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samedi 15 novembre 2008

Dégustation comparée de 3 grands Senchas

Dans la 2e partie de cette dégustation, 3 Senchas de première récolte nous ont été présentés : un thé de Hoshino et 2 thés de Kurogi, dont un bio. J’ai particulièrement apprécié cette partie-ci de la dégustation, les 3 Senchas ont été préparés simultanément (3 g pour 10 cl d'eau à 70° pendant +/- 1 minute), ce qui a permis des comparaisons plus pointues. Quand on a l'habitude, il est inutile de se servir d'une minuterie, l'infusion est prête quand les feuilles commencent à se dérouler... Mais j'aime ce cérémonial de préparation avant l'extase, je m'en tiendrai donc à lui...
Une fois encore je suis admirative, véritablement séduite par Masanari Higashi, ses gestes lents, précis et sa voix douce que j’envie moi l’excitée, la passionaria du thé comme m’a un jour appelée une copine (et je ne suis pas certaine que c’était réellement un compliment…)
Bien que subtiles, les différences étaient bien là, le premier plus "violent", les 2 autres plus nuancés, ce serait à refaire que je commencerais par les 2 derniers, mais c'est une affaire de goût personnel ici aussi.
Avant de gouter ces thés nous avons tous bu les paroles de ce "missionnaire" si particulier, nous l'écoutions religieusement, il n'avait aucun besoin de nous convertir....
Beaucoup de choses ont été échangées et notamment à propos de cette 5e saveur l’umami (que l’on peut traduire par savoureux) et dont un des convives a parlé si joliment comme "enveloppant le palais". Personnellement si les 4 autres ne me posent aucun problème, cette 5e ne me parle pas (encore), j’ai retenu qu’elle apparait surtout à la première infusion, après, l’amertume, une certaine astringence prennent la relève. J’étais tellement bien que je n’éprouvais pas du tout l’envie de mettre des mots sur ce que je savourais, les émotions gustatives me remplissaient en me procurant un état de plénitude, ces moments bénis où tout semble possible, plus rien n’existe que le moment… Cet Ici et Maintenant où la phrase de T'ien Yi-Heng prend pour moi tout son sens: " On boit le thé pour oublier le bruit du monde", non pas comme une fuite ou un repli sur soi mais bien pour se recentrer , comme un resourcement dans le silence. Un silence plein de l'essentiel. C’est ce que je vous souhaite.

vendredi 7 novembre 2008

Le thé japonais à Santorin... quelle élégance!

Derrière ce titre un peu bizarre se cache encore une belle histoire. Hier, cet autre billet était prêt à être envoyé. Celui-ci est particulier: je n'en suis pas l'auteure mais je peux vous dire qu'il m'a touchée au-delà des mots! Il émane de mon neveu voyageur et a été écrit du fin fond de la Grèce, de Santorin très exactement, une île que j'adore (j'y suis allée 7 fois) et que je lui avais chaleureusement recommandé. Je lui ai demandé si je pouvais le mettre sur mon blog... puisqu'il y est, vous connaissez sa réponse. Efkharisto poli Steph, tu as vraiment réjoui mon vieux coeur! Je te souhaite tout le bonheur du monde, profite de chaque moment de ce superbe voyage. Et si, par miracle, tu trouvais du thé en Grèce, signale-le moi, ce serait un vrai scoop! Quant au café, tu le préfères frappé ou à la ... "turque", sketto i me sakharo?
Salut Marraine,
Un excellent livre me donne l'immense plaisir de partager avec toi quelques lignes qui devraient charmer ta passion. Si tel est le cas et si tu le juges utile, elles pourraient alimenter le témoin virtuel de cette dernière. Je te livre in extenso le passage savoureux tiré de " l'élégance du hérisson " de Muriel Barbery :"Comme Kakuzo Okakura, l'auteur du livre du thé, qui se désolait de la révolte des tribus mongoles au XIIIe siècle non parce qu'elle avait entraîné mort et désolation mais parce qu'elle avait détruit, parmi les fruits de la culture Song, le plus précieux d'entre eux, l'art du thé, je sais qu'il n'est pas un breuvage mineur.. Lorsqu'il devient rituel, il constitue le cœur de l'aptitude à voir de la grandeur dans les petites choses. Où se trouve la beauté ? Dans les grandes choses qui, comme les autres, sont condamnées à mourir, ou bien dans les petites qui, sans prétendre à rien, savent incruster dans l'instant une gemme d'infini ? Le rituel du thé, cette reconduction précise des mêmes gestes et de la même dégustation, cette accession à des sensations simples, authentiques et raffinées, cette licence donnée à chacun, à peu de frais, de devenir un aristocrate du goût parce que le thé est la boisson des riches comme elle est celle des pauvres, le rituel du thé donc, a cette vertu extraordinaire d'introduire dans l'absurdité de nos vies une brèche d'harmonie sereine. Oui, l'univers conspire à la vacuité, les âmes perdues pleurent la beauté,l'insignifiance nous encercle. Alors, buvons une tasse de thé. Le silence se fait, on entend le vent qui souffle au dehors, les feuilles d'automne bruissent et s'envolent, le chat dort dans une chaude lumière. Et dans chaque gorgée, se sublime le temps". Voilà, je trouve ça beau et tellement bien dit que je voulais te le faire apprécier aussi ...
Biz, Steph
Inutile de vous dire que je vous conseille la lecture de ce superbe livre! Il n'a fait l'objet d'aucune publicité tapageuse, seul le bouche à oreille a fait son succès! J'aime cela.

