Cette nuit, malgré ma fatigue, j’étais trop énervée pour
m’endormir alors direction mon cocon et ma drogue, le seul remède pour me
détendre… évidemment LE Qing Shui Hong infusé en zhong comme Li Ping avec 5 g
pour 12 cl à 90-95° pendant 10 secondes jusqu’à ce que les feuilles aient tout
donné sauf que j’ai cassé mon superbe
zhong en fine porcelaine ivoire griffé
Fu de Cha qui m’a échappé des mains quand, après l’avoir ébouillanté, je l’ai
vidé, il ne me reste que la coupelle... Moralité : quand je suis préoccupée,
l’eau bouillante sur les doigts, c'est danger.

Ce matin, le ciel est gris,
besoin de me réchauffer avec ce fabuleux Qing Shui Hong griffé Les Feuilles
vertes. Il sera mon thé de lecture : Thés et Mets, subtiles alliances
écrit par Lydia Gautier dont je me suis servie sans modération pour concocter
des menus délicieux à l’aide de recettes très originales
dont cette entrée
spéciale
associant fruit et fourme accompagnée d’un thé blanc. Envie de la
refaire, sans lardon mais avec du tempeh ou du tofu fumé... Il faut maintenant
que je reprenne mon billet d’hier. Même à tête plus ou moins reposée, je ne
comprends toujours pas ce qui s’est passé toujours est-il que je dois rédiger
un nouveau billet avec ce que cela comporte de non spontanéité au regard de la
première mouture. Pourquoi ai-je parlé
d’extase hier ? Simplement parce que l’association de deux vieux produits
de terroir, manufacturés par des passionnés, ne peuvent que donner des
étincelles.
Je suis pendue aux lèvres de Fabienne qui décrit la croûte de
ce beau fromage en parlant des poils de chat pour qualifier une croûte bien
formée, pour ce fromage-ci en tout cas (mais défaut pour les chèvres). Des
idées, que je sais maintenant saugrenus me passent par la tête : que
diable viennent faire les chats ici ? Et leurs polis en particulier. Je veux
comprendre et demande donc s’il s’agit de vrais chats, je ne suis pas
fromagère. Cette question a soulevé une certaine hilarité mais je suis persuadée que beaucoup ne
savaient pas qu’il s’agissait d’un terme fromager imagé… Et bien sûr, on ne
mange pas la croûte poil de chat, c’est quand même de la moisissure.
Avant
d’y goûter moi-même j’observe les réactions muettes de certaines, entre
concentration et extase… A mon tour et là, c’est l’harmonie parfaite entre la force et
la puissance de ces deux mets. Emotions gustatives intenses, je savoure cette
dégustation qui me fait trembler, plus rien d’autre n’existe, je suis
entièrement concentrée sur les sensations gustatives intenses ressenties comme
est intense la rétrolfaction. Mariage passionné et très fusionnel entre la
Chine et la France. La petite pause
proposée par Li-Ping tombe bien, elle me permet de revenir sur terre… Nous
voilà à présent dans les Fagnes, un petit coin de Belgique que j’ai beaucoup
fréquenté dans ma jeunesse, le paysage y est très typique, l’idéal pour les
amoureux de la nature, la faune et la flore y sont très riches. C’est ce
terroir très particulier qui donne à l’eau de spa cette saveur spéciale. Et
aussi celle du dernier fromage : le Troufleur dont le nom évoque la
caractéristique du sol de cette région composé de tourbe, cette matière
organique fossile utilisée comme combustible. Les ouvriers qui l’extrayaient et
la mettaient dans des moules en bois portaient le nom de troufeux. Malgré
l’intérêt des informations sur ce fromage et sur le thé choisi,
un Qimen Mao Feng de 2012
servi par
Sanmao, j’ai du mal à rester concentrée, encore imprégnée de la dégustation
précédente, j’ai pris peu de notes et moins encore de photos… Du fromage, j’ai
retenu qu’il est fabriqué à la fromagerie du Troufleur à Waimes, c’est une
croûte lavée qu’on ne mange pas. La propriétaire a un parcours de vie que
j’apprécie particulièrement, elle est retournée à la terre après avoir fait des
études.
