S'adonner
à ses passions sans réserve et sans mesure est pour moi la
définition du bonheur, elles me permettent de supporter ma très
contre-nature sédentarisation forcée... depuis petite j'ai toujours
été une nomade dans l'âme, ma mère m'appelait déjà à l'époque
Julie vadrouille. Heureusement, certaines de mes passions sont aussi
des voyages : le thé, la lecture, la musique. Quant à la
Nature, elle m'est indispensable en me permettant de mettre à
distance mes côtés plus sombres comme principalement la colère,
c'est ma bonne Fée, elle me prend dans ses bras et m'apaise.

C'est avec elle que je partage aussi mon bonheur et mes émotions
comme quand le fleuriste est venu m'apporter ce merveilleux bouquet
et des paroles d'Amour, c'était dimanche, jour de la fête des
mères. Il fait encore trop frisquet pour rester dehors aussi après
avoir enlacé mes arbres, c'est dans mon cocon où j'installe
exceptionnellement mon PC et mon dictionnaire, que je reprends La
péninsule aux 24 saisons de Inaba Mayumi pour rechercher
dans le dictionnaire une quantité de mots inconnus, d'après le
contexte, il doit s'agir de plantes, de légumes et de fruits mais
aussi, péninsule oblige, de coquillages et de poissons mais j'ai
assez vite arrêté cette fastidieuse tâche pour relire certaines
phrases ou certains passages qui m'avaient touchée à commencer
par Je me lève et je me couche au gré de mon humeur
ce que je fais moi aussi depuis que je suis en vacances perpétuelles,
je ne porte plus de montre, le donneur de temps n'est plus le cadran
de cet engin, je l'ai remplacé, un vrai bonheur ! Ou encore :
La forêt.(...) La certitude que je vais pouvoir me promener en
forêt me fait sauter de joie. (...) De plus, mieux vaut pénétrer
seule dans la forêt. Car le silence est souvent plus fécond que
l'échange de propos. A se laisser emporter par la conversation, on
risque de perdre de vue l'essentiel. J'ai la grande chance
d'avoir la forêt dans la propriété, j'y vais chaque fois qu'il
fait beau armée seulement de mes jumelles et de mon appareil photo,
tous mes sens en éveil. Je pourrais en citer bien d'autres encore,
je m'arrêterai à ce dernier passage, son ode à la lune et aux
étoiles : Je fais brûler encens sur encens, et mon
plaisir de chaque soir est de contempler depuis ma terrasse le
mouvement de la lune et des étoiles. Je m'étends sur une chaise
longue et je regarde d'un oeil nonchalant la voûte céleste. Alors un
remous traverse mon corps de la tête aux pieds.Est-ce le tremblement
de la rotation de la Terre ? J'éprouve une sensation inconnue
qui m'enveloppe tout entière, comme si mon corps et le ciel étaient
liés pour un instant.En même temps, sans se perdre, mon être reste
attaché à la Terre, et j'ai l'impression,sans pouvoir me
l'expliquer,que j'assiste à un miracle. Ce roman raconte
douze mois de la vie d'une femme de la ville qui a décidé de
quitter la vie trépidante de Tokyo à la mort de sa meilleure amie.
Elle s'installe dans la maison de campagne familiale et découvre
cette autre vie en contact direct avec la nature, l'occasion pour
elle de faire le point sur sa vie. Elle retrouve les joies simples
d'une vie rythmée par les saisons, le contact et l'entraide de
quelques habitants. Aucune action dans ce roman atypique empreint
d'une certaine poésie, celle de l'instant. Le fil conducteur est cet
ancien calendrier qui découpe l'année en 24 saisons qui indique
précisément ce qu'il faut planter, quand, et qu'en faire une fois
récolté : des confitures, conserver les légumes et les
fruits en pots, partage des récoltes avec les voisins. Ce sont ces
gestes quotidiens, simples, répétitifs et ses longues promenades
solitaires qui lui font retrouver l'apaisement et cette sérénité
perdue avant de retrouver la ville et un nouveau départ. J'ai
beaucoup aimé la suivre dans cette retraite loin de Tokyo, tant de
points communs avec ma vie actuelle... MERCI chère Cathy, tu ne
t'étais pas trompée !

En admirant ce ciel où la lumière
flamboyante du soleil le dispute aux gros nuages noirs, j'ai eu envie
d'aller faire le tour de mon domaine de prédilection, cette Nature
source de vie... L'air est frais, toutes les nuances de verts
printaniers ressortent différemment à la lumière tombante, les
oiseaux, beaucoup moins visibles, se sont tus, je savoure cette
quiétude. Aujourd'hui, ma première tâche est de changer l'eau de
ces magnifiques fleurs, il faudra que je change de vase, je les
trouve trop serrées maintenant que certaines s'ouvrent, je veux les garder le plus longtemps possible !
