui manie le raffinement aussi bien dans la cruauté que dans l’art et l’esthétisme. C’est en sortant de la fabuleuse exposition du Musée Cernuschi que je me le suis procuré. J’avais été bouleversée par ces "poteries", et ressenti des émotions esthétiques très fortes face à ces "simples objets" dont je ne connaissais rien. J’avais l’impression que je voyais les artistes à l’œuvre tant ces bols me donnaient l’impression d’être vivants. Et c’est cette "simple" phrase de Sen No Rikyu qui me l’a fait acheter. Ma déception fut évidemment grande, l’écrit ne me parlait vraiment pas, quel contraste avec ce que je venais d’admirer ! Une anecdote assez drôle : j’avais sorti ce livre de ma bibliothèque-thé et quand Fanou est venue partager un thé avant son départ, elle m’a dit qu’elle l’emmenait en Guadeloupe parce que jusqu’ici, elle n’était pas parvenue à rentrer dedans ! Je me demande ce qu’elle en pensera… C’est donc avec une certaine appréhension que je l’ai repris avec devant les yeux la phrase du Maître :
« Qu’est-ce que le Thé ?
Faire chauffer de l’eau
Y battre de la poudre de thé
Et boire
Saisir l’essentiel »

Je n’ai pas choisi du Matcha pour accompagner ma lecture, ce fut d’abord un Cassia que j’ai infusé cette fois en grande théière, j’avais envie d’un grand thé pour m’aider à comprendre la pensée de l’auteur. Et à mon grand étonnement, je me suis habituée à la lenteur et à cette impression de "décousu". J'ai également souri à la lecture de cet extrait... Quand mes yeux se troublaient, je déposais le livre et admirais ce chef-d’œuvre de la nature en écoutant de la musique, en pensant à ce que j’avais lu et qui résonnait en moi. Il a fait froid et pluvieux, j’adaptais alors mes thés à ce temps automnal, étonnée qu’il ne provoque en moi aucun sentiment négatif… Aujourd'hui, ce sera un Phoobsering. Je continue ma lecture et une phrase revenait souvent : "Wabisuki-joju, chanoyu kanyo" (= style simple et sain dans la cérémonie du thé), outre le fait qu’en la lisant à haute voix, elle chantait, elle entrait en résonance avec celle de Sen No Rikyu… J’étais enfin conquise par cette lecture qui m’a plongée pendant des jours au Moyen Age, dans ce pays de grands contrastes. Même si certains passages me restent mystérieux comme pratiquer la cérémonie avant d’aller se faire tuer au combat. J’y retrouve ces contradictions comme autant d’antinomies, associer le raffinement du thé à la violence de la guerre, j’ai du mal… J’ai une excuse, je ne suis pas japonaise et je ne vis pas dans ces temps troublés. Il fait toujours aussi froid et pour accompagner cette lecture, je choisis cette fois un Qimen Mao Feng, un thé chaleureux. Ce livre me bouleverse, il n’est pas seulement l’histoire romancée autour de la mort violente de Sen No Rikyu, qui a dû se suicider sur commande, geste à la fois lyrique et insensé pour l’occidentale que je suis. "Monsieur Rikyu a assisté à la mort de nombreux samouraïs m’avait-il dit un jour. Combien d’entre eux ont dégusté le thé préparé par Monsieur Rikyu avant d’aller trouver la mort sur le champ de bataille ? Quand on a assisté à la mort de tant de guerriers, on ne peut pas se permettre de mourir dans son lit !". Cela m’a donné froid dans le dos parce que pour moi, ce livre est aussi (et surtout), une recherche exigeante du vrai sens de la vie, de la perfection dans la simplicité dans une période de violence inouïe. La cérémonie telle que décrite tout au long de ces pages est à la fois une discipline exigeante et un art certain. Il ne me reste plus que quelques pages avant de refermer cet ouvrage qui est tombé à pic pour moi. Je me suis sentie plus sereine, mon esprit s’est apaisé même si je n’ai pas encore réglé complètement le choc de cette culture que je ne cerne pas encore vraiment. Ce roman si particulier pousse à la méditation, essayent de comprendre de l’intérieur comme des hommes exceptionnels ont consacré leur vie à la recherche de la perfection, celle des gestes, des objets, de la pureté. Après l’avoir refermé et écouté la musique très zen de Yosho Kurahashi, je me suis préparé un Matcha, et j’ai eu l’impression que mes gestes étaient plus harmonieux… Ce livre laissera des traces en moi par delà mes interrogations sur cette époque si troublée que les gens vivaient avec la mort, et pas n’importe laquelle, violente ! Le thé est vécu comme une expérience quasi mystique à tel point que le disciple de Sen No Rikyu dont il est question ici, le moine Honkakubo, s’est retiré du monde après la mort de celui-ci et a consacré sa vie à essayer de pénétrer dans l’esprit de son Maître et comprendre en quoi consiste l’essence même de cette cérémonie du thé. Tu avais raison, David, ce livre est fantastique, mais il m’a fallu plus d’un week-end pour l’achever.

