Affichage des articles dont le libellé est Yu Huan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Yu Huan. Afficher tous les articles

lundi 10 septembre 2012

Emotions gustatives mais pas que...

A ma demande mon mari vient me réveiller à 7 heures tapantes, dur dur, mais j’ai encore des choses à terminer, pas question donc de flemmarder. Je commence par dresser les tables de l’apéritif et du repas mais, pas encore bien réveillée, mon rythme est très lent, je n’aurai donc pas le temps de les décorer comme je l’aurais souhaité
. Il me reste à garnir ces sandwiches avec les aliments imprégnés pendant la nuit de ce plus qui fera, je l’espère, tout la différence avec les sandwiches ordinaires. J’espère que les saveurs s’harmoniseront, qu’aucune ne prendra la pas sur une autre, mon audace me fait parfois associer des choses improbables. J’ai à peine terminé que la sonnette retentit et une voix forte m’annonce " la France"… Joyeuses retrouvailles, cela faisait longtemps, exactement depuis… samedi.
C’est la première fois que je sers ce genre de bouchées, j’espère que cela plaira. Je suis très vite rassurée. Idem pour le cocktail au thé… mais pas pour moi !
J’aime les thés qui racontent une histoire, c’est pour cela que j’avais choisi 1842, il y avait longtemps que je n’en avais plus et j’avais envie de trouver cette saveur que j’avais vraiment aimée, j’en ai donc racheté lors de ma dernière visite à LA crèmerie. (http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2008/12/jaime-et-je-cuisine-au-th-compote-de.html ) En cocktail, je ne l’ai pas aimé, je sentais trop la rose et c’est un parfum que je ne supporte pas en dehors du jardin ! Heureusement cela a plu à mes hôtes, ce qui est le principal…
 Je les laisse papoter avec Xavier pendant que je mets la dernière main à la table. Toutes les photos de la partie salée du repas sont floues mais je garde en mémoires les émotions gustatives de mes 3 convives traduites par leurs visages épanouis, ils font plaisir à voir ! Dans la série 5 minutes de mauvaise fois: il faudrait que je remplace cet appareil défectueux, parce que, évidemment cela ne peut être moi...
Place aux desserts maintenant, le tiramisu d’abord.
 Personne n’a parlé la bouche pleine…
Les verres ont été rapidement vidés de leur contenu.
Place maintenant aux nectarines au sirop de Thé Péché mignon et à la glace assortie. Commentaire de mon mari : "des œufs sur le plat comme dessert, curieux !"… No comment..., c'est le genre d'humour de Xavier.Le repas prend une tournure nostalgique : Josiane me demande de raconter mes premiers pas dans cette voie du thé qui m’habite entièrement aujourd’hui. Je ne me suis pas fait prier, j’aime partager cette belle histoire commencée dans la douleur cependant. Xavier, décidément en forme aujourd’hui, a enchaîné avec l’histoire de mes premières théières, moments de douce nostalgie. Josiane a été particulièrement séduite avec ce commentaire : "c’est digne d’un conte", ce qui n’est pas tout à fait faux…
Les nourritures terrestres, c’est très bien, mais j’attendais avec impatience ces moments de communion spirituelle qu’illustre si bien la cérémonie des lettrés.
Comme chaque fois, j’admire les gestes lents et précis de Jean-Pierre,
 cela me ramène à l'Institut du Thé  où j’espère aller quelques fois cette année… Cela ne dépend malheureusement pas de moi.
 J’ai choisi de faire découvrir à mes compagnons du thé ce Bi Lo Chun de Taiwan, cadeau de ma chère Ling-Ling.
 Comme je ne faisais plus rien, j’ai eu peur d’avoir un coup de pompe mais ces beaux gestes m’ont détendue.
 C’est difficile à expliquer mais, alors que cela se passe en silence, il y a comme une intense communion entre nous.
 Le " bruit" de la mère du thé dans le zhong résonne comme une douce mélodie.
 Vient le moment de l’offrande des zhongs.
Et les premiers commentaires, Josiane est vraiment séduite par la danse des belles et le parfum qui se dégage déjà.
 Jean-Pierre également. Après 3 infusions de ce thé de caractère, long en bouche, nous passons à un thé blanc, le Yu Huan de la Magie du Thé dont j’ai déjà parlé entre autres ici : http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2011/08/dun-monde-lautre-entre-impuissance.html
Mes amis sont impressionnés par l’aspect de ce thé, c’est l’occasion pour nous d’évoquer le travail des cueilleuses et de ceux qui avec amour transforment ces feuilles.
 Ici aussi, plusieurs infusions. Echanges de regards, dans ces moments bénis, la parole est inutile...
Et voilà Josiane qui se met à lire dans les feuilles…
 Là où d’autres ne verraient que des feuilles, elle y a vu un dragon… Sacrée Josiane ! Et après tout, en regardant bien! Malheureusement, le temps passe, il est déjà temps de nous quitter.
 En remontant dans mon cocon, je jette un dernier regard à ces "simples" feuilles qui nous ont procuré tant d’émotions esthétiques et gustatives, qui nous ont fait voyager dans ce pays lointain d’où elles viennent.
 Il me reste les souvenirs, autre émotion.
Merci à vous deux pour ces moments hors du temps, propices aux échanges vrais et profonds, j’espère à très vite à Poule, Paris ou Londres (= message codé !...) Ceci dit, je suis partante pour les 3… Et le plus vite sera le mieux
Un seul regret : ma Pieuvre préférée n’a pu se joindre à nous pour cause de dentiste et… de retard dans les trains. Par contre, elle m’a fait parvenir ce flacon qui contient l’huile essentielle d’une de mes fleurs préférées. Merci ma Belle et comme tu restes en Belgique, nous allons nous revoir très vite ! Une merveilleuse journée d’Amitié vient de se terminer. Mais avant de terminer, j’ai une pensée émue pour ma filleule opérée des dents aujourd’hui et qui malgré qu’elle soit "dans le gaz avec 10 points de suture", a trouvé le courage de m’envoyer un message intitulé « niouzzzzz brèves » pour rassurer sa marraine. Elle ne peut pour le moment manger que du froid et du liquide, + les antibiotiques et inflammatoires. Ne pousse quand même pas trop sur le val… ô ma Puce (= message codé). Et dès que tu le peux à nous une méga entrecôte de chez Lanssens ! Et demain sera un autre très beau jour…