samedi 20 septembre 2008

Novelty teapots, Edward Bramah... hommage à un passionné passionnant

Comment rendre hommage à un homme que je n’ai vu que 2 fois mais qui m’a marquée plus que je ne le pensais ? Je l’ai rencontré une première fois dans son ancien musée, j’étais seule à le visiter, j’y suis restée près de 3 heures, fascinée par tout ce que je découvrais, je n’avais jamais vu autant de théières rassemblées dans un même espace. C’est en sortant de l’espace musée que je l’ai croisé, je ne savais pas encore qui il était mais n’allais pas tarder à le découvrir. Avant d’aller déguster un thé pour digérer toutes ces belles choses, je suis passée à la boutique, c’est là que j’ai acheté son livre. Je tournais les pages, impressionnée par tant de créativité. J’avais déjà commencé une collection mais je restais très classique dans mes choix. Et c’est à partir de ce moment que j’ai décidé d’ajouter à celles-ci des théières improbables, saugrenues même. Pendant tout le temps où je suis restée au salon, je sentais le regard de la serveuse posé sur moi (je venais de commander mon 3e thé), étonnée sans doute de me voir rester si longtemps d’abord dans le musée puis dans son espace. Quand en refermant le livre j’ai vu que son auteur n’était autre que le Monsieur que j’avais vu en "vrai", j’ai décidé d’aller lui dire mon admiration en lui demandant si je pouvais lui poser quelques questions, ce qu’il a gentiment accepté. J’ai été impressionnée par ce qu’il me disait mais aussi par ses yeux si perçants. J’espère que là où il est peut-être, il continue à se nourrir de sa passion. Mais peut-être est-il redevenu une poussière d’étoile, il continue alors à briller. Pendant une bonne partie de cet après-midi, j’ai relu une grande partie de son livre qu’il a eu la grande gentillesse de me dédicacer. Feuilletons maintenant ce beau livre que je vous conseille vivement d'acquérir, c'est une mine d'or.
Sur la page de gauche, 2 théières Yixing originales, la petite en forme de fruit appelé en Chine "Doigts de Bouddha" et la seconde en Zisha en forme de Bambous. A droite, une singulière théière en forme de coquillage et en dessous, une théière éléphant en émail incrusté.
Les 2 théières de gauche appartiennent à Edward Bramah, celle du haut est une japonaise du 19e siècle, celle du bas est une Satsuma réalisée par des colons coréens émigrés au Japon en 1660. La dernière est une théière chinoise à 2 becs verseurs. Elle irait très bien dans mon salon bleu-thé mais l’auteur en donne sa valeur estimée en 1992 : 6.250 £…
Passons donc à la page de droite. En haut à gauche, une théière japonaise du début du 20e siècle et à droite une théière coréenne. En bas à gauche, une théière, sans doute japonaise, en forme de diamant taillé, décorée de fleurs et d’éventails et enfin à droite encore une "Cloisonné", comme l’éléphant vu plus haut. Sur la page de gauche, en voilà encore une qui m’attire particulièrement, passons donc à droite. En haut à gauche, une Worcester de 1880, en forme de cube dont le bec et l’anse représentent un lézard, à droite, encore une Worcester à double bec. La petite juste en dessous s’appelle "Dorothy bag teapot" et la dernière, encore une théière coquillage.
J’ai choisi cette dernière page pour la théière géante de la page de droite comme un dernier clin d’œil à Edward Bramah pour qui elle a été réalisée. "Modern giant teapot made in 1985 for the author. It is 32 inches high and has a capacity of 800 cups (25 gallons). It is made from tinglazed earthenware and decorated with motifs depicting personalities and events from the history of tea and the tea trade which was at its most influential a hundred years before." J’ai envie de terminer ce billet spécial par 2 phrases, l’une de Lu Tung, un poète du 8e siècle, dit "le fou du thé": "Je ne me soucie nullement de l’immortalité mais du goût du thé". Et l’autre : "Le chemin du paradis passe par une théière", c'est un proverbe anglais… dont il aurait pu être l'auteur!