Le Qimen est originaire de l’Anhui, la région des fameuses
montagnes jaunes. Et Mao Feng désigne le processus de traitement des
feuilles : un bourgeon et les deux premières feuilles, légèrement
torsadées. Bel accord, le thé amplifie la force du fromage… je n’ai rien noté
d’autre malheureusement, les commentaires étaient bien plus riches. C’est ici
que s’est terminée cette après-midi magique en compagnie de deux passionnés qui
ont mis leur expertise dans une chaleureuse ambiance et un public très
participatif. MERCI à vous deux sans oublier l’accueil de Sanmao, j’en
redemande ! Maintenant je croise les doigts pour que le transfert se fasse
sans problème…
Après une nuit réparatrice sous la protection de la lumineuse belle
Dame de la nuit, je me réveille en grande forme.

Le ciel tout bleu donne
des envies de promenade. Mais avant cela, mes rituels :
ce FABULEUX
Qing Shui Hong ma dernière très récente acquisition griffée Les Feuilles
vertes.
Et pour accompagner cette dégustation, une musique authentique de
là-bas.
Emotions - et pas que gustatives – de merveilleux souvenirs de
voyages en admirant les objets disposés sur la table : l’Autriche, Vienne
exactement et Haas & Haas pour la théière, la France et Ribeauvillé pour le
set, Nancy et Lihua pour le CD, et enfin la Belgique, Groenendael pour l’eau et
Bruxelles pour le thé… Et dans la tasse, voyage gustatif dans le Yunnan,
berceau de ce thé d’excellence. La première théière est vide, mais en pensant
au saint Nectaire, j’en fais infuser une deuxième…. Non, je ne suis pas devenue
folle, un peu de patience avant de comprendre le sens profond de cette
remarque. Au petit-déjeuner, j’ai dégusté un petit biscuit du bonheur,
et
c’est en me rappelant ce que j’y ai lu que je vais me chercher un morceau de
gruyère d’alpage suisse fabriqué de manière artisanale, j’ai eu la grande
chance d’y assister à l’époque, très impressionnant (merci chère Marie-Claude de m'avoir fait découvrir une partie de ta culture) ! La force qu’il faut
aux artisans se retrouve dans la saveur de ce fromage et s’harmonise très bien
avec les saveurs du Yunnan contenue dans la tasse, entre force et puissance
des notes animales se mêlant à celles plus boisées, un vrai régal !
Je
dois malheureusement aller faire les courses mais avec le ciel, toujours aussi
bleu, m’y encourage.
Avant cela, un dernier regard admiratif à ces grandes
feuilles d’un beau camaïeu de bruns. Elles ont tout donné mais leur vie n’est
pas terminée, séchées elles parfumeront mes rêves. Après le dîner, je m’apprête
à y retourner
après un petit tour au jardin :
Apparemment,
jonquilles et narcisses n’ont pas souffert du choc thermique de ces derniers
jours.
Les crocus eux aussi ont vaillamment résisté
même si les tiges
sont bien minces. Mon mari me suggère alors de m’installer sur la terrasse,
"les courses peuvent attendre, profite de cette incroyable douceur", je ne me le
fais pas répéter,
d’autant que le thermomètre prend des allures de fin de
printemps, la saint Jean, si je ne me trompe pas, se fête en juin !
Avec
un Alishan de printemps, cadeau de ma chère belle-fille, je m’installe pour
observer la gente ailée qui s’en donne à cœur-joie. Comme moi, la douce caresse
de ces premiers rayons stimule mes neurones. Il ne faut cependant pas oublier
que nous ne sommes que le 25 janvier, le fond de l’air devient plus frais après
seulement une heure trente. Il est temps de rentrer et de revenir à un passé
très proche, hier.
Il est près de midi sous ce ciel grisonnant, c’est
l’heure de l’apéritif
en musique. Très zen pour calmer le bouillonnement que j'ai en moi à l'idée de ce qui m'attend...
Et LE Matcha, cuvée spéciale dont
c’est malheureusement la fin,
je le
savoure avec d’autant plus d’émotion et de reconnaissance envers mon généreux
donateur.