Rituel encore : choisir les feuilles, ici celles d'un Daehsan
Nokcha, infusées et servies dans ce beau set coréen, je le
savoure à la santé de mon généreux donateur en méditant sur la
force de l'Amitié... Je n'aurai pas beaucoup le temps de lire
aujourd'hui, j'attends deux amies chères, aussi ce sera quelques
pages de cette brique Ecoute l'arbre et la feuille dont
j'ai déjà parlé ici :
https://la-theiere-nomade.blogspot.com/2019/03/lectures-palpitantes-face-aux-elements.html.
INTERLUDE MITSUMATA. Et c'en est vraiment un, ou
presque, l'auteur parle de la fabrication du papier à Echizen, et
aussi d'une déesse : Kawakami Gosen. Cela m'a rappelé un
lointain souvenir, une initiation à la reliure japonaise à une
époque où le thé n'avait pas encore pénétré dans ma vie. Nous
avions aussi fabriqué un papier spécial, assez rugueux, on y voyait
encore quelques fibres de bois.
Bien des années plus tard, j'ai
trouvé un album avec les mêmes techniques, je l'ai utilisé pour
illustrer le fabuleux voyage à Paris d'une petite fille qui pour son
anniversaire a souhaité aller à Paris pour faire le tour des salons
... de thé, mais pas qu'un jour hein Nanny, c'était en
2004, cette année elle termine ses études universitaires, elle aime
toujours autant le thé !
Ma promenade quotidienne sous un
ciel bleu strié de lignes parallèles pour enlacer mes arbres avant
l'arrivée de mes amies... Sauf que je les attends toujours, elles
sont restées bloquées à Namur, un incendie à la gare du Nord de
Bruxelles a mis tout le réseau chaos, on a reporté notre rencontre,
et moi pour calmer ma colère, je me suis déchaînée au jardin, mes
vieux os n'ont pas aimé et me le font savoir. Demain, ce sera
repos complet pour être en forme jeudi ! Nuit difficile, cela
m'apprendra à ne pas écouter mon corps et arrêter de le malmener,
pourtant je n'ai pas réalisé la moitié de mon projet.
Beau
ciel bleu sans aucun nuage et douce température, propice à une
balade mais ce ne sera pas pour moi aujourd'hui.
Programme de la
journée: thé infusé à froid, Once Upon a Time saveur
fraise, jasmin, épice après un Keemun au petit-déjeuner,
observation de la Nature, peut-être arranger la jardinière de la
terrasse de la cuisine, et surtout lecture de cette brique de 309
pages largement illustrée : SHINRIN YOKU, L'art et la
science du bain de forêt, écrit par la Dr Qing Li, paru aux
éditions FIRST en mars 2018.
A la fois fruité et fleuri avec
une pointe d'épices, il est parfait pour la lecture par cette douce
chaleur.
La quatrième de couverture nous résume l'essentiel de
cet ouvrage, à moi les détails à présent. J'ai pour l'instant
parcouru l'ensemble de l'ouvrage, comme une promenade virtuelle en
forêt en regardant les nombreuses photos légendées,
je suis
restée en arrêt sur celle représentant des bouleaux encore jeunes
dans leurs habits d'hiver. "Le bouleau blanc est
particulièrement efficace pour absorber les particules émises par
les voitures". Berkenrode (verges de
bouleau) est le nom de notre propriété, en hiver leur tronc
blanc et marron donne un peu de couleur à cette saison triste. Ce sont ces
arbres qu'il faudrait planter dans les villes au lieu des marronniers
et autres platanes comme le montre cette expérience : "Au
Royaume-Uni, des scientifiques ont mené une expérience dans les
rues de Lancaster. Ils ont tout d'abord mesuré la quantité de
particules entrant dans les maisons (en mesurant la quantité de
poussière se déposant sur les téléviseurs). Ils ont ensuite
planté une rangée de bouleaux blancs dans la rue.Au bout de deux
semaines, les scientifiques ont étudié les feuilles des arbres à
l'aide d'un microscope électronique spécial. Les feuilles sont
tapissées de minuscules poils qui emprisonnent les particules émises
par les voitures passant dans la rue.A la fin de l'expérience, les
téléviseurs présentaient 50% de poussière en moins qu'au début."