Triste nouvelle...

Je viens d'apprendre par Kris le décès, en février dernier, de ce grand Monsieur du thé dont j'ai parlé très brièvement le 15 septembre. Notre rencontre, le 4 novembre 2000, m'avait marquée et je voudrais lui rendre hommage mais je suis trop émue maintenant. Je vous donne simplement à lire cet article paru dans London Se1 website team:

Edward Bramah, founder of the Bramah Museum of Tea and Coffee, has died at the age of 76.

He opened his museum in 1992 at the Clove Building behind the Design Museum on Butler's Wharf. In 1999 it moved across the road into an old tea warehouse. However, in its early days there were few visitors and in 2001 it suddenly closed.
The following year Edward Bramah relocated the museum to Southwark Street near Tate Modern and Borough Market.
Edward Bramah was born in Worksop in 1931 and became a tea planter in 1950. He then trained a tea taster with Lyons before joining a coffee brokerage in Tanzania. After working with China to promote China tea in Britain he set up his own company called Bramah Tea & Coffee.
Edward Bramah had kept the idea of a tea and coffee museum in his mind for forty years. The nucleus of his collection was a pile of early coffee machines which he had dismantled in order to invent his own, the Bramah Filter.
Bramah's ancestors included Joseph Bramah who devised the modern lavatory and invented the Bramah Lock. Others made tea caddies and introduced the tea trade to India.
He wrote several books. His first, Tea and Coffee: a Modern View of Three Hundred Years of Tradition, was published in 1972 and translated into Japanese.
Coffee-Makers: 300 Years of Art and Design and Novelty Teapots are both definitive works. His last book, The Bramah Tea and Coffee Walk Around London, highlights tea and coffee history in Southwark and The City.
Although in recent years the Museum of Tea and Coffee has changed hands, it continues to bear Bramah's name. He last visited Southwark Street in December and appeared cheerful despite suffering illness. He died in Christchurch last month.

lundi 14 juillet 2008

La belle histoire d'une théière relookée, d'un thé de méditation et d'un grand geste d'amitié