Je l’accompagne de ce fortune cookie, cela me suffit, je ne mange
pas ici ce midi et du lourd m’attend, j’en suis certaine. Un fou rire en
découvrant le message qui s’y cache
anglais
et chinois,
En néerlandais comme en allemand, je n’aurais pas pu mieux
tomber, et une fois encore je vérifie que le hasard n’existe pas ! A
partir d’ici commence une après-midi de tous les superlatifs :
plus
besoin d’aller à Paris pour en déguster… J’ai une pensée émue pour celle à qui
je pense en voyant ce lieu, mais si je veux voir, je devrais aller au Sablon…
L’incontournable du quartier, mais ce n’est pas ici que je m’arrêterai. A quelques
enjambées de là, se niche une petite rue très confidentielle dans laquelle se
trouve LA raison de me rendre dans la capitale, le domicile de Li-Ping et San
Mao, les créateurs des Feuilles vertes (www.lesfeuillesvertes.com ) dont
j’ai déjà beaucoup parlé sur ce blog, notamment pour feues les tables d’hôtes
d’anthologie comme par exemple
ici : http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2009/07/une-longue-soiree-chinoise-tres-dans.html
... J’en salive encore ! Aujourd’hui, l’atelier portait un titre assez inattendu
mais très alléchant : "La théière invite le plateau de
fromage : thé et fromage : un accord méconnu et étonnant. De grands
crus de thé rencontrent des fromages de terroir… une surprenante alliance
gustative, un mariage de deux produits millénaires, osé et pratiquement
parfait. Mais quel thé avec quel fromage ? Les associations dépendent de
plusieurs facteurs. : pour le thé, il faut tenir compte du degré de
fermentation et de torréfaction. Pour le fromage, le degré d’affinage est
primordial. Après trois années de recherches et de dégustations en
collaboration avec Fabienne Effertz, fromagère, professeur et auteure, nous
pouvons aujourd’hui vous présenter certains accords jusqu’à ce jour rarement
expérimentés en Occident. Vous apprécierez ces compositions aussi imprévisibles
qu’improbables… a priori." A ne pas rater donc, mais jusqu’à samedi j’ai
eu bien peur de devoir décommander. Mais heureusement, il y a un bon Dieu pour
les gourmettes (et gourmandes) comme moi. Au moment de rédiger cette partie, des tas d'émotions m'envahissent comme d'intenses rétrolfactions, ce que nous avons partagé était tellement intense que j'ai peur que mes mots soient trop faibles pour en rendre compte...
Me voici donc dans ce haut-lieu
chaleureux et, faut-il le préciser... en pays de connaissance.
Avec Li-Ping pour les thés,
Fabienne pour les fromages, ils donnent déjà envie d’en savoir plus... Fabienne
et Li-Ping commencent d’abord à parler de leurs essais et parfois erreurs pour
trouver le bon accord entre 2 mets qu’on ne marie habituellement pas. Et LA
question : que peut-on servir avec les fromages quand on ne boit ni vin ni
bière ? Si la réponse est évidente, il faut trouver la cohérence entre les
deux quand les lieux de production de ces 2 aliments ne sont pas ceux où
on les consomme. La seule réponse est l’expérience gustative pour rentrer dans
les deux univers afin de trouver le bon équilibre.
Tandis que Fabienne
pose le premier fromage,
sur ces superbes supports griffés Pascal bien
entouré entre Pita et Géraldine,
Li-Ping, avec des gestes précis et
harmonieux, prépare le premier thé (74°,
4 minutes).
J’admire la danse des Belles
Et j’ai hâte de goûter ce
nectar.
Ils décrivent chacun ce qui nous est proposé : Fabienne a
sélectionné un fromage à croûte fleurie, le camendroz, un fromage belge au lait
cru qu’on pourrait comparer à un camembert mais fabriqué artisanalement dans le
Condroz, d’où son nom. Créé par Daniel Cloots à la ferme du gros chêne (www.groschene.be ). Je rappelle ici que je
ne fais pas de publicité mais qu’en les citant, je veux leur témoigner mon
admiration et honorer ces petits producteurs qui font passer l’humain et le
souci de l’environnement avant l’économique en privilégiant les fournisseurs locaux
et les produits bio. Dans le bol, un Anji Bai Cha à la belle couleur jaune
soleil. Avant même d’y goûter, je me demande comment un thé aussi subtil peut
s’harmoniser avec un fromage, même doux, et un souvenir ému me revient, il ne
m’en reste évidemment plus mais quand j’ai succombé, je n’étais pas
seule : http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2014/03/aujourdhui-je-me-rends-dans-la-capitale.html
, je me demande surtout comment vont réagir mes papilles… Il est temps d’y
goûter.
Le conseil nous est donné de commencer par le thé.
Malheureusement, je ne goûte pas vraiment ce nectar, mon nez est encore bouché,
je sors donc le plus discrètement possible mon vickx pour le dégager. J’écoute admirative les
commentaires des participants, une en particulier : c’est un
fromage très doux, son goût de sel donne au thé des notes de champignon.