Si la journée il fait très doux, le soir la température
baisse très fort, j'ai donc rallumé le chauffage pour écouter de
la musique dans mon salon en commençant à rédiger mon billet mais
j'ai oublié de le couper avant d'aller rejoindre les bras
accueillants de Morphée. Résultat les fleurs ont eu très chaud et
ma première action fut de leur redonner un coup de fouet en leur
donnant plus d'espace et en coupant fortement celles qui avaient le
plus souffert comme les gerberas.
Suivent mes rituels :
l'hommage à la Nature, je remplis mes poumons de l'air vivifiant du
matin en admirant les nuances de verts tendres des feuilles
printanières.
Les azalées commencent à fleurir, les rhodos
suivront bientôt.
Ce matin, ce délicieux thé vert vietnamien
que je savoure avec émotion, mes pensées traversent l'Atlantique et
s'envolent vers toi, chère Kris, comme je te l'ai dit, j'en boirai
pour deux le temps qu'il faudra !... Je reviens des courses au
village, ce midi, ce sera diner crustacés et saumon,
mon thé
d'apéritif est tout choisi : un Kabuse cha dont le
portrait se trouve page 160. J'apprends que c'est un
cousin germain du Gyokuro Même traitement que
celui-ci mais période moins longue et cueilli mécaniquement. Dans
la tasse (Kris, les deux premières sont pour toi, une pour chaque
oeil...), belle couleur jaune légèrement trouble ; l'umami est
bien présent, saveurs de légumes mais un peu amer, contrairement au
Gyokuro, les feuilles infusées seront arrosées de
sauce soja pour faire mariner les crevettes grises de l'entrée.
C'est avec beaucoup d'émotion que je pénètre chez UNAMI,
impatiente de revoir Jean-Benoit et Lydia Gautier venue dédicacer
son dernier bébé Portraits de thés dont j'ai déjà
parlé entre autres ici :
https://la-theiere-nomade.blogspot.com/2018/10/portraits-de-thes.html.
Comme thé d'accueil,
Lydia nous offre une de ses créations
sur un thé blanc du Népal, le Tea Estate Shangri-la, décrit
page 213, auquel elle a ajouté un bouton de rose qui provient d'un
petit producteur certifié bio.
Infusée à froid, la liqueur
est incroyablement douce, légèrement sucrée avec des notes
fleuries, émotion gustative évidente... Il faut absolument que je
m'en procure !
Le deuxième est un Pu Er shu infusé
à chaud auquel elle a adjoint une grande fêve tonka que mon mari,
quand lui ai montré la photo, a prise pour un scarabée, no comment !
Vous êtes rayonnantes, je suis si heureuse de
vous voir ensemble. Vous êtes toutes les deux d'authentiques
sommelières dont le savoir et la compétence n'ont d'égal que votre
modestie, bien loin des autoproclamées qui sous prétexte qu'elles
en savent un peu plus, ou le font croire, se donnent ce titre, ce qui
est de la malhonnêteté intellectuelle et un sens moral quasi
inexistant, au pays des aveugles les borgnes sont rois…
A côté
de sa valeur intrinsèque ce livre devient hors de prix grâce à la
signature !
Une autre signature qui ravira celle à qui
elle est destinée… Devant un public très intéressé, Lydia raconte
la genèse de son livre, sa philosophie : privilégier le
contact avec les petits producteurs, parle de ses coups de cœur
gustatifs mais aussi a le souci d'encourager ceux dont les thés ne
sont pas encore ce qu'on pourrait en attendre mais chez qui elle sent
une véritable volonté s'améliorer. Et enfin, elle parle de
l'avenir des plantations, du piège du bio auquel elle préfère le terme d'agriculture raisonnée, de permaculture, d'agroforesterie, en plus
de sa formation d'ingénieure agronome, elle a un vrai don de
pédagogue, c'est un vrai plaisir de l'écouter ! MERCI chère
Lydia, j'attends avec impatience le prochain…
C'est pas tout
cela, mais il est temps de nous quitter, cher Jean-Benoît j'ai été
ravie de te revoir et d'évoquer quelques souvenirs, j'ai hâte de me servir des trésors que j'ai
ramenés, ce sera pour demain ! MERCI aussi à toi ma chère
Carine, pour nos échanges toujours si riches, si vrais et ... pour l'eau gazeuse, je te revaudrai
cela, mais pour cela il faudra que tu viennes jusqu'ici (= message
codé). Ce sont des journées comme celles-ci qui aident à oublier les scories de la vie… J'en redemande!