Comme ma sœur me l’a rappelé hier, plusieurs fois déjà j’ai écrit dans ce blog que je raconterais l’histoire de ces "objets inanimés", je commence donc aujourd’hui par cette très belle et émouvante histoire. Elle fut blanche jusqu’à ce 21 avril 2002. Ce jour-là, j’avais invité Martine et Jacqueline à une afternoon tea à Groenendael. Jacqueline m’a alors offert une superbe tasse peinte par elle, et immédiatement je l’ai associée à cette théière (trop) blanche tout à coup que j’aimais beaucoup à cause de sa forme très ronde. Je lui ai demandé si elle était d’accord de la peindre aux couleurs de cette si jolie tasse et d’y noter une phrase de Lu Yu qui me touche beaucoup, que j'ai déjà citée le 7 mai (post mon ancien blog: 28 avril). Quelques jours plus tard, c’était chose faite. Je décide alors de l’inaugurer avec mon amie Guylaine, venue le lendemain, c’est elle qui boit dans la tasse assortie, moi je choisis une simple tasse blanche en lui expliquant l’histoire et de la théière et de la tasse. Elle ne dit pas grand-chose mais n’en pense pas moins, je le comprendrai quelques semaines plus tard. Début juin, je décide d'aller manger chez Table à thé à Liège, je reçois alors un joli paquet que je suis priée d’ouvrir. J’y découvre émue la sœur presque jumelle de la tasse reçue de Jacqueline, dans et autour de laquelle je lis: " Je suis le thé, je dilue le spleen et je parfume le bonheur". Mais ce n'est pas tout, un petit mot écrit sur un beau bristol accompagne ce fabuleux cadeau : "Francine, ce petit souvenir très symbolique à l’occasion de mon départ. Pour te rappeler tout ce que nous avons eu la chance de vivre ensemble dans le passé. Pour que tu ne m’oublies pas dans le futur (mais je n’ai pas d’appréhension à ce sujet). Pour t’accompagner dans les bons et les mauvais jours. Avec toute mon amitié, Guylaine". C’est tout elle ce beau geste. D’habitude, lorsqu’un(e) collègue part à la retraite, c’est il ou elle qui reçoit les cadeaux... J’emploie très souvent cette théière, principalement quand j’ai envie de lire ou d’écrire, ce qui était le cas aujourd’hui. J’y fais infuser du Yunnan aux pistils de lotus, acheté à la Tea House, dont je parlerai plus tard : "Thé noir, pauvre en théine. Le pistil vert de lotus est utilisé au Vietnam pour faciliter le sommeil". Il ne me fait pas cet effet mais par son action apaisante, il m’aide à méditer, à lire ou à écrire, en ne pensant qu’à l’instant présent. L'infusion , d'une couleur ambre, a un goût sucré, légèrement caramélisé et fruité, cela m'évoque le chasselat et la pêche de vigne. Mais il a surtout la saveur d'une belle amitié... Et à cet instant, j’ai choisi de re-re-relire le CHA JING ou Classique du Thé de Lu Yu, le premier livre jamais écrit sur le thé. Je voulais retrouver la phrase écrite sur la théière dont je viens de vous conter la belle histoire, mais elle n’y est pas. Ce dieu du thé en a écrit d’autres, j’aimerais les découvrir mais je ne les ai jamais trouvés. Concernant ce Cha Jing, Lu Yu nous dit tout ce qu’il faut savoir pour infuser un bon thé, de la cueillette à la dégustation sans oublier les ustensiles et l’eau. Et ce dans un style tout à fait particulier, presque poétique mais parfois énigmatique. Et malgré les commentaires donnés par la traductrice, certaines phrases le restent, comme pour faire planer un certain mystère. A la fin de l’ouvrage, se trouve la copie du manuscrit d’origine. J’ai bien aimé aussi la préface qui situe cet ouvrage dans son contexte historique. Je vous en donne les premières phrases : "En cette année 780, tandis que lu Yu, de la dynastie Tang, favori de l’empereur Taisung, né à Hou-pei - en Chine centrale -, abandonné enfant au bord d’une rivière et adopté par un moine du monastère du Nuage du Dragon, rédige ce Cha Jing, le tout premier livre jamais consacré au thé, Roland vient de se faire piéger à Roncevaux et Charlemagne guerroie en Westphalie avant de passer des vacances en Italie. Le bouddhisme arrivé d’Inde imprime la société chinoise ; l’imprimerie ouvre une ère florissante aux belles lettres ; le thé a, lui, déjà plus de 1500 ans d’histoire : Lu Yu est à l’exact mi-chemin entre sa découverte attribuée au divin empereur Cheng Nung (2737-2697 av. J.-C.), père de l’agriculture, et notre 21e siècle". A vous maintenant de découvrir la suite. L’édition que je possède a été publiée en 2004 chez J.-C. Gawsewitch. Bonne lecture.