Pendant que Li-Ping infuse une deuxième fois les feuilles
qui se sont bien développées,
il parle
de ce petit producteur, un passionné qui travaille encore à l’ancienne dans le
respect de cette plante mythique à tel point qu’on le nomme le fou du thé…
Petit fou rire intérieur, c’est comme cela que mes "amis" me
nomment, et j'en suis fière! Cette fois, on commence par gouter le fromage, et ici encore les
réflexions m’impressionnent : umami très présent dans les deux, le thé est
rond et doux, le fromage crémeux, crayeux même, l’amertume du thé s’enfonce dans
la crème. Beau mariage donc entre le thé qui
nettoie et le fromage qui donne l’énergie, belle rencontre entre la
Chine et la Belgique...
Si nous restons en Chine, nous passons maintenant
en Italie,
Sanmao nous sert le deuxième fromage qui me fait un peu peur,
si c’est un des fromages préférés de mon mari, je ne suis pas fan du
gorgonzola, loin de là.
D’autant que Li-Ping l’a associé à un Bai Hao Yin
Zhen de 2013 que je connais bien aussi, et qui me rappelle de fabuleux moments
dans ce même lieu avec des amis chers : http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2010/04/encore-un-atelier-particuier-oxydations.html
, j’espère que nous nous reverrons en 2016 bien plus souvent qu’en 2015… J’avoue
ne pas avoir noté ce que Fabienne nous dit de ce fromage très crémeux mais qui
pour moi sent … l’écurie. Par contre, j’ai écouté attentivement ce que Li-Ping
a dit de ce thé d’exception (infusé à 85° pendant 8 à 9 minutes, 9g pour 33cl).
Il est meilleur après 3 ans de conservation, couleur plus chaude que le thé de
l’année, arômes de rose ancienne avec des notes boisées. Les commentaires des
participants que j’observe attentivement m’impressionnent toujours autant,
l’épaisseur du thé rencontre la rondeur du fromage, umami ici aussi, lait de
soja, paille. Dans le fromage on sent la ferme (et cette fois-ci, ce n’est pas
moi qui le dit…) En conclusion, belle
rencontre Chine – Italie, qui m’a fait presque apprécier le gorgonzola… Près de
deux heures se sont écoulées, émotions gustatives intenses, échanges qui le
sont tout autant. Entre chaque nouveau fromage, Sanmao remplit nos tasses
d’eau pour nous rincer la bouche.
Nous retournons à présent en Belgique,
dans la botte du Hainaut avec ce Mouligneau, un fromage à croûte lavée (qu’on
ne mange pas). Un peu d’infos plus techniques avant la dégustation :
suivant le nombre de jours d’affinage et du terroir, le goût et la texture
diffèrent et donc quand les producteurs achètent les ferments en gros, la
richesse du terroir diminue ce qui n’est pas le cas pour cette productrice qui en
plus ajoute du yaourt dans le caillé, ce qui lui donne une saveur plus douce et
crémeuse.
Li-Ping propose de l’associer à un vrai Lapsang Souchong,
produit dans le village d’origine de ces théiers sauvages, protégé par l’Unesco.
A l’origine, village très pauvre et difficile d’accès, Thé bio même s’il ne
possède pas l’appellation officielle dont la certification est trop chère, on n’emploie
pas d’engrais chimique trop coûteux aussi. Je ne reviens pas sur le processus
de fumage, j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises. Celui-ci date de 2013 et a
été infusé à 90° en zhong : 4,5 g pour 30 cl.
La puissance aromatique
du thé répond à celle de ce fromage à la texture étonnement crémeuse, encore
une belle rencontre et un mariage solide entre la Belgique et la Chine, célébré
autour d’un feu de bois... Arrive à présent mon coup de cœur absolu : la
rencontre entre un de mes fromages préférés, le saint-nectaire et mon thé rouge
préféré, ceux du Yunnan, ici le Qing Shui Hong de Fengqing Yunnan que je ne connais pas
encore), Fengqing m’évoque plutôt une factory de Pu Er, si ma mémoire ne me
trahit pas. Le saint-nectaire d’abord, est en lien avec l’histoire de France,
et Louis XIV précisément. Grand amateur de fromages, il a été conquis par
celui-ci et lui a donné le nom du maréchal qui l’a amené de son Auvergne natale
à la cour.
Je sens que je vais atteindre l'extase, rien qu'en voy