mercredi 21 décembre 2011

Encore deux journées très thé...

Hier d'abord. Un passage à la serre pour photographier la citronnelle pour Vanessa et Celina. Celle-ci vient de Praslin, une des îles volcaniques.Et celle-ci de Mahé, l'autre île volcanique, là où se trouvent aussi les plantations de thé... Chaque année, je me demande si elles vont supporter le climat, on chauffe la serre en hiver mais pas à la température de là-bas. Ces deux-là ont le même parfum et dégagent les mêmes saveurs. Par contre, celle qui pousse sur zil zoizo, mon île, a une saveur différente, malheureusement les plants rapportés n'ont pas tenu, il n'y a pas de terre corallienne ici... Ensuite en attendant LA visite, j'avais le choix entre faire des courses, un peu de ménage ou ... boire du thé. D'habitude, je n'aime pas choisir, je suis gourmande et je prends tout, mais ici le choix n'a pas été trop difficile. J'ai fait infuser le Royal London blend, un thé corsé découvert chez Tea Palace, souvenir d'une folle virée... (http://la-theiere-nomade.blogspot.com/2011/05/vendredi-13-premier-jour-de-bonheur.html). Puis cette chaude voix des îles: Cesaria Evora est allée rejoindre les étoiles, elle nous laisse sa voix à jamais et l'émotion qu'elle procure. Un autre genre de voix maintenant, celle de ma filleule, on a décidé quand on se voit d'aller manger au restaurant, ce qui nous permet de papoter sans que je doive m'absenter. On s'est évidemment bien amusées. Puce, c'est quoi ça, j'hallucine... il n'est pas question de jeter ce verre par terre pour bien vérifier s'il casse... Tu ronges l'os ou je demande un doggy bag?Ni l'un ni l'autre, nous prenons des desserts bien belges: café liégeois pour elle, tiramisu au spéculoos pour moi, pas mal mais il manque quelque chose... La dernière fois que j'en ai fait un, j'avais imbibé les spéculoos de thé du loup. Retour aux sources et au thé, le Yamato Kabuse Sencha, "son" thé (et un peu le mien aussi, c'est mon cadeau après tout...). Elle n'est pas difficile, ma filleule elle se contente du meilleur... Tout en sirotant, ce "don de Dieu", ThéOdor en français, notre conversation devient plus philosophique, Noël, le sens de cette fête et ce que l'on a fait. J'ai beaucoup aimé, surtout sa conclusion, "quand on est ensemble, c'est toujours Noël". Quelques notes plus tard, il est déjà temps de se dire au-revoir et à mardi. La soirée n'a pas été celle que je souhaitais malheureusement... Mais les moments plus difficiles permettent d'apprécier d'autant plus les autres. Ce matin, je me suis réveillée toute guillerette, c'est le début de l'hiver et il ne fait pas froid. il fait gris, il pleut mais depuis que m'a été envoyée cette belle phrase depuis l'hémisphère sud, je vais regarder la pluie autrement: "si tu veux voir l'arc-en-ciel, tu dois apprendre à aimer la pluie", merci chère Maria. J'ai bu mon premier thé en pensant spécialement à toi.Non, je n'ai pas pété un câble, voici la photo prise sous le même angle il y a exactement un an (http://la-theiere-nomade.blogspot.com/2010/12/cest-le-premier-jour-de-lhiver-mais.html)! Les