mercredi 21 mai 2008

Un thé dans la serre

Après Un thé au Sahara et Un thé sur la montagne (P. Bowles), Le thé dans l’encrier (G. Brochard) et Un thé dans les étoiles (L. Bourguignon & D. Maes), voici Un thé dans la serre. Cette fois il ne s’agit pas d’un livre mais d’un thé bien réel. D’habitude je le bois sur ma terrasse mais depuis 3 jours, un petit vent (trop) froid, comme une réminiscence des 3 Saints de glace (qui étaient 4 d’ailleurs), m’en empêche. C’est vrai que saint Mamert le 11, saint Pancrace le 12, et saint Servais le 13 étaient absents pour le plus grand bonheur des optimistes (ou téméraires, c’est selon) comme moi qui avaient déjà procédé aux plantations extérieures. Par contre le 4e, saint Urbain, se fête le 25 mai, peut-être ceci explique-t-il cela ? Toujours est-il que j’avais envie de boire un thé dans notre serre si belle à cette époque. Mon choix s’est porté sur un superbe Zheng Shan Xiao Zhong (Lapsang Souchong), 5g infusé 7 minutes dans une théière à mémoire de 50cl, cadeau d’une de mes anciennes étudiantes. Il fallait un thé très « puissant » parce qu’en ce moment l’odeur forte du Datura imprègne toute la serre, une odeur enivrante qui est parait-il toxique pour le voyageur qui aurait la mauvaise idée de faire une petite sieste sous son ombre "protectrice", il ne se réveillerait plus… Réalité, légende ? Il ne faut pas compter sur moi pour trancher (définitivement ?) la question.


Tout en dégustant ce nectar à l’odeur de terreau, beaucoup plus subtil que les simples Lapsang que j’utilise plutôt pour ma cuisine au thé, je regarde pousser ces plantes qui, pour la plupart, sont issues de graines ou noyaux ramenés de nos voyages lointains, entre autres fruits de la passion de Ceylan (à l’époque, Sri Lanka aujourd'hui) et des Canaries, citronnelle des Seychelles. Mais aussi des plantes plus ou moins indigènes (tomates, concombres, melons). Et même un manguier comme sur la photo. Bientôt, ce sera le jasmin et le mimosa.

Expérience très agréable avec cependant une ombre dans ce beau tableau, je n’ai jamais réussi à faire pousser un Camellia Sinensis, ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Bien sûr je pourrais me résoudre à en planter un mais j’aurais tellement voulu voir germer les graines d’abord. Je n’ai pas réussi, Lu Yu n’était pas avec moi à cette époque-là. Et pourtant j'ai suivi scrupuleusement toutes les indications: faire tremper les graines 48 heures dans de l'eau tiède, puis dans un pot mettre un terreau léger et semer les graines en les distançant (j'ai même fait mieux, elles avaient chacune leur pot!). Recouvrir d'une couche de terreau et tasser légèrement. Placer à l'intérieur derrière une vitre et garder la terre toujours humide mais sans excès (comme une éponge mouillée puis essorée). En quelques semaines les plants germent. Et sur le sachet de ces "Graines du monde", il était cependant bien noté: "résultat Laboratoire de germination: 50% de réussite minimum! Je me serais contentée d'un tiers. J'ai pourtant les mains vertes...

