Pendant que Li-Ping infuse une deuxième fois les feuilles
qui se sont bien développées,
il parle de ce petit producteur, un passionné qui travaille encore à l’ancienne dans le respect de cette plante mythique à tel point qu’on le nomme le fou du thé… Petit fou rire intérieur, c’est comme cela que mes "amis" me nomment, et j'en suis fière! Cette fois, on commence par gouter le fromage, et ici encore les réflexions m’impressionnent : umami très présent dans les deux, le thé est rond et doux, le fromage crémeux, crayeux même, l’amertume du thé s’enfonce dans la crème. Beau mariage donc entre le thé qui nettoie et le fromage qui donne l’énergie, belle rencontre entre la Chine et la Belgique...
Si nous restons en Chine, nous passons maintenant en Italie,
Sanmao nous sert le deuxième fromage qui me fait un peu peur, si c’est un des fromages préférés de mon mari, je ne suis pas fan du gorgonzola, loin de là.
D’autant que Li-Ping l’a associé à un Bai Hao Yin Zhen de 2013 que je connais bien aussi, et qui me rappelle de fabuleux moments dans ce même lieu avec des amis chers : http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2010/04/encore-un-atelier-particuier-oxydations.html , j’espère que nous nous reverrons en 2016 bien plus souvent qu’en 2015… J’avoue ne pas avoir noté ce que Fabienne nous dit de ce fromage très crémeux mais qui pour moi sent … l’écurie. Par contre, j’ai écouté attentivement ce que Li-Ping a dit de ce thé d’exception (infusé à 85° pendant 8 à 9 minutes, 9g pour 33cl). Il est meilleur après 3 ans de conservation, couleur plus chaude que le thé de l’année, arômes de rose ancienne avec des notes boisées. Les commentaires des participants que j’observe attentivement m’impressionnent toujours autant, l’épaisseur du thé rencontre la rondeur du fromage, umami ici aussi, lait de soja, paille. Dans le fromage on sent la ferme (et cette fois-ci, ce n’est pas moi qui le dit…) En conclusion, belle rencontre Chine – Italie, qui m’a fait presque apprécier le gorgonzola… Près de deux heures se sont écoulées, émotions gustatives intenses, échanges qui le sont tout autant. Entre chaque nouveau fromage, Sanmao remplit nos tasses d’eau pour nous rincer la bouche.
Nous retournons à présent en Belgique, dans la botte du Hainaut avec ce Mouligneau, un fromage à croûte lavée (qu’on ne mange pas). Un peu d’infos plus techniques avant la dégustation : suivant le nombre de jours d’affinage et du terroir, le goût et la texture diffèrent et donc quand les producteurs achètent les ferments en gros, la richesse du terroir diminue ce qui n’est pas le cas pour cette productrice qui en plus ajoute du yaourt dans le caillé, ce qui lui donne une saveur plus douce et crémeuse.
Li-Ping propose de l’associer à un vrai Lapsang Souchong, produit dans le village d’origine de ces théiers sauvages, protégé par l’Unesco. A l’origine, village très pauvre et difficile d’accès, Thé bio même s’il ne possède pas l’appellation officielle dont la certification est trop chère, on n’emploie pas d’engrais chimique trop coûteux aussi. Je ne reviens pas sur le processus de fumage, j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises. Celui-ci date de 2013 et a été infusé à 90° en zhong : 4,5 g pour 30 cl.
La puissance aromatique du thé répond à celle de ce fromage à la texture étonnement crémeuse, encore une belle rencontre et un mariage solide entre la Belgique et la Chine, célébré autour d’un feu de bois... Arrive à présent mon coup de cœur absolu : la rencontre entre un de mes fromages préférés, le saint-nectaire et mon thé rouge préféré, ceux du Yunnan, ici le Qing Shui Hong de Fengqing Yunnan que je ne connais pas encore), Fengqing m’évoque plutôt une factory de Pu Er, si ma mémoire ne me trahit pas. Le saint-nectaire d’abord, est en lien avec l’histoire de France, et Louis XIV précisément. Grand amateur de fromages, il a été conquis par celui-ci et lui a donné le nom du maréchal qui l’a amené de son Auvergne natale à la cour.
Je sens que je vais atteindre l'extase, rien qu'en voy