jours qui ont suivi n'ont pas été tristes non plus. Mais rien de tout cela pour cette fin d'année, égoïstement, je m'en réjouis. C'est aussi le jour le plus court de l'année. Et cela me réjouit, à partir de demain, ils rallongent... Ce matin, courses et cuisine mais cet après-midi, retour sur mon île à moi. J'ai envie de relire un des livres qui m'a le plus touchée ces dernières années, c'est l'Elégance du hérisson. Mais avant cela, un thé de lecture, ce sera le Yu Huan (http://la-theiere-nomade.blogspot.com/2011/08/dun-monde-lautre-entre-impuissance.html ). J'ai aussi repris mon carnet de lecture dans lequel je note certaines phrases et mes impressions, je peux ainsi voir si d'une lecture à l'autre, je m'arrête sur les mêmes passages, si les émotions ressenties sont identiques. Les tasses se succèdent, la lecture est toujours aussi prenante, toujours le même plaisir, les mêmes frissons, puis quand j'arrive à ce passage, je pense au superbe mot que mon neveu m'a envoyé un superbe mot depuis Santorin, quel rapport me direz-vous? C'est ici (http://la-theiere-nomade.blogspot.com/2008/11/le-th-japonais-santorin-quelle-lgance.html). Je confirme ce que je disais déjà alors, à lire absolument et que pour les amateurs de thé et de culture japonaise! Les critiques mondains et un peu partisans l’ont ignoré, les lecteurs l’ont plébiscité, j’aime cela. Ce soir, autre désir, envie de Pu Er. Et de voyage. Mes pensées s’envolent maintenant vers Taiwan. Je vais infuser ce petit nid, cadeau de ma chère belle-fille Hsiaolin. Dès l’ouverture du papier de riz, un parfum de terre caresse mes narines. Je le rince dans cette théière en pierre, l’odeur de terre mouillée me tente, je n'y tiens plus, j’en prélève un petit bol, saveur un peu timide, cela m’apprendra à être gourmande mais déjà la promesse d’émotions gustatives, et d’autres aussi. Cette théière me fascine, je me demande combien d’essais l’artiste a dû réaliser avant d’arriver à cette perfection. Les infusions se succèdent, m’emmènent là-bas. Je revois des visages, des paysages, de belles rencontres. Encore un arrêt pour admirer la pierre qui change de couleur, je ne m’en lasse pas. Puis me voilà à nouveau sur cette Belle île à la découverte d’une autre culture dans ce pays dont la langue m’est étrangère. Il me reste les yeux et les mains. Regards croisés, langage tactile. Et les sourires. Autre forme de langage. Emotions partagées. J’augmente le temps d’infusion, j’ai envie d’une liqueur plus corsée. Et cette phrase, déjà citée à plusieurs reprises, me revient pratiquement chaque fois que j’infuse les thés en gong fu. « Le thé n’était pas seulement un remède pour combattre la somnolence. C’était un moyen d’aider l’homme à retourner à sa source, cette heure dans le rythme du jour quand le prince et le paysan partagent les mêmes pensées et le même bonheur en se préparant à retourner à leur destin.» (Lu Yu). Ce petit nid n’a pas encore tout donné, je vais laisser reposer les feuilles jusqu’à demain, je vais faire de même.