vendredi 16 mai 2008

Première dégustation de Meng Ding Huang: suite

Je n’ai pas pu attendre demain, me revoilà donc dans mon salon bleu-thé où j’ai préparé avec beaucoup de précision la dégustation de ce thé jaune (voir l’article de tantôt, je ne sais pas [encore] faire de lien). 3g de thé dans 20cl d’eau à 80° pendant 3 minutes dans un set de dégustation reçu d’Olivier Scala lors d’une mémorable visite des établissements Cannon. Je voulais en acheter un de chaque couleur (vert, bleu, rouge) pour les différents thés, il me les a offerts… Cela m’a beaucoup touchée, je voulais ici encore lui dire mon merci. Et comme chaque fois que je prépare une première dégustation, Lu Yu est présent, j’honore ainsi ce dieu du thé dont j’ai déjà parlé.
Pendant le temps de l’infusion, je fais le vide en moi pour ne penser qu’au chemin parcouru par ces feuilles et particulièrement à ces cueilleuses courageuses et si compétentes qui travaillent dans des conditions parfois très difficiles : une météo souvent peu clémente, un taux d’humidité très élevé, des plantations à flanc de montagne si difficiles d’accès. Savent-elles, ces humbles petites mains si expertes, ce qu’elles procurent à des passionnés comme moi ? Et leur salaire ? Ont-elles seulement la possibilité de savourer elles aussi ce nectar ? Voilà ce qui me traverse l’esprit au moment où retentit la minuterie qui m’invite à la phase suivante, celle qui me conduira presque certainement au bonheur.
Je transvase précautionneusement le nectar dans le bol et les feuilles dans le couvercle. J’observe alors à la fois la couleur de l’infusion et les feuilles transformées par l’eau (filtrée évidemment). La couleur de l’infusion est plus foncée que ce à quoi je m’attendais, certaines feuilles se sont ouvertes complètement tandis que d’autres sont encore « chiffonnées ». Je hume l’infusion qui ne m’évoque rien tant l’odeur est discrète. Les feuilles par contre sentent vaguement le fumé. Je redoute un peu l’instant où je vais porter le bol à mes lèvres, frémissantes pourtant, j’ai en effet énormément de difficulté à dire ce que l’infusion m’évoque. Je ne retrouve pas le fumé, je n’identifie pas les saveurs mais par contre je le trouve assez "fort" : temps d’infusion trop long ? Trop de feuilles ? Par contre, il est très rafraichissant, il me fait penser un peu à un Bai Mu Tan. Je prépare une 2e infusion pour voir si toutes les feuilles s’ouvriront. Pas beaucoup de différence, certaines feuilles restent recroquevillées, mais pour ce qui est de l’infusion… la force a fait place à une grande douceur. J’ai bu ces 2 bols en pensant très fort aux habitants du Sichuan… Encore merci Fanou, j’espère que nous pourrons partager la prochaine infusion, tu pourras alors me décrire ce que tu découvres, toi qui sais si bien mettre des mots sur les saveurs. Comme à Gand, après la visite de l’expo sur la céramique taïwanaise et l’art du thé, j’en parlerai dans un prochain article.

mercredi 7 mai 2008

Une grande passion est née

- 28 avril - Ah la mémoire des dates ! Je dois déjà rectifier mon texte ! LE coup de foudre ne s’est pas produit en 1998 mais bien en 1997, je m’en suis rendu compte en rangeant précieusement ma relique, cet Art français du thé, qui fut ma 1e Bible.
Déjà la veille, quand je l’ai sortie de son sommeil, je la croyais "plus usée", il semblait aussi me souvenir qu’il y avait un paon sur la couverture. Mais, trop excitée à l’idée de revivre ces émotions, je n’ai pas creusé, j’avais tort, "ma" 1e édition date de septembre 1996, l’illumination a donc eu lieu en 1997. Et effectivement, elle est bien plus usée, d’avoir été tellement manipulée, à l’époque. Et par ailleurs, à force de lire et de relire ces mots magiques, je connaissais son contenu par cœur ! En en reprenant la lecture, je me suis d’ailleurs surprise à continuer certaines phrases de tête et notamment celle-ci :

" Le thé n’était pas seulement un remède pour combattre la somnolence. C’était un moyen d’aider l’homme à retourner à sa source, cette heure dans le rythme du jour quand le prince et le paysan partagent les mêmes pensées et le même bonheur en se préparant à retourner à leur destin" Lu Yu (733-804)