vendredi 6 mai 2011

Thé et rhume ne font pas bon ménage, bien que...

Hier matin, j’ai continué mes tests de Meng Ding Huang Ya, en théière cette fois. Six grammes de ces belles feuilles sont déposées au fond d’une théière en verre.Infusion de 2 minutes dans une eau à 75°. Les feuilles sont immédiatement remontées en bloc à la surface, bizarre… je crois que c’est la première fois que je n’assiste pas à un ballet. J’ai transvasé l’infusion dans une théière (préchauffée) avant de la verser dans la tasse assortie. La couleur n’est pas la bonne, la tasse est légèrement crème et fonce donc le liquide. De plus, alors qu’en zhong la saveur végétale était celle de petits pois primeurs, ici je perçois plutôt de l’asperge avec une pointe d’artichaut.Les feuilles infusées, au parfum clairement végétal, paraissent plus foncées que dans le zhong. Une 2e infusion aux mêmes paramètres que la première. Ici aussi, les feuilles sont remontées ensemble et instantanément à la surface. La liqueur dégage les mêmes saveurs que la première mais je n’ai pas retrouvé le sucré de l’infusion en zhong. Je n’ai pas tenté une troisième infusion, j’ai l’impression que je ne perçois pas bien la subtilité des saveurs de ce grand thé. En effet, à part aujourd’hui, il y a depuis quelques jours une grande différence de température le matin (3 à 5°) et le reste de la journée (+/- 18°, je suis allée lire au jardin et alors qu’un petit vent frisquet s’était levé, je n’ai pas voulu rentrer… Mon nez en a fait les frais, il s’est bouché, ce qui a suffi à m’empêcher de mieux cerner les saveurs et les parfums de ce beau thé, snif, snif. Mais une belle surprise m’attend, on vient de sonner, c’est le facteur qui m’apporte ce colis que je m’empresse d’ouvrir. C’est un Sencha Shogun, reçu gracieusement de l’East India Company. Je ne vais pas le préparer maintenant, j’attendrai de retrouver un odorat plus adéquat. Hier, je me suis résolue à boire de la tisane de thym. Aujourd’hui, cela va mieux mais ce n’est pas encore du 100% aussi je vais vers des thés que je connais bien, ici un Phoobsering qui a la douce saveur de l’amitié, et celle-là je la reconnaîtrais même avec un nez bouché à l’Emery ! J’ai aussi décidé de ne plus acheter de livre avant d’avoir épuisé ceux que je n’ai pas encore lu… ce sera dur, j’ai reçu ce "polar" de la fille d’une amie qui m’a dit que si j’aimais Agatha Christie (ça, c’est peu de le dire), j’aimerais celui-ci et là, rien n’est moins sûr, j’ai péniblement lu les 20 premières pages et je ne rentre vraiment pas dedans, je préfère abandonner pour écouter Marie Laforêt…