mercredi 17 août 2011

D'un monde à l'autre, entre impuissance, révolte et enfin apaisement

Depuis le 13, je vais chaque jour remplacer une de mes amies quelques heures au chevet de sa maman "mourante"… depuis plus d’un mois, alors que son médecin avait parlé de "quelques" jours, ce qui a fait revenir son fils du bout du monde et qui depuis a dû repartir. Elle est condamnée, elle souffre parce que la morphine, que ce soit les patches ou autre procédure, ne font plus d’effet. Cette femme, autrefois si active et brillante intellectuellement, ne peut plus parler, n’est que très rarement consciente et son visage a la marque de la souffrance, une souffrance indicible mais réelle. Pour moi, elle n’est plus dans ce monde qu’elle a tant aimé et croqué à pleines dents et après l’impuissance je suis passée à la révolte en voyant cela parce que je suis tout à fait certaine que, compte tenu de son caractère, elle n’aurait jamais accepté cette situation. Et il est trop tard pour agir maintenant, elle n’est plus consciente, où est la dignité ici ? Même le thé dans mon refuge ne parvenait pas à me calmer, jusqu’à ce matin. Je déteste rester dans des sentiments négatifs, je me suis posé beaucoup de questions sur le sens de cette fin de vie sans trouver de réponse sauf pour ce qui me concerne : l’année de mes 60 ans, j’ai rédigé un document officiel aménageant ma fin de vie, heureusement en Belgique l’euthanasie est légale et c’est ce que j’ai choisi. De toute manière, ma révolte vient de cette hypocrisie apparente qui fait pousser des hauts cris à ceux qui ne l’acceptent pas, alors qu’on sait pertinemment qu’elle se pratique. J’espère ne choquer personne, ce n’est pas du tout mon but, chacun a le droit de décider selon ses convictions, dommage que la mort soit un sujet encore si tabou… Ce matin, le soleil est revenu et j’ai voulu le célébrer en infusant un Yu Huan, ce thé blanc si particulier. Les bourgeons de ce beau thé blanc sont enroulés autour d’une fine tige de bambou ce qui donne ces petits anneaux argentés. Lors de la première infusion, l’eau est légèrement trouble à cause du duvet des bourgeons. L’infusion est claire et légèrement sucrée mais je ne discerne pas de saveur bien précise, par contre elle est très rafraîchissante. Les feuilles infusées commencent à se dérouler, leur couleur, encore assez foncée, tire sur le vert olive.La deuxième infusion est plus transparente et de couleur plus pâle. En dégustant le breuvage, j’y perçois maintenant des saveurs de fleurs mais aussi comme de la paille, et certaines feuilles restent encore enroulées. Troisième et dernière infusion, elle est à nouveau légèrement trouble et au goût, plus présente cette fois, de la paille et toujours cette saveur sucrée. J’observe maintenant les feuilles infusées. Si la plupart se sont bien déroulées, certaines restent fermées. A ce moment mon mari arrive et me demande si ce sont des pâtes… et sans vergogne, il en goûte. La gourmandise est un vilain défaut, Doudou ! Maintenant, c’est vrai que l’aspect de ces curieuses feuilles pourrait évoquer des pâtes. Mais de quoi sont-elles constituées ces petits escargots? Elles comportent 2 feuilles très plates superposées. J’ai essayé d’un ouvrir une mais, bien que très coriace (j’en ai évidemment goûté une), elle se déchire tout de suite. Je me sens plus apaisée maintenant, et ce thé n’y est pas étranger.