Elle m’a tellement touchée que quelques années plus tard, je l’ai fait écrire sur une de mes théières. Vous en saurez bientôt plus, quand je parlerai de ma relation à ces "objets inanimés". Mais revenons à ce WE fou à Paris. Nous retournons donc rue du Bourg-Tibourg à l’heure pile de l’ouverture, et dès l’entrée, le caissier et le serveur nous reconnaissent, l’un d’eux nous a dit : "Alors, vous ne nous quittez plus ?". J’ai tout de suite été dans la boutique pour voir en vrai les 3 théières repérées dans LE livre, elles avaient leur correspondant en thé et si je prenais l’un, je prenais forcément l’autre: Théière du gouverneur, Fils de France et théière des poètes solitaires. Les 3 me plaisaient, le choix serait difficile, le mot raisonnable n’a jamais vraiment fait partie de mon vocabulaire. Mon mari s’approche alors de moi et m’interroge : "Tu comptes en acheter encore une autre ?" et moi de répondre avec mon air angélique et presque pas hypocrite : "Peut-être"… . Je lui désigne alors celles que j’avais, sur le conseil d’un vendeur, sorties de leur étagère pour mieux les admirer, il prend la Théière du gouverneur en me disant : "Elle sera la sœur de l’autre, je te l’offre", j’étais transportée et lui saute au coup pour l’embrasser fougueusement, j’avais oublié où j’étais mais je n’ai apparemment choqué personne, j’ai seulement eu droit à des sourires entendus et discrets. J’étais trop émue, j’avais envie de goûter ce thé du gouverneur, je me dirige vers le resto mais l’aimable serveur de la veille m’annonce qu’il est encore fermé. Devant mon air dépité, il accepte cependant de nous laisser entrer et même de me préparer le thé convoité, "c’est un thé du matin, il conviendra très bien". Je lui explique alors mon dilemme face aux autres théières convoitées, sa réponse a déterminé mon choix ou plus exactement m’a convaincue de ne pas choisir: "Fils de France conviendra très bien à midi (il est inutile de préciser que nous avions réservé notre table) tandis que le thé des poètes solitaires est très bien pour l’après-midi". J’ai donc fait miennes les 2 autres théières et leurs thés. Après 4 heures passées dans ce lieu qui restera à jamais le berceau de ma passion, mon mari souhaite partir pour ne pas rentrer trop tard à Bruxelles, il devait encore passer chez un ami antiquaire. Le vendeur, tout en emballant mes trésors, nous signale qu’il y a une autre implantation Mariage frères, rue des Grands-Augustins… le dieu du thé est avec moi, c’est justement tout près de l’endroit où mon mari a rendez-vous ! Il me dépose donc et nous nous donnons RV dans ce 2e lieu mythique. En sortant il me dit quand même avec ce petit sourire en coin : "Je vais essayer de ne pas la faire trop longue, j’espère que tu ne t’ennuieras pas si cela dure un peu". Malheureusement pour lui, heureusement pour moi, cela a duré. J’ai eu le temps de découvrir d’autres "objets inanimés" … j’ai encore craqué pour une théière en porcelaine cette fois, La Route du thé, ainsi que 2 tasses assorties. Pour la baptiser, j’ai choisi le thé Grands- Augustins pour immortaliser cette 2e visite. Quant aux autres thés dont la description si poétique m’avait donné envie, je me suis "limitée" à 5, tous parfumés : thé de l’aventurier, Amateur, 1854, Mahé et jasmin Chung Feng. Cela faisait près d’une heure que je nageais dans le bonheur, mon mari n’arrivait pas, je me suis donc attablée dans le salon du premier étage et j’ai commencé à lire mon 2e livre : Le traité du thé, acheté quelques minutes auparavant. Je me suis fait conseiller pour le thé en disant : "Je n’y connais rien, c’est la 1e fois que je viens ici"» et le serveur m’a proposé de goûter au thé glacé…. Kèzako me suis-je dit mais va pour la découverte. J’ai choisi Birthday tea, un vrai bonheur ! Le thé glacé maison fait désormais partie de ma vie et régale petits et grands. Une bonne heure se passe encore quand j’entends : "Non, elle n’est pas sortie, elle vous attend en haut". Arrive alors un mari hilare qui dit à son interlocuteur : "Ca fait des mois que je lui demande de venir chez vous mais sans succès, et depuis qu’elle s’est décidée… nous avons passé la journée d’hier et la matinée au Bourg-Tibourg et puis ici et elle n’est pas encore lassée". Les autres clients présents dans la pièce ont tous levé les yeux pour voir le phénomène, j’ai répondu par un large sourire. Pour résumer, nous avons donc fait l’ouverture d’un côté et la fermeture ici, mon mari m’ayant suggéré de manger un petit quelque chose ici avant de reprendre la route!

J’ai pris beaucoup de plaisir à me remémorer ces débuts difficiles et le rejaillissement d’émotions fortes, je serais vraiment intéressée de connaître d’autres histoires, comment le thé est entré dans votre vie, quelle place il y tient, ce qu’il est pour vous. J’aime les histoires…. Merci.