vendredi 13 août 2010

Un vendredi 13 particulier

Mais commençons par hier : nous étions invités chez "les Taïwanais", en vacances en Belgique. Et dès l’entrée, mes papilles ont frémi en reconnaissant des odeurs que j’aime. Repas très agréable évidemment accompagné de thé de là-bas. Et bien sûr, les conversations ont tourné essentiellement autour de leur île… Merci Shaolin, pour ce bel effort, je sais que la cuisine, c'est pas vraiment ton truc. A 17 heures, retour à la maison parce que ma filleule vient me chercher pour faire les courses puis nous avions projeté de manger ensemble. Un coup de téléphone de son petit frère chéri a changé nos plans. C’est un futur papa un peu stressé qui avait envie de manger avec sa grande sœur. Elle a d’abord refusé mais je l’ai fait changer d’avis, à condition bien sûr d’être prévenue de l’évènement. Mais rien ne s’est passé hier et à 23h30, j’éteins les bougies. Et ce matin à la première heure, un SMS m’apprends que le bébé porte-bonheur est née, c’est une petite Elina. J’imagine le bonheur des jeunes parents et de la tantine ! Me voilà donc grand-tante et je vais fêter cela dans mon antre avec ce Darjeeling Phoobsering nouveau dont j’ai parlé le 24 juillet, je bois à la santé des jeunes parents et de leur fille, j'ai hâte de faire la connaissance de cette petite merveille...
Puis je me replonge dans les enquêtes du Juge Ti. Et demain sera un autre GRAND JOUR... j'ai vraiment hâte d'y être!

samedi 24 juillet 2010

Jour pour jour cette fois!

Samedi dernier, nous étions à l’Essence du thé où Olivier Leclerc nous a offert un festival de thés japonais qui a ébloui ma filleule. Elle faisait plaisir à voir ! J’y suis retournée l’après-midi seule pour vivre les sens du thé. J’ai aussi eu l’agréable surprise de recevoir un joli sac, cadeau de l’autre Olivier, absent ce jour-là. Lundi, bien au calme dans mon salon bleu-thé, très émue, j'ai déballé ce cadeau... Dès l'ouverture de a boîte, j'ai été éblouie par les parfums très fleuris de ce bel inconnu (je n'ai jamais entendu parler de ce jardin, nommé Phoobsering). Je l'ai infusé dans un autre cadeau (du même bienfaiteur) et cette saveur à la fois douce et piquante, d'une incroyable fraîcheur m'a réconciliée avec les Darjeeling primeurs que je trouve en général trop astringents. Sans sa couleur, il m'a rappelé la saveur fraîche du Bai Mu Tan. Il est pour moi d’autant plus précieux, qu’il a la saveur très douce d’un beau geste d’amitié. Il fut aussi le thé de la consolation… Aujourd’hui, je l’infuse en théière, et cette fois j’en sais plus. Voilà ce qu’Olivier m’a appris : "Situé au Nord de la ville de Darjeeling, entouré de voisins très fréquentables ( Badamtam, North tukvar, Puttabong Tukvar, Soom et Sington), Phoobsering est un petit jardin, BIO, de haute qualité…et parfois inaccessible, en raison de la " gourmandise" de son propriétaire ; j’ai été séduit pas ce first flush ( DJ1 !!!, le premier de l’année, donc), qui symbolise pour moi les caractéristiques les plus agréables d’un first flush…et permet justement par ses côtés soyeux, fleuris, très légèrement épicés et sans la moindre agressivité ni astringence de réconcilier les amoureux du thé avec cette origine souvent mise à mal… Bonne dégustation !". Je m’apprêtais à relire ce beau livre, j’ai hâte de pouvoir cuisiner à nouveau, et les recettes, au thé évidemment, sont vraiment alléchantes. J’avais été tellement séduite que je les ai choisies pour le réveillon d’il y a 4 ou 5 ans. Homard dans un bouillon thaï, chantilly au thé vert (p. 142). Saint-Jacques panées au Lapsang Souchong, rattes du Touquet en salade (p. 162). (5) Je les ai accompagnés de "salade toute verte au thé Matcha" (p. 154). Et le dessert, un tiramisu d’Earl Grey (p. 172) que j’ai accompagné d’une boule de glace au Matcha et une à l’Earl Grey. Je vous les recommande, c’est très fin et sans grande difficulté technique. Une agréable visite a interrompu ma lecture. Après avoir longtemps humé et goûté ce breuvage, il lui a trouvé un goût… d’iode, no comment ! Quant à moi, je lui ai trouvé une saveur plus sucrée, qu’infusé en tasse de dégustation. Et aussi de biscuit au beurre. Délicieux, merci